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Poésie

Archive for 2 juillet 2017

Jamais à Rome, tombèrent tant de martyrs (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



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Hommage aux anges
[6]

Jamais à Rome,
tombèrent tant de martyrs ;

pas à Jérusalem,
jamais à Thèbes,

virent de leurs propres yeux,
la bataille des Titans,

tant se levèrent pour voir
les roues des chars tourner,

virent la foudre de Zeus en action
et comment depuis les mains géantes,

l’éclair fracassa la terre
et fendit le ciel, sans fuir

vers l’abri des grottes,
mais leur volonté intacte,

sans courber la tête, regardèrent
et bien qu’ignorants, adorèrent

et ne savaient pas ce qu’ils adoraient
ni qu’ils étaient

ce qu’ils adoraient,
s’ils avaient su que le feu

de force, d’endurance, de colère
dans leur coeur,

faisait partie du même feu
qui dans la bougie sur un bougeoir

ou dans une étoile,
a pour nom un des sept,

est nommé parmi les sept Anges,
Uriel.

***

Never in Rome,
so many martyrs fell;

not in Jerusalem,
never in Thebes,

so many stood and watched
chariot-wheels turning,

saw with their very eyes,
the battle of the Titans,

saw Zeus’ thunderbolts in action
and how from giant hands,

the lightning shattered earth
and splintered sky, nor fled

to hide in caves,
but with unbroken will,

with unbowed head, watched
and though unaware, worshipped

and knew not that they worshipped
and that they were

that which they worshipped,
had they known the fire

of strength, endurance, anger
in their hearts,

was part of that same fire
that in a candle on a candle-stick

or in a star,
is known as one of seven,

is named among the seven Angels,
Uriel.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Konstantin Flavitsky

 

 

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Non —paix, tiens-toi coi — (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Archanges [800x600]

Hommage aux anges
[5]

Non —paix, tiens-toi coi —
n’aimes-tu pas Azraël,

le dernier et le plus grand, Mort ?
n’aimes-tu pas le soleil,

premier à donner la vie,
Raphaël ? m’aimes-tu ?

amant du sable et du coquillage,
sais-tu qui retire le voile,

retient la marée et forme
les coquillages aux formes des vagues ? Gabriel :

Raphaël, Gabriel, Azraël,
trois des sept — qu’est-ce que la Guerre

devant Naissance, Changement, Mort ?
pourtant lui, feu-brûlant, est un des sept feux,

jugement et volonté de Dieu,
souffle même de Dieu — Uriel.

***

Nay —peace be still
lovest thou not Azrael,

the last and greatest, Death?
lovest not the sun,

the first who giveth life,
Raphael? lovest thou me?

lover of sand and shell,
know who withdraws the veil,

holds back the tide and shapes
shells to the wave-shapes? Gabriel:

Raphael, Gabriel, Azrael,
three of seven—what is War

to Birth, to Change, to Death?
yet he, red-fire is one of seven fires,

judgement and will of God,
God’s very breath—Uriel.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Il faut polir le creuset (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Hommage aux anges
[8]

Il faut polir le creuset
et dans la coupe distiller

un mot des plus amers, mara,
un mot plus amer encore, mar,

mer, sel, brisant, séducteur,
donneur de vie, donneur de larmes ;

il faut polir le creuset
et poser le jet de flamme

en dessous, jusqu’à ce que mara-mar
aient fondu, fusionnent et se joignent

et changent et s’altèrent,
mer, mere, mère, mater, Maïa, Marie,

Étoile de la Mer,
Mère.

[9]

Amer, amer joyau
au coeur de la coupe,

quelle est ta couleur ?
que nous offres-tu

à nous, rebelles ?
qu’étions nous si tu en avais aimé d’autres ?

quel est ce mère-père
qui déchire nos entrailles ?

quelle est cette dualité insatisfaite
que tu ne peux satisfaire ?

***

Now polish the crucible
and in the bowl distill

a word most bitter, marah,
a word bitterer still, mar,

sea, brine, breaker, seducer,
giver of life, giver of tears;

Now polish the crucible
and set the jet of flame

under, till marah-mar
are melted, fuse and join

and change and alter,
mer, mere, mè re, mater, Maia, Mary,

Star of the Sea,
Mother.

Bitter, bitter jewel
in the heart of the bowl,

what is your colour?
what do you offer

to us who rebel?
what were we had you loved other?

what is this mother-father
to tear at our entrails?

what is this unsatisfied duality
which you can not satisfy?

(Hilda Doolittle)

Illustration: Marie-Claude Deyts

 

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Oh vite, rallume la flamme (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Hommage aux anges
[11]

Oh vite, rallume la flamme
avant que refroidisse la substance,

car soudain nous vîmes ton nom
profané ; gredins et imbéciles

ont abusé de toi avec impiété,
Vénus, car vénérien veut dire impur

et Vénus en tant que désir
est vénérienne, luxurieuse,

tandis que la racine même du mot hurle
telle une mandragore quand les sorcières tirent

sur sa tige à minuit,
et mandragora, si rare, est elle-même,

dit-on, pleine de poison,
aliment pour l’antre des sorcières.

[12]

Vite, rallume la flamme,
Aphrodite, nom sacré,

Astarté, coque, espars
d’épaves après perte de ton étoile,

oubliée la lumière au coucher,
oubliée la prière au lever ;

reviens, ô la plus sacrée,
Vénus dont le nom est lié
à vénérer,
vénérateur.

***

O swiftly, re-light the flame
before the substance cool,

for suddenly we saw your name
desecrated; knaves and fools

have done you impious wrong,
Venus, for venery stands for impurity

and Venus as desire
is venereous, lascivious,

while the very root of the word shrieks
like a mandrake when foul witches pull

its stem at midnight,
and rare mandragora itself

is full, they say, of poison,
food for the witches’ den.

Swiftly re-light the flame,
Aphrodite, holy name,

Astarte, hull and spar
of wrecked ships lost your star,

forgot the light at dusk,
forgot the prayer at dawn;

return, O holiest one,
Venus whose name is kin

to venerate,
venerator.

(Hilda Doolittle)

Illustration: JeanLéon Gérôme

 

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Annaël (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Anaël l.jpg [800x600] 

Hommage aux anges
[15]

Annaël — c’était une autre voix,
à peine une voix, un souffle, un murmure,

et je me suis souvenue du chant des cloches,
Azraël, Gabriel, Raphaël,

comme quand à Venise, l’un des campaniles
parle et qu’un autre répond,

jusqu’à ce que la ville entière (Venise-Vénus)
semble couverte de pollen doré ébranlé

depuis les clochers, lis pillés
par le poids d’abeilles massives…

[16]

Annaël — et je me suis souvenue du coquillage,
et je me suis souvenue de la ruelle vide

et j’ai repensé à ces personnes,
qui bravaient la fureur aveugle

de l’éclair, et j’ai pensé,
il n’y a ni autel, ni temple

dans la ville de cet autre, Uriel,
et je connaissais son compagnon,

compagnon du feu-qui-endure
c’était un autre feu, une autre bougie,

c’était un autre des sept,
nommé parmi les sept Anges,

Annaël,
paix de Dieu.

***

Annael—this was another voice,
hardly a voice, a breath, a whisper,

and I remembered bell-notes,
Azrael, Gabriel, Raphael,

as when in Venice, one of the campanili
speaks and another answers,

until it seems the whole city (Venice-Venus)
will be covered with gold pollen shaken

from the bell-towers, lilies plundered
with the weight of massive bees .. .

Annael—and I remembered the sea-shell
and I remembered the empty lane

and I thought again of people,
daring the blinding rage

of the lightning, and I thought,
there is no shrine, no temple

in the city for that other, Uriel,
and I knew his companion,

companion of the fire-to-endure
was another fire, another candle,

was another of seven,
named among the seven Angels,

Annael,
peace of God.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Pour Uriel, ni autel, ni temple (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



St._Uriel-_St_John’s_Church,_Boreham [800x600]

Hommage aux anges
[7]

Pour Uriel, ni autel, ni temple
là où tomba la mort brûlante,

pas d’image à la porte de la ville,
pas de torche brillant sur l’autre rive,

pas de nouveau fanum sur la place du marché :
le forum est vide mais le mur nivelé

est pourpre tel du pourpre étendu
sur un autel,

c’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du roseau creux,

où, Uriel, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

To Uriel, no shrine, no temple
where the red-death fell,

no image by the city-gate,
no torch to shine across the water,

no new fane in the market-place:
the lane is empty but the levelled wall

is purple as with purple spread
upon an altar,

this is the flowering of the rood,
this is the flowering of the reed,

where, Uriel, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Dans le sillon du champ l’eau de pluie (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



ETOILE-DU-BERGER [800x600] [800x600]

Hommage aux anges
[10]

Dans le sillon du champ
l’eau de pluie

montrait un bord fendu
comme d’un miroir brisé,

et dans le verre
comme dans une lance polie,

luisait l’étoile Hespéros,
blanche, lointaine et lumineuse,

incandescente et proche,
Vénus, Aphrodite, Astarté,

étoile de l’est,
étoile de l’ouest,

Phosphoros au lever du soleil,
Hespéros au coucher du soleil.

***

In the field-furrow
the rain-water

showed splintered edge
as of a broken mirror,

and in the glass
as in a polished spear,

glowed the star Hesperus,
white, far and luminous,

incandescent and near,
Venus, Aphrodite, Astarte,

star of the east,
star of the west,

Phosphorus at sun-rise,
Hesperus at sun-set.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Ainsi nous les saluons ensemble (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Aubépine de Glastonbury  [800x600]

Hommage aux anges
[17]

Ainsi nous les saluons ensemble,
l’un en contraste à l’autre,

deux des sept Esprits,
installés devant Dieu

tels des lampes sur le grand-autel,
car l’un doit inexorablement

prendre son feu à l’autre
comme le printemps à l’hiver,

et sûrement jamais, jamais
un printemps ne fut aussi abondant

que celui-là ; jamais, jamais
une saison ne fut aussi étonnante,

plus riche en feuille et couleur ;
dis-moi, dans quel autre endroit

trouveras-tu le murier qui fleurit
en mai et rose-pourpre ?

dis-moi, dans quelle autre ville
trouveras-tu l’aubépine de mai

si délicate, vert-blanc, opalescente
comme notre joyau dans le creuset ?

***

So we hail them together,
one to contrast the other,

two of the seven Spirits,
set before God

as lamps on the high-altar,
for one must inexorably

take fire from the other
as spring from winter,

and surely never, never
was a spring more bountiful

than this; never, never
was a season more beautiful,

richer in leaf and colour;
tell me, in what other place

will you find the may flowering
mulberry and rose-purple?

tell me, in what other city
will you find the may-tree

so delicate, green-white, opalescent
like our jewel in the crucible?

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

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Où rivière et fleuve (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration
    
Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Ce qui peut se dire (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017




Illustration
    
Ce qui peut se dire
ne se dira pas
Ce qui ne le peut
sera dit sans cesse
Quel jour quelle nuit
quel moment d’oubli
Surgi du tréfonds
le pur dit humain
Rompant les entrailles
à fleur de peau, d’âme
Transmuant tout désir,
en appel-écho

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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