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Poésie

Archive for 24 juin 2017

Vendange (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Vendange

La fleur déclose
me prive de tout comme elle s’abandonne
en fruit. Mon sang charrie des glaçons, fleur
de la récolte quand le cortège de ce soir m’ouvrira les veines.
Meuniers, ramoneurs et ceux que le sel a déteints,
mes démons se laissent apparaître, vêtus de soufre et
plus près des papillons pour cette race légère que saura
fixer une pointe dans l’aile. A des fleurs les papillons
font l’amour, eux vont aux baisers des fruits.
Délaissant ces bouches entr’ouvertes qui pendent aux
branches, d’un galop les vendangeurs passeront fouler
mon corps
une grappe de leur vigne.

(Olivier Larronde)

Illustration: Giuseppe Arcimboldo

 

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REMINISCENCES (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



 

Brendan Monroe _Allergens_2006_723_42

REMINISCENCES

Toujours elles s’en viennent d’elles-mêmes,
les voici, toutes ces bribes devers moi :
débris plus ou moins ébréchés
de choses qu’on a mal à comprendre.
Elles n’ont pas changé depuis ce long oubli
où elles reposaient :
vieux cimetière de poupées.
Elles commencent à bouger
et à reprendre corps;
sortant de l’ombre et d’une rumeur de ruche,
ces déchirées lentement se refont :
sabots au nimbe angélique,
morceaux d’icônes, gardant comme un reproche,
quelque ébauche de bonne ou mauvaise influence,
une larme fixée dans la peinture,
une main blessée, un regard,
et, très loin, dirait-on, des cloches
ou une page de livre.
Un tesson ressuscite une amphore brisée,
le lierre mort se remet à bruisser
et, reprenant langage, tour à tour,
les voix éteintes, semble-t-il, rient ou murmurent.
Je me vois tantôt participant à la Cène,
tantôt centurion dans des massacres.
J’essaie encore la chemise de ce temps-là,
étroite et déchirée d’une blessure
que j’avais oubliée, silencieuse,
au coeur du temps.
Et si je porte la main à la déchirure
— reste de quel combat ? —
ma main glisse sur une coulure de sang.
C’est là que tout s’amasse
au gré de soi,
bouts d’évangile et copeaux de lune :
je ne puis me mentir.
Le gel me brûle, glaçon d’argent,
et les doigts dans le brouillard,
à la pointe de l’ongle, se changent
en charbons de glace.

(Tudor Arghezi)

Illustration: Brendan Monroe

 

 

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Dans les yeux, rien de leur histoire ne s’efface (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Dans les yeux, rien de leur histoire ne s’efface;
Rien n’est soluble; tout s’avère à leur surface…

Ainsi tels yeux ont l’air pauvres dorénavant
Pour avoir médité d’entrer en un couvent;
Tels sont en fleur pour avoir vu des orchidées;
D’autres sont nus de tant de fautes regardées;
On y perçoit des courtisanes se baignant
Et par leurs fards perdus l’eau des yeux est nacrée;
D’autres, pour être nés près d’un canal stagnant,
Portent un vaisseau noir qu’aucun marin ne grée
Et qui semble, dans eux, captif en des glaçons…
Prolongement sans fin ! Survie ! Aubes lointaines !
Ciel qui met dans les puits de bleus caparaçons !
Nuages habitant les prunelles humaines !

Tout le passé qui s’y garde, remémoré !
Tout ce qui s’y trahit qu’on croyait ignoré :
Les voeux qu’on viola; les seins que nous fleurîmes;
Et le regard qu’on eut en pensant à des crimes;
Et le regard qu’on eut, pris d’un dessein vénal,
Fût-ce un instant, jadis, devant des pierreries
— Trésor qu’on troquerait contre ses chairs fleuries —
Et qui fait à jamais, de 1’oeil, l’écrin du Mal.

Car tout s’y fige, y dure, et tout s’y perpétue
Désirs, mouvements d’âme, instantané décor,
Tout ce qui fut, rien qu’un moment, y flotte encor;
Dans l’air des yeux aussi survit la cloche tue,
Et l’on voit, dans des yeux qui se croient gais et beaux,
D’anciens amours mirés comme de grands tombeaux !

(Georges Rodenbach)

 

 

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Les chants et les mots (Orpingalik)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017


chant

Les chants sont les pensées
On les chante
Sur le souffle,
Quand on s’est laissé prendre
Par une grande émotion
Et que la parole ordinaire
Ne suffit plus.

On est pris
Comme un glaçon
A la dérive
Du courant.

Les pensées sont entraînées
Par un flot irrésistible,
Quand on sent la joie,
Quand on sent la peur,
Quand on sent la tristesse.

Les idées peuvent surgir en vous,
Vous prendre à la gorge
Vous faire battre le cœur plus fort.
Quelque chose comme le temps qui s’adoucit
Vous apporte votre propre dégel.
Et quand cela arrive,
Nous qui nous trouvons tout petits,
Nous nous sentons encore diminués.
Mais il peut aussi arriver
Que les mots dont on a besoin
Viennent tout seuls.

Quand les mots dont nous avons besoin
Eclosent d’eux-mêmes
On a un nouveau chant.

(Orpingalik)

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Désappointé (Christine Lièvre)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Enfant qui te balances
Dans les bribes du vent
Sans savoir la froidure
Innocent et blessure

Enfant regard de lune
Craintif de tant de peurs
Quêteur de l’imprenable
Sous un front batailleur

Ô mon preneur d’étoiles
Qui fis glisser des larmes
Pour première tendresse
Dans le chant d’une nuit

Fragile et sans mesure
Comme un glaçon d’eau pure
Epris d’immensité
Tu dénonces les pièges

Jusqu’à te retrouver
Aux premières coulées
Du jour tout blond
Frêle et désappointé
Comme un violon … dans la rosée

(Christine Lièvre)

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Glace (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Glace accrochée au bord du toit.
Glaçons: le gothique renversé.
Abstraits bestiaux, mamelles de verre.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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CHANSON (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



 

CHANSON

J’ai fait mon ciel d’un nuage
Et ma forêt d’un roseau.
J’ai fait mon plus long voyage
Sur une herbe d’un ruisseau.

D’un peu de ciment : la ville
D’une flaque d’eau : la mer.
D’un caillou, j’ai fait mon île
D’un glaçon, j’ai fait l’hiver.

Et chacun de vos silences
Est un adieu sans retour,
Un moment d’indifférence
Toute une peine d’amour.

C’est ainsi que lorsque j’ose
Offrir à votre beauté
Une rose, en cette rose
Sont tous les jardins d’été.

(Gilles Vigneault)

 

 

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LA VALLEE (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



 

LA VALLEE

La lumière taillée à grands coups de ciseau
Entasse dans le ciel rayonnant ses cristaux
Dont les faces ici s’incrustent de prairies
Et là fument, glaçons dont les brumes s’enfuient.

(Francis Jammes)

Illustration

 

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Ton nom… (Marina Tsvétaïeva)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Ton nom…

Ton nom – un oiseau dans la main,
Ton nom – sur la langue un glaçon.
Un seul mouvement de lèvres.
Quatre lettres….

Ton nom – le baiser sur les yeux,
Sur le tendre froid des paupières.

Ton nom – le baiser sur la neige.
Gorgée d’eau bleue qui sourd, glaciale,
Avec ton nom – le sommeil est profond.

(Marina Tsvétaïeva)


Illustration: Fabienne Contat

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Toutes les choses au hasard (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Valentine Hugo nostalgie

 

Toutes les choses au hasard
Tous les mots dits sans y penser
Et qui sont pris comme ils sont dits
Et nul n’y perd et nul n’y gagne

Les sentiments à la dérive
Et l’effort le plus quotidien
Le vague souvenir des songes
L’avenir en butte à demain

Les mots coincés dans un enfer
De roues usées de lignes mortes
Les choses grises et semblables
Les hommes tournant dans le vent

Muscles voyants squelette intime
Et la vapeur des sentiments
Le coeur réglé comme un cercueil
Les espoirs réduits à néant

Tu es venue l’après-midi crevait la terre
Et la terre et les hommes ont changé de sens
Et je me suis trouvé réglé comme un aimant
Réglé comme une vigne

A l’infini notre chemin le but des autres
Des abeilles volaient futures de leur miel
Et j’ai multiplié mes désirs de lumière
Pour en comprendre la raison

Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui
C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde
Petite fille je t’aimais comme un garçon
Ne peut aimer que son enfance

Avec la force d’un passé très loin très pur
Avec le feu d’une chanson sans fausse note
La pierre intacte et le courant furtif du sang
Dans la gorge et les lèvres

Tu es venue le voeu de vivre avait un corps
Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres
Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glaçons
Comme un oeil qui voit clair

L’herbe fine figeait le vol des hirondelles
Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres
Tu es venue les rives libéraient le fleuve
Pour le mener jusqu’à la mer

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur
Que l’arbre séparé de la forêt sans air
Et le cri du chagrin du doute s’est brisé
Devant le jour de notre amour

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil
Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire
Gloire le souterrain est devenu sommet
La misère s’est effacée

La place d’habitude où je m’abêtissais
Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue
Se sont mis à briller d’un feu battant des mains
L’éternité s’est dépliée

O toi mon agitée et ma calme pensée
Mon silence sonore et mon écho secret
Mon aveugle voyante et ma vue dépassée
Je n’ai plus eu que ta présence

Tu m’as couvert de ta confiance.

(Paul Eluard)

Illustration: Valentine Hugo

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