Arbrealettres

Poésie

Archive for 23 juin 2017

D’une main l’autre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    
D’une main l’autre
Le secret avoué
demeure secret
À l’instar
de l’ombre transparente
ou de l’opaque clarté
Qui s’attarde
Entre
La carafe remplie de vin
Et le bol
au cœur vide

Offrande
à l’Inespéré
Que perpétuent
jour après jour
Deux mains jointes

(François Cheng)

 

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L’infini (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration
    
L’infini n’est autre
Que le sans fin
va-et-vient
Entre ce qui se cherche
Et ce qui se perd
Mille veines ouvertes
d’un cœur l’autre

(François Cheng)

 

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Dans l’infernal souterrain (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Dans l’infernal souterrain
Devançant tous les adieux
D’un coup nous sommes sauvés
Main à main
Paume à paume
Nous voici ailés
Nous voici anges
Les veines entre-mêlées irriguant le désir
bruissent d’en-vol et d’ex-tase…

(François Cheng)

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Les murs peints (Agnès Varda)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    
Les murs peints

En Californie on peut venir voir des amis
et fumer des herbes très raffinées.
À Los Angeles on peut venir voir des anges
marcher sur les eaux du Pacifique
en fait ce sont des blonds sur des planches.
On peut visiter les studios majeurs d’Hollywood
et voir pour de vrai les stars de cinéma.
Moi, à Los Angeles j’ai surtout vu des murs.
Tout d’abord des graffitis,
beaux comme des peintures,
signés par des dizaines d’anonymes
sur des murs longs comme des serpents mythiques.
C’était le début d’une découverte pleine de plaisirs
et de surprises,
celle des murs peints.
On dit murals en américain,
je les ai appelés murals
Mural comme mur vivant,
mur vital, mur moral,
Mural comme mur parlant, mur murmurant.
Mural comme… un mur râle l’autre pas
mais …
mais mural comme non commercial :
ces murs-là n’ont rien à vendre.
Un billboard, grand panneau de réclame,
c’est bien placé, c’est efficace,
c’est souriant, c’est maquillé.
Un mural non.
Et c’est évident dès qu’on arrive.
D’aéropistes en autoroute,
on repère quelques fois un mural
grâce à un embouteillage.
C’est une image souvent mal placée, pas maquillée,
pas souriante.
C’est en pleine rue, en gros plan,
un visage au regard insistant.
Comment les nommer,
ces habitants des murs de Los Angeles ?
Les losangelots ?
Les losangeliques ?
ou alors
les losanges laids
ou les os en gelée
les losangelois ?
ou encore, les anglilosains comme on dirait à
Pont-à-Mousson.
En tout cas de visage en palmier
et de palmier en mural,
j’ai roulé 60 kilomètres de l’Est
où est Losangelest
à l’océan où est Losangelouest.

(Agnès Varda)

 
« Quelques » photos de Los Angeles et sa grande banlieue et aussi San Francisco où nous avons vu quelques beaux murs
https://arbreaphotos.wordpress.com/2009/01/01/randonnees-autres-et-voyages/

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Ame soeur (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Ame soeur
Entends-tu ce qui
Vient de l’heure, ce qui
Vient du coeur, à l’heure
De l’abandon, à l’heure
Du crève-coeur,
Ce battement depuis
La naissance, déchirant
Les entrailles maternelles,
Déchirant l’écorce
Terrestre, ce battement
Qui cherche à se dire,
Qui cherche à se faire
Entendre, entends-tu
Ame soeur
Ce cri d’avant-vie, plein
D’une étrangère nostalgie,
De ce qui avait été
Rêvé, et comme à jamais
Vécu, matin de brume
D’un fleuve, nuage
Se découvrant feuillage,
Midi de feu d’un pré, pierre
Se dévoilant pivoine, toute
La terre embrasée, tout
Le ciel incandescent
En une seule promesse,
En une seule invite
Ne rate pas le divin
Ne rate pas le destin,
Entends-tu ce qui
Vient de la flamme
Du cœur, à l’heure
Du crève cœur, ce cri
Surgi un jour, à ton
Insu, en toi-même,
Le transparent, le transportant,
Le transfigurant, seul cri
Fidèle à l’âme en attente,
Ame sœur.

(François Cheng)

 

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S’abaisser jusqu’à l’humus (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

S’abaisser jusqu’à l’humus où se mêlent
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
rien ne soit perdu.

S’abaisser jusqu’à l’humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où se frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu’un terme et germe.
Lieux du choix : la voix de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
toute fin puisse être naissance.

S’abaisser jusqu’à l’humus, consentir
A être humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d’oiseau, les os givrés
Au vacarme des perce-neige !

(François Cheng)

 

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Fleuve, lune et fleurs printanières (Zhang Ruoxu)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: Koho Shoda 

    

Fleuve, lune et fleurs printanières

Au printemps le fleuve déborde, s’unissant à la mer,
De l’océan, la lune monte avec la marée;
Scintillante, suivant les flots sur dix mille lis,
La lune glisse omniprésente le long du fleuve au printemps.

Le courant serpente entre les prairies parfumées,
Les arbres fleuris deviennent neigeux sous les rayons argentés;
Dans l’air qui semble condensé, se meut le givre
Qui voile les rives sablonneuses, à peine distinctes.

Ciel et fleuve, sans l ‘ombre d ‘une poussière, forment un camaïeu pur,
Au-dessus duquel brille une lune solitaire dans le firmament infini;
Qui fut le premier à contempler la lune au bord du fleuve?
Et quand pour la première fois, la lune a-t-elle éclairé la nuit?

La vie se perpétue, génération après génération,
Fleuve et lune paraissent immuables, année après année.
Innombrables sont les hommes qui s’en sont allés sous cette lune,
Seul demeure le grand Yangtsé charriant ses eaux précipitées.

Autant me semble, éloigné ce flocon de nuage qui va s’effilochant,
Autant est triste l’homme sur la rive aux érables verts;
Cette nuit-dans quelle maison, pense-t-on au voyageur sur l ‘eau
Sous cette lune qui s’attriste d’éclairer en solitaire le pavillon vide?

Elle s’y attarde, comme accrochée par dessus son toit,
Et pénètre le boudoir habité par une âme esseulée.
Elle se présente, insistante, à la fenêtre au rideau tiré,
Indélébile sur la planche où tomberont les coups du battoir.

A cette heure, à défaut de nouvelle, nous regardons la même lune,
Mais je voudrais être un de ces rayons qui te caresse…
Que l ‘oie sauvage porte mon message aussi loin que la lune!
Que les ondes nées des ébats des poissons composent mon courrier!

La nuit précédente, un rêve, où les pétales tombaient sur l’étang;
La mi-printemps déjà passée, et toi, malheureuse, tu ne me reviens pas…
Avec les eaux du fleuve, le printemps touche presque à sa fin,
A l’ouest, près de l ‘étang, la lune est sur son déclin;

Elle va bientôt se coucher au fond de la mer brumeuse,
Mais longue est la route, avant que les fleuves, Xiao et Xiang se rejoignent:
Combien sont-ils, ceux qui rentrent au clair de lune, cette nuit-là?
A la lune déclinée, les arbres du fleuve soupirent, mélancoliques.

***

春江潮水连海平,
海上明月共潮升。
滟滟随波千万里,
何处春江无月明!

江流宛转绕芳甸,
月照花林皆似霰;
空里流霜不觉飞,
汀上白沙看不见。

江天一色无纤尘,
皎皎空中孤月轮 。
江畔何人初见月?
江月何年初照人?

人生代代无穷已,
江月年年只相似;
不知江月照何人,
但见长江送流水。

白云一片去悠悠,
青枫浦上不胜愁。
谁家今夜扁舟子?
何处相思明月楼?

可怜楼上月徘徊,
应照离人妆镜台。
玉户帘中卷不去,
捣衣砧上拂还来。

此时相望不相闻,
愿逐月华流照君。
鸿雁长飞光不度,
鱼龙潜跃水成文。

昨夜闲潭梦落花,
可怜春半不还家。
江水流春去欲尽,
江潭落月复西斜。

斜月沉沉藏海雾,
碣石潇湘无限路。
不知乘月几人归,
落月摇情满江树。

(Zhang Ruoxu)

 

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Du pied à la pierre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Du pied à la pierre
Il n’y a qu’un pas

Mais que d’abîmes à franchir

Nous sommes soumis au temps
Elle, immobile
Au cœur du temps
Nous sommes astreints aux dits
Elle, immuable
Au cœur du dire

Elle, informe
Capable de toutes les formes
Impassible
porteuse des douleurs du monde

Bruissante de mousses, de grillons
de brumes transmuées en nuages
elle est voie de transfiguration

du pied à la pierre
il y a qu’un pas

vers la prescience
vers la présence.

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Il est bon de se souvenir (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Illustration: Chagall

Il est bon de se souvenir des merveilles que tu as accomplies dans le royaume d’en haut,
le gouffre et la forêt dotés d’une voix sensible,
le cours de la rivière modifié comme un bras change pliant le coude,
les instants prolongés par la douce vibration d’une corde que presse un doigt…

Mais ce n’étaient que merveilles naturelles comparées à ce que tu tentes dans le royaume d’en bas
et qui ne se réalisera pas,
non, qui ne se réalisera pas,

car tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
qu’il est des choses destinées par leur nature à ne pas se réaliser,
mais seulement à être désirées et poursuivies un temps puis abandonnées.

Tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
la passion qui existe en ce monde pour le déclin,
l’impulsion à tomber qui succède au jaillissement de la fontaine.

Rampe à présent, Orphée, ô fugitif à l’air honteux, rampe
à reculons sous le mur réduit en miettes de toi,
car tu n’es pas les étoiles dans le ciel en forme de lyre,
mais la poussière de ceux qu’ont démembrés les Furies !

***

It is all very well to remember the wonders that you have performed in the upper kingdom,
the chasm and forest made responsively vocal,
the course of a river altered as an arm alters when it is bent at the elbow,
the moments made to continue by the sweet vibrancy of a string pressed by a finger…

But those were natural wonders compared to what you
essay in the under kingdom
and it will not be completed,
no, it will not be completed,

for you must learn, even you, what we have learned,
that some things are marked by their nature to be not completed
but only longed for and sought for a while and abandoned.

And you must learn, even you, what we have learned,
the passion there is for declivity in this world,
the impulse to fall that follows a rising fountain.

Now Orpheus, crawl, O shamefaced fugitive, crawl
back under the crumbling broken wall of yourself
for you are not stars, sky-set in the shape of a lyre,
but the dust of those who have been dismembered by Furies!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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VIEUX AVEC CANNE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Illustration: Salvador Dali

VIEUX AVEC CANNE

Les vieux quand ils se promènent
communiquent à distance,
leurs cannes claquant le sol ferré de l’hiver,
un, deux, répondant trois,
aussi irrégulier que le pouls sénile
qui les réchauffe un peu.

Tirées de la pochette qui pend
tel un testicule fané à leur taille ceinturée,
des perles sans lustre passent sans passion de l’un à l’autre ;
Les pierres ternes mais tenaces de la haine
sont entre eux trafiquées en douce.

Et la jeunesse avec honte
s’écarte de qui l’aime,
baisse les yeux et couvre
le lustre de sa nudité,
tousse et ne peut rendre le regard bien-aimé.

Les anciens, les anciens se promènent
sans but dans un paysage terne.
La lune est un faucon, à capuche ;
il va geler. Il va vraiment geler,
quand la cloche du lieu retentira
seules des cannes fanées claqueront sur le triste sol ferré de l’hiver.

***

OLD MEN WITH STICKS

Old men walking abroad
communicate across distances
by sticks clumping the iron earth of winter,
one, two, answering three,
irregular as the senile pulse
that warms them dimly.

Drawn from the pouch that hangs
like a withered testicle at the belted waist,
pearls without luster are passed without passion amongst them;
the dim but enduring stones of hatred
are trafficked amongst them by stealth.

And youth from his lover
draws apart in shame,
looks down and covers
the luster of his nudity,
coughs and cannot return the beloved look.

The ancients, the ancients are walking
aimlessly the dim country.
The moon is a falcon, hooded;
there will be frost. There will indeed be frost
when the bell of space rings
with only withered sticks clumping winter’s iron earth dully.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

 

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