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Poésie

Archive for 3 juillet 2017

Nommer chaque chose à part (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Nommer chaque chose à part
est le commencement de tout
Mais dire ce qui surgit d’entre elles
toujours neuf
et imprévu
C’est
chaque fois
recommencer le monde

Entre arbre et nuage
Que passe oiseau blessé ou vent ravi
Que l’éclat furtif s’inscrive
entre les yeux
entre les lèvres
À la vraie vie
indéfiniment
nous renaissons

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’infini qui sépare (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Illustration
    

L’infini qui sépare
Le silex bref
de la flamme durable
La chenille grimpante
de la chute des feuilles
L’appel de l’enfant perdu
de la mère qui attend
L’infini que traverse le souffle
du Vide médian
Là est le lieu de vie
Là est le lieu
Là est

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Du yin et du yang (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Du yin et du yang
Tirer l’élan
Tirer l’éclat
Vers le plus tendu
de l’interaction
Vers la culminance
du cercle rythmique

La chair s’y accomplit
dans l’inaccompli
Le fruit s’y clôt
dans l’inclos

L’inépuisable saveur
Née de l’éternité
d’une saison
N’est autre que la promesse
Enfin tenue
entre deux mains

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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La vraie gloire est ici (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Illustration
    
La vraie gloire est ici
Nous passons à côté
Quelques jades croqués
Et maints lotus mâchés
Au travers des ténèbres
Nous ne périrons pas

La vraie vie est ici
Nous passons à côté
Mousse ou limon mâché
Lave ou glace croquée
Mourant de nostalgie
Périrons-nous un jour ?

La vraie voie est ici
Par ici nous passons
Nous aurons toujours soif
Et toujours aurons faim
Au travers des ténèbres
Jamais ne périrons

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le jour donne à vivre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Le jour donne à vivre
La nuit donne à voir

Tout aller clarté
Tout retour obscur

Obscur sur obscur
La lune en miroir

Il ne nous est vie
Que du pur revoir

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’immense nuit (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
L’immense nuit du monde
Semée d’étoiles
Prendrait-elle jamais sens
Hors de notre regard ?

Et l’immonde de notre nuit
Trouée de cris
Susciterait-il jamais écho
Hors de notre ouïe ?

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Un jour si je me perds en toi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Un jour si je me perds en toi
me rappelleras-tu mon nom
Un jour en toi si tu me retrouves
me révéleras-tu ton nom

Si de ma main je te heurte
m’ouvriras-tu ta paume
Si de ma main je te blesse
me donneras-tu ton sang

Jour après jour si je te harcèle
m’épargneras-tu la peur
Nuit après nuit si je t’épuise
me passeras-tu ton feu

Privé d’air, d’eau si je t’oublie
m’accueilleras-tu néanmoins
Coquille éclatée si je m’oublie
m’habiteras-tu enfin

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Ne plus te chercher (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Ne plus te chercher
ni en toi
ni en moi
Abandonné
Au battement solidaire
entre deux abîmes
La vie promise
La vie donnée
Au plus obscur de l’heure
du lieu
Au plus insu
de soi

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Il y a un charme, par exemple, dans chaque coquillage (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[4]

Il y a un charme, par exemple,
dans chaque coquillage :

continue, la poussée marine
n’a aucune prise sur le corail,

os, pierre, marbre
taillés du dedans par cet artisan,

le coquillage :
huître, palourde, mollusque

est maître-maçon concevant
la merveille de pierre :

pourtant cet ermite flasque, amorphe
en dedans, comme la planète

ressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, fanum, lieu saint :

il déverrouille les portails
à intervalles fixes :

poussé par la faim,
il s’ouvre au flot de la marée :

mais l’infinité ? non,
de rien-de-trop :

je sens ma propre limite,
mes dents de nacre se referment

devant l’invasion du poids
illimité de l’océan ; l’eau infinie

ne peut me briser, oeuf en coquille ;
cercle fermé, complet,

immortel, je connais la force brutale
de la marée, de l’étale

tout autant que la lune ;
l’obscurité de pieuvre

est impuissante devant
sa froide immortalité ;

ainsi je sais à ma façon
que la baleine

ne peut me digérer:
sois ferme dans ta petite orbite statique,

limitée, et les dents de requin
des circonstances externes

te recracheront :
sois indigeste, dure, résistante,

pour que, vivant au- dedans,
tu engendres, soi-hors-du-soi,

altruiste,
cette perle-de-grand-prix.

***

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the sea thrust
is powerless against coral,

bone, stone, marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark jaws
of outer circumstance

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving,

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Notre arbre est-il le lotus (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Lotus_Tree_by_panjer [800x600]

Les murs ne tombent pas
[27]

Notre arbre est-il le lotus
du bosquet de lotus,

le rêve
grisant, somnolent du lourd magnolia ?

ou le pommier grenat
dont le nom décore des sonnets,

mais soit acide soit trop mûr,
parfait pour l’instant seulement ?

de toutes les floraisons du bois,
sommes-nous amandier sauvage ou cerisier d’hiver ?

sommes-nous pin ou sapin,
sentinelle, solitaire ?

ou cyprès,
fragrant-arbutus ?

***

Is ours lotus-tree
from the lotus-grove,

magnolia’s heavy, heady, sleepy
dream?

or pomegranate
whose name decorates sonnets,

but either acid or over-ripe,
perfect only for the moment?

of all the flowering of the wood,
are we wild-almond, winter-cherry?

or are we pine or fir,
sentinel, solitary?

or cypress,
arbutus-fragrant?

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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