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Poésie

Archive for 3 juin 2017

Vivre ou ne pas vivre (Marc Lavoine)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

Vivre ou ne pas vivre
Vivre son rêve même à tout prix
Tout donner le jour et la nuit
S’abandonner à l’infini

Vivre ou ne pas vivre
Pour la gloire, pour les sous
Pour un rêve devenu fou
Faut-il y aller à genoux

Vivre ou ne pas vivre
Pour cette passion qui nous dévore
Ou l’on peut voir passer la mort
Puisqu’elle fait partie du décor

(Vivre ou ne pas vivre)
Etre seul, être là
Etre enfin face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre fort, être faible,
Etre encore face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre nu, être bon
Etre doux face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre un jour, une nuit
Etre en vie face à soi même
Vivre ou ne pas vivre

Renoncer au grand amour
Danser sans arrêt, toujours
Mais y’a rien qui dure

Vivre ou ne pas vivre
Le paradis a son enfer
Est-ce la paix ? est-ce la guerre ?
La vie vaut-elle une carrière ?

(Vivre ou ne pas vivre)
Etre seul, être là
Etre enfin face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre fort, être faible,
Etre encore face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre nu, être bon
Etre doux face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre un jour, une nuit
Etre en vie face à soi même
Vivre ou ne pas vivre

Vivre ou ne pas vivre
Oh mon amour, ma raison
A l’affiche il y a mon nom
Comment dire oui, comment dire non ?

Vivre ou ne pas vivre
Dans les poussières de la scène
Ou doivent se jeter dans la Seine
A corps perdu
A perdre haleine

(Vivre ou ne pas vivre)
Etre seul, être là
Etre enfin face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre fort, être faible,
Etre encore face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre nu, être bon
Etre doux face à soi même
(Vivre ou ne pas vivre)
Etre un jour, une nuit
Etre en vie face à soi même
Vivre ou ne pas vivre

(Marc Lavoine)

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L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE

L’île nous reste en mémoire
comme le changement sur un miroir
ou une rivière souterraine.

L’île se perd en allant.
Elle semble être tranquille.
Une moitié à présent dans l’ombre

et pourtant elle augmente en allant,
aussi mémorable que les phases de la lune.
Elle fait des avances inaperçues

avec un semblant d’abandon ;
elle glisse entre les doigts,
une pierre au lustre laiteux…

Non, tu ne peux la tenir, elle
se tortille comme une femme ! Ses nuits
nous restent en mémoire : les yeux

d’or de la chèvre noire tirant sur sa
corde nous fixent quand nous passons,
le coq leghorn, blanc

comme un corps nu se tortillant, la croix
incluse dans un code secret, la nuit
incluse dans la rose…

Oh, le poids de nos flots
comparé à celui d’une île
Car nous sommes ancrés, l’île

un constant et blanc glissement !

***

THE ISLAND IS MEMORABLE TO US

The island is memorable to us
as the change of a mirror
or an underground river.

The island loses in going.
It appears to be still.
Half of it, now, is in shadow,

and yet it increases in going,
memorable as the moon’s changes.
It makes unnoticed advances

with an appearance of yielding;
it slips through the fingers,
a stone with a milky luster…

No, you cannot hold it, it
twists like a woman! Its nights
are memorable to us: the black

rope-straining goat’s golden
eyed gaze at our passings,
the leghorn rooster, white

as a bare body’s twisting, the cross
enclosed by the cipher, the night
enclosed by the rose…

Oh, heavy our flow
compared to the weight of an island!
For we are the anchored, the island

a constant white gliding!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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LES VILLES DEVIENNENT DES JOYAUX (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
    
LES VILLES DEVIENNENT DES JOYAUX

Les villes deviennent des joyaux
à sept heures, le soleil couché,
perlées de lampadaires,
les galeries s’éclairent à plaisir…

Haute, haute, haute
est la fine musique de la nuit sur elles !

Oh, pourquoi ne sont-elles
ce que nous avons cru qu’elles étaient,

des gemmes incorruptibles,
de vrais diamants tombés dans l’eau ?

***

TOWNS BECOME JEWELS

Towns become jewels
at seven, after sunset,
pearled with lamps,
the arcades lit for pleasure…

High, high, high
is the night’s thin music above them!
Oh, why are they not
as once we believed they were,
incorruptible gems,

true diamonds dropped in water?

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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MON PETIT (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Paul Klee
    
MON PETIT

Mon petit dont la langue est muette,
dont les doigts ne peuvent tenir à rien
et la jeunesse est si impitoyable,
il saute sur tout ce qui lui vient,

je ne le retiens pas. D’ailleurs, qui le pourrait ?
Il court dans le bois en feu.
Suis-le, suis-le si tu peux
Il en ressortira grand comme un homme

ayant oublié ceux qu’il embrassait,
qui l’attrapaient par son mince poignet
et le tenaient sous un tendre joug
que, ne comprenant pas, il dénoue.

***

MY LITTLE ONE

My little one whose tongue is dumb,
whose fingers cannot hold to things,
who is so mercilessly young,
he leaps upon the instant things,

I hold him not. Indeed, who could?
He runs into the burning wood.
Follow, follow if you can!
He will come out grown to a man

and not remember whom he kissed,
who caught him by the slender wrist
and bound him by a tender yoke
which, understanding not, he broke.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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SA TÊTE SUR L’OREILLER (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Pierre-Yves Vigneron
    
SA TÊTE SUR L’OREILLER

Le matin je l’ai regardé se lever
et regardé dormir la nuit,
et je le jure sa tête sur l’oreiller brillait
comme la couronne de la Vierge Marie ;
je le jure sa tête sur l’oreiller brillait
comme la couronne d’or de Marie.

Le coeur est attiré par des choses si légères
et la main par des choses si chaudes,
mais je le jure j’avais une pierre sur le coeur
quand la dame j’ai pris d’assaut ;

je le jure j’avais une pierre sur le coeur
quand je l’ai enfourchée à l’assaut.
Une ombre a couvert son visage cette nuit-là
et sa main les dentelles de sa chemise,
mais je le jure sa tête sur l’oreiller brillait
comme la couronne de la Vierge Marie ;
je le jure sa tête sur l’oreiller brillait
comme la couronne d’or de Marie.

***

HER HEAD ON THE PILLOW

In the morning I watched her rise
and in the night lie down,
and I swear that her head on the pillow was bright
as Holy Mary’s crown;
I swear that her head on the pillow was bright
as Mary’s golden crown.

The heart is drawn to a thing so light
and the hand to a thing so warm,
but I swear that I pressed a stone to my heart
when I took the lady by storm;
I swear that I pressed my heart to a stone
when I covered her by storm.

A shadow fell on her face that night
and her hand on the lace of her gown,
but I swear that her head on the pillow was bright
as Holy Mary’s crown;
I swear that her head on the pillow was bright,
as Mary’s golden crown.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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BLUES DE LA PORTE DE CUISINE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
   

BLUES DE LA PORTE DE CUISINE

La vieille lady est morte d’un banal coup de froid.
Elle fumait des cigares à quatre-vingt-dix ans.
L’était mince comme feuille, des os de cerf-volant :
Par la porte d’la cuisine s’est envolée un soir.

Bon je suis pas plus jeune qu’était ma vieille lady,
Quand elle a perdu pied, j’ai fumé des cigares.
Me sens en bout de course et j’ai l’air d’un pauv’ gars,
Alors pour l’amour de Dieu, ferme la porte d’la cuisine !

***

KITCHEN DOOR BLUES

My old lady died of a common cold.
She smoked cigars and was ninety years old.
She was thin as paper with the ribs of a kite,
And she flew out the kitchen door one night.

Now I’m no younger ‘n the old lady was,
When she lost gravitation, and I smoke cigars.
I feel sort of peaked, an’I look kinda pore,
So for God’s sake, lock that kitchen door!

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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CABANE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
CABANE

La cabane était douillette et des roses trémières
Ornaient la porte quand il chuchota au travers.
Le soleil sur le seuil était d’un jaune ardent
Lorsqu’elle ouvrit à cet homme ou cet ouragan.

À présent la cabane s’effondre au vent d’hiver
Les cloisons tombent où dans le péché ils s’aimèrent.
Et la longue et blanche pluie balaie toute la cabane
Comme une vieille sorcière de son balai de paille !

***

CABIN

The cabin was cozy and hollyhocks grew
Bright by the door till his whisper crept through.
The sun on the sill was yellow and warm
Till she lifted the latch for a man or a storm.

Now the cabin falls to the winter wind
And the walls cave in where they kissed and sinned.
And the long white rain sweeps clean the room
Like a white-haired witch with a long straw broom!
From Blue Mountain

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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L’HOMME SOLITAIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
L’HOMME SOLITAIRE

Ma chaise s’berce-berce dehors toute la journée
Personne jamais n’arrive â m’arrêter,
Personne jamais n’arrête dans mon allée.

Mes dents mâchent-mâchent jusqu’à l’os un jambon,
Je lave tout seul gamelles et bidons,
Tout seul je fais la vaisselle pour de bon.

Mes pieds clopinent sur le bois du plancher
Parce qu’on n’achète pas l’amour au marché,
Ne veux pas d’un amour qu’il faut payer.

L’horloge tictaque près de mon lit étroit
Et la lune lorgne ma tête qui ne dort pas,
La lune se marre d’une tête de vieux gaga.

***

LONESOME MAN

My chair rock-rocks by the door all day
But nobody ever stops my way,
Nobody ever stops by my way.

My teef chaw-chaw on an old ham bone
An’I do the dishes all alone,
I do the dishes all by my lone.

My feet clop-clop on the hardwood floor
Cause I won’t buy love at the hardware store,
I don’t want love from the mercantile store.

Now the clock tick tocks by my single bed
While the moon looks down at my sleepless head,
While the moon grins down at an ole fool’s head.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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HERBE CÉLESTE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

HERBE CÉLESTE

Mes pieds ont foulé une herbe céleste.
Tout le jour le ciel a brillé comme verre.
Mes pieds ont foulé une herbe céleste.
La nuit les étoiles ont roulé solitaires.
Puis mes pieds sont venus fouler la terre
Et ma mère a crié me donnant naissance.
À présent mes pieds vite et loin avancent,
Mais les démange encore l’herbe céleste.
Mais les démange encore l’herbe céleste.

***

HEAVENLY GRASS

My feet took a walk in heavenly grass.
All day while the sky shone clear as glass.
My feet took a walk in heavenly grass,
All night while the lonesome stars rolled past.
Then my feet come down to walk on earth,
And my mother cried when she gave me birth.
Now my feet walk far and my feet walk Fast,
But they still got an itch for heavenly grass.
But they still got an itch for heavenly grass.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le Christus de Guadalajara (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration

    

Le Christus de Guadalajara
est déposé dans Son suaire.
Dans Ses paumes sont plantés
les clous et dans Ses pieds.
Ô Mère de Dieu, ait pitié,
Il pleure et si Elle pouvait
Notre Dame donnerait Sa couronne
contre une goutte de Son sang.
Mais comme Lui seule en Sa douleur,
La Madrecita se pelotonne
dans un coin sombre pour porter
Sa terrible Rose du Monde.

***

The Christus of Guadalajara
turns in His salted sheet.
Into His palms are driven
the nails and into His feet.
O Mother of God, have mercy,
He cries, and if She could
Our Lady would give Her crown
to ransom a drop of His blood.
But alone in Her anguish as He,
La Madrecita has curled
in a lampless corner to bear
Her terrible Rose of the World.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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