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Poésie

Archive for 29 juin 2017

REPOS DANS LE MALHEUR (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

REPOS DANS LE MALHEUR

Le Malheur, mon grand laboureur,
Le Malheur, asseois-toi,
Repose-toi,
Reposons-nous un peu toi et moi,
Repose,
Tu me trouves, tu m’éprouves, tu me le prouves.
Je suis ta ruine.
Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre
Ma cave d’or,
Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon.
Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans mon horreur,

Je m’abandonne.

(Henri Michaux)

 

 

 

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Je rêvais que je dormais (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Je rêvais que je dormais

Je rêvais que je dormais.
Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
sachant que j’étais éveillé
jusqu’au moment où, me réveillant
je me rappelai que je dormais.

Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
jusqu’au moment où m’endormant,
je me rappelai que je venais de me réveiller
d’un sommeil où je rêvais que je dormais.

Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
jusqu’au moment où, perdant toute foi,
je me mis à me mordre les doigts de rage
me demandant malgré la souffrance grandissante
si je me mordais réellement les doigts
ou si seulement je rêvais que je me mordais les doigts
de ne pas savoir si j’étais éveillé ou endormi
et rêvant que j’étais désespéré de ne pas savoir
si je dormais, ou si seulement je…
et me demandant si…

(Henri Michaux)

Illustration: Alberto Galvez

 

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ? (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ?

Rends-toi, mon coeur.
Nous avons assez lutté.
Et que ma vie s’arrête.
On n’a pas été des lâches,
On a fait ce qu’on a pu.

Oh! mon âme,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.
Ne me tâte pas ainsi les organes,
Tantôt avec attention, tantôt avec égarement,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.

Moi, je n’en peux plus.
Seigneurs de la Mort
Je ne vous ai ni blasphémés ni applaudis.
Ayez pitié de moi, voyageur déjà de tant de voyages sans valises,
Sans maître non plus, sans richesse et la gloire s’en fut ailleurs,
Vous êtes puissants assurément et drôles par-dessus tout,
Ayez pitié de cet homme affolé qui avant de franchir la barrière vous crie déjà son nom,
Prenez-le au vol,
Qu’il se fasse, s’il se peut, à vos tempéraments et à vos moeurs,
Et s’il vous plaît de l’aider, aidez-le, je vous prie.

(Henri Michaux)

Illustration: William Blake

 

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SUR LE CHEMIN DE LA MORT (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

Maria Kreyn  -ImpressioniArtistiche-2

SUR LE CHEMIN DE LA MORT

Sur le chemin de la Mort
Ma mère rencontra une grande banquise;
Elle voulut parler,
Il était déjà tard,
Une grande banquise d’ouate.
Elle nous regarda mon frère et moi,
Ét puis elle pleura.
Nous lui dîmes — mensonge vraiment absurde que nous
comprenions bien.
Elle eut alors ce si gracieux sourire de toute jeune fille,
Qui était vraiment elle,
Un si joli sourire, presque espiègle;
Ensuite elle fut prise dans l’Opaque.

(Henri Michaux)

Illustration: Maria Kreyn

 

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VIEILLESSE (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



VIEILLESSE

Soirs ! Soirs ! Que de soirs pour un seul matin !
Ilots épars, corps de fonte, croûtes !
On s’étend mille dans son lit, fatal déréglage !

Vieillesse, veilleuse, souvenirs : arènes de la mélancolie !
Inutiles agrès, lent déséchafaudage !
Ainsi, déjà, l’on nous congédie !
Poussé ! Partir poussé !
Plomb de la descente, brume derrière …
et le blême sillage de n’avoir pas pu Savoir.

(Henri Michaux)

Illustration

 

 

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Son chant, hurlant profondément dans le silence (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Elle chante,
celle qui ne veut pas hurler.
Elle chante,
car elle est fière.
Mais il faut savoir l’entendre.

Tel est son chant,
hurlant profondément
dans le silence.

(Henri Michaux)

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L’OISEAU QUI S’EFFACE (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



L’OISEAU QUI S’EFFACE

Celui-là, c’est dans le jour qu’il apparaît, dans le jour le plus blanc. Oiseau.
Il bat de l’aile, il s’envole. Il bat de l’aile, il s’efface.
Il bat de l’aile, il réapparaît.
Il se pose. Et puis il n’est plus. D’un battement il s’est effacé dans l’espace blanc.
Tel est mon oiseau familier, l’oiseau qui vient peupler le ciel de ma petite cour. Peupler ? On voit comment ….
Mais je demeure sur place, le contemplant, fasciné par son apparition, fasciné par sa disparition.

(Henri Michaux)

Illustration

 

 

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Les échappés… (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Les échappés…

Si lourds
si lourds
si mornes leurs monuments
si empires, si quadrilatères
si écraseurs barbares, si vociférant,
et nous si nénuphar
si épis dans le vent
si loin du cortège
si mal dans la cérémonie
si peu de notre âge et tellement toujours à la promenade…

(Henri Michaux)


Illustration: ArbreaPhotos

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Emportez-moi dans une caravelle (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017




Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l’attelage d’un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l’haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

(Henri Michaux)

Illustration: Vladimir Kush

 

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