Arbrealettres

Poésie

Archive for 27 juin 2017

Bonjour lointaine (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Bonjour lointaine je voyage
(de longues terres apaisées
des rives chastes des
tourbières)

Ici les femmes te ressemblent

Je me détourne

Ici tremble le vin

Je me détourne encore

J’approche des églises
Un cloître bleu des fleurs c’était presque la nuit
l’invisible à hauteur d’ange

(Jean Joubert)

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La robe (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



La robe

Lorsque la porte fut fermée,
lorsque la robe fut tombée,
il naquit au creux des ténèbres
une grande rose funèbre,

robe fanée, couleur d’automne,
sur la terre qui l’abandonne
au destin de toutes les fleurs
dans la roulotte du voleur.

Mais jaillie, vêtue de tes seins,
de cette agonie de satin,
à ma bouche heureuse tu portes
ce qui renaît des roses mortes.

(Jean Joubert)


Illustration: Giovanni Boldini

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L’Amoureuse (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



L’Amoureuse

Elle a des mains, des seins de glaise,
des gestes d’orge sous le vent,
un ventre d’ombre et de fougère
et une bouche à hauteur d’homme.

Elle gémit, elle m’appelle: amant,
et joue avec mes cils, elle sourit en pleurant.

Son toit est le plus pauvre, sa robe déchirée,
mais la clarté se plaît à son visage.

Elle dit: reste! elle dit: nous,
elle dit: pomme, amour, enfant.

Lorsque je pars, elle a ce geste lent
comme d’oiseau qui s’arrache à la terre.

(Jean Joubert)


Illustration: Fabienne Contat

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Un rêve (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



un rêve :
je suis inhumé
sous les feuilles d’automne
mon corps germine

(Abbas Kiarostami)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Le Papillon (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Le papillon est une chenille
Qui a rêvé toute sa vie

De s’envoler, d’être jolie.

(Frédéric Kiesel)

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L’Aube (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



L’Aube

Plaisir ou paresse
et l’ennui brusqué
du sort qui nous presse
aux traîtres bosquets.

Suis-je le chasseur
dont l’arme s’apprête
ou l’ombre de la peur
au front de la bête?

Il reste pourtant
– O gorge d’enfant
près de la fontaine –

une aube en jupons
dont les mains défont
la nuit souterraine

(Jean Joubert)

Illustration: William Bouguereau

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Traite des fleurs (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Traite des fleurs

Je ne puis traverser un marché aux fleurs sans me sentir
saisi d’une amère tristesse.
Il me semble que je suis dans un bazar d’esclaves, à Constantinople ou au Caire.
Les esclaves sont les fleurs.
Voilà les riches qui viennent les marchander;
ils les regardent, ils les touchent, ils examinent si elles sont dans
des conditions suffisantes de jeunesse, de santé et de beauté.
Le marché est conclu. Suis ton maître, pauvre fleur,
sers à ses plaisirs, orne son sérail,
tu auras une belle robe de porcelaine, un joli manteau de mousse,
tu habiteras un appartement somptueux;
mais adieu le soleil, la brise et la liberté: tu es esclave!

Pauvres fleurs! on les entasse les unes sur les autres,
on les laisse exposées au vent, à la poussière,
à toutes les intempéries des saisons.
Le passant s’arrête. Redressez-vous, pauvres fleurs, faites les coquettes;
c’est pour cela que le marchand vous a conduites au bazar,
c’est sur vous qu’il compte pour s’enrichir.

La plupart restent inclinées sur leur tige;
elles sont languissantes, faibles, étiolées: les fatigues d’un long voyage,
les ennuis de la captivité se lisent sur leurs feuilles pâles.
Que leur importe d’être belles!
Avant le soir elles auront passé sous les lois d’un maître inconnu.

Il est certain que la traite des fleurs est aujourd’hui un fait patent.
Le gouvernement la tolère et l’encourage.
Chaque année il expédie même sous le nom de voyageurs du Jardin des Plantes,
des espèces de corsaires qui vont çà et là sur tous les rivages,
font des descentes, des expéditions dans l’intérieur des terres,
et ramènent captives les fleurs dont ils ont pu s’emparer.
On les transporte en France, on leur donne une case au jardin du roi,
on les établit en familles; ces fleurs s’acclimatent, font des enfants,
et quand ils sont arrivés à un certain âge,
le gouvernement les arrache au sein de leur mère,
et les vend ou les donne à des particuliers.

Cela est affreux.
Quand donc les fleurs trouveront-elles
leur Wilberforce?

(J.J. Grandville)

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Une très grande beauté (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Tandis que
sur
le
sofa
bleu
nous
parlions
de
Fiesole
et
des
fontaines
il
t’est
venu
au
visage
une
très
grande
beauté

(Jean Joubert)


Illustration

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Le néant (Julien Harb)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Le néant existe
il est éternel
Sourd-aveugle-muet
Insensible
Beau

(Julien Harb)

Illustration

 

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Le Monde est un Jardin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



Le Monde est un Jardin

LE monde est un jardin de plaisir et de mort,
Où l’ombre sous les bleus feuillages semble attendre,
Où la rose s’effeuille avec un bruit de cendre,
Où le parfum des lys est volontaire et fort.

Parmi les lys nouveaux et les roses suprêmes,
Nous mêlons nos aveux à d’antiques sanglots…
Le monde est le jardin où tout meurt, les pavots
Et les sauges et les romarins et nous-mêmes.

Des rires sont cachés partout ; l’on sent courir
Au ras du sol les pieds invisibles des brises,
Et nous nous promenons dans ce jardin, éprises
Et ferventes, sachant que nous devons mourir…

Nous allons au hasard de nos rêves, j’effleure
Ton col, et tes yeux sont comme un lac endormi.
Le soleil nous regarde avec des yeux d’ami,
Et nous ne songeons point à la fuite de l’heure.

Nous marchons lentement et notre ombre nous suit…
Le vent bruit avec un long frisson de traîne…
Nous qui ne parlons pas de notre mort certaine,
Avons-nous oublié l’approche de la nuit ?…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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