Arbrealettres

Poésie

Archive for 31 mai 2017

Ce ciel qui me traverse me surprend (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Je me redresse avec effort et je regarde:
il y a trois lumières, dirait-on.
Celle du ciel, celle qui de là-haut
s’écoule en moi, s’efface,
et celle dont ma main trace l’ombre sur la page.

L’encre serait de l’ombre.

Ce ciel qui me traverse me surprend.

On voudrait croire que nous sommes tourmentés
pour mieux montrer le ciel. Mais le tourment
l’emporte sur ces envolées, et la pitié
noie tout, brillant de larmes
que la nuit.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Fanny Verne

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Ni rossignol, ni alouette (Eugenio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Ni rossignol, ni alouette
Tu appuies ton visage sur la mélancolie et tu n’entends
même pas le rossignol. Ou est-ce l’alouette ?
Tu peux à peine supporter l’air, partagé
entre la fidélité que tu dois

à la terre de ta mère et au bleu
presque blanc où l’oiseau se perd.
La musique, donnons-lui ce nom,
a toujours été ta blessure, mais aussi

au milieu des dunes ton exaltation.
N’écoute pas le rossignol. Ni l’alouette.
C’est en toi
que toute la musique est oiseau.

(Eugenio de Andrade)

Illustration: Alberto Galvez

 

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J‘entraîne mes pas (Thierry Metz)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



J‘entraîne mes pas.
Dans une demeure que je n’attendais pas,
si frêle
où ma voix
comme une torche
s’éteint.
Ne s’entend plus
que sur un bûcher.

Mais la voix revient, chargée de foin :
Où sommes-nous ?
Quelle heure est-il ?
Il n’est que maintenant.
Et c’est le livre.
Et je n’ai rien trouvé d’autre.
Mais je sème.
Tout ce que je suis.
Pour qu’il y ait un chemin au croisement de nos voix.
Je me tais.
J’écoute.
Un oiseau s’est posé sur moi.
Quelqu’un dans la haie
a ouvert un livre
malgré les épines

(Thierry Metz)

Illustration: Julie Heffernan

 

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Chanson de l’étranger (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Chanson de l’étranger

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?

Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leonor Fini

 

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C’est le moment où les cadavres introuvés (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



C’est le moment où les cadavres introuvés
Les blancs noyés flottant, songeurs entre deux ondes
Seuls eux-mêmes aux premiers froids soulevés
Descendent s’abriter dans les vases profondes.

(Henry Bataille)

Illustration: Michel Ogier

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Mon oeuvre (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Mon oeuvre
je sais le désir

[…]

Mais quel vol de mouette passe
en mes veines…

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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Dos qui se voûte (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Dos qui se voûte
pour passer sous quoi?

(Philippe Jaccottet)

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HOULE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



HOULE

Nuit de houle où l’âme est, au large du corps,
cette lumière en lutte avec l’angoisse aux
mille tentacules, la pieuvre aux bras de glu,
de silence et de lis…
Des lilas pleuvent de la lune

La lueur du hublot
s’ouvre clair puis se perd
sous les gerbes d’écume

Nuage ?
Naufrage ?

Mais nul ne sait bientôt,
tant la nuit devient lisse,
s’il passe dans l’espace
ou glisse dans l’abysse
le navire enlacé
aux lames de lis noir…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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