Arbrealettres

Poésie

Archive for 21 juin 2017

Surprise (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



Surprise

Je méditais; soudain le jardin se révèle
Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.
Je le regarde avec un plaisir éclaté;
Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été!
Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,
J’avance et je m’arrête; il semble que la joie
Etait sur cet arbuste et saute dans mon coeur!
Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur,
Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame
Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,
Que ce n’est pas ce pré, mais mon oeil qui fleurit
Et que, si je voulais, sous ma paupière close
Je pourrais voir encor le soleil et la rose.

(Anna de Noailles)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

 

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Vis sans efforts et sans débats (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



 

Vis sans efforts et sans débats,
Garde tes torts, reste toi-même,
Qu’importent tes défauts ? Je t’aime
Comme si tu n’existais pas,

Car l’émanation secrète
Qui fait ton monde autour de toi
Ne dépend pas de tes tempêtes,
De ton cœur vif, ton cœur étroit,

C’est un climat qui t’environne,
Intact et pur, et dans lequel
Tu t’emportes, sans que frissonne
Ton espace immatériel :
L’anxieux frelon qui bourdonne
Ne peut pas altérer son ciel…

(Anna de Noailles)

Illustration: Bec Winnel

 

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La vie est le temps qu’on met à ne plus s’étonner de souffrir (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017




La vie est le temps qu’on met à ne plus s’étonner de souffrir.
De toutes les promesses de l’univers,
la seule qui ne déçoive pas,
la certitude du néant,
vous attire, vous contente et vous parle.

(Anna de Noailles)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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Il n’est pas un instant (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



Il n’est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d’un lit,
Je n’évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l’oubli. (…)

Quand ma main sur ton cœur pieusement écoute
S’apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l’immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu’il serait juste, propice et tendre
D’expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son cœur content.

Ainsi l’on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j’eus si peur d’aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t’appeler.

Et je me réjouirais d’être un repas funèbre
Et d’héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit de ténèbres,
L’emmêlement de nos genoux …

(Anna de Noailles)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

 

 

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