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Poésie

Archive for 5 juillet 2017

L’Heure tourne (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

L’Heure tourne

L’heure tourne
avant le quatre-heures
il est déjà 15 heures
et je suis
fou à lier.
Je vois
mes yeux las.
Le miroir
végète.
La population
sécrète
ses enzymes
d’exclusion.
Un Tsigane d’Ukraine me dira :
«Au moins ici
vos poubelles
sont pleines !»

L’heure tourne
tu vas bientôt rentrer.
Nous t’attendons
moi
et les murs
humides.

(Balbino)

 

 

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LA ROSE DU MONDE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

LA ROSE DU MONDE

Qui rêva que la beauté passe comme un rêve ?
Pour ces lèvres de feu, dont tout l’orgueil
Est de porter le deuil de la merveille,
Troie a passé, flamme au foin, funéraire,
Et les enfants d’Usna ont succombé.

Nous aussi, et le monde qui peine, nous passons :
Mais là, parmi les âmes qui tournoient
Avant de s’effacer comme les eaux promptes
De l’hiver incolore, là, parmi
Les étoiles qui passent, cette autre écume,
Un visage survit, une solitude.

Inclinez-vous, Archanges, dans vos pénombres !
Avant vous, avant même que coeur ne batte,
Lasse et bonne une femme s’attardait
Près du trône de Dieu ; et Lui,
Il fit de l’univers un grand chemin d’herbe
Pour ses pas vagabonds.

***

THE ROSE OF THE WORLD

Who dreamed that beauty passes like a dream ?
For these red lips, with all their mournful pride,
Mournful that no new wonder may betide,
Troy passed away in one high funeral gleam,
And Usna’s children died.

We and the labouring world are passing by :
Amid men’s souls, that waver and give p lace
Like the pale waters in their wintry race,
Under the passing stars, foam of the sky,
Lives on this lonely face.

Bow down, archangels, in your dim abode :
Before you were, or any hearts to beat,
Weary and kind one lingered by His seat;
He made the world to be a grassy road
Before her wandering feet.

(William Butler Yeats)

 

 

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Rends-toi (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



pas un geste
rends-toi

abandonne
ta solitude
et ton orgueil
laisse-toi aimer

ferme les yeux si tu veux
accepte la caresse
et le baiser sur ta bouche
et puis
s’il le faut
éclate en sanglots

(Bernard Friot)

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Se tromper (Gottfried Benn)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



erreur

Se tromper et devoir cependant
accorder sa confiance à son être intérieur,
c’est cela l’homme.

(Gottfried Benn)

 

 

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Charmante (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


Tu m’inspires et de l’amour et du désir; je le sens et je brûle.
Charmante que tu es, sache donc maintenant m’inspirer confiance!

***

Liebe flößest du ein, und Begier; ich fühl es, und brenne.
Liebenswürdige, nun flöße Vertrauen mir ein!

(Goethe)

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La Belle étoile (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

La Belle étoile

Pour une fois encore
Je me suis laissé dériver
Dans le lacis des rues sombres
La barque a de nouveau quitté le port
Et j’ai oublié rames et boussole

Mystérieuses
Femmes ou statues
Façades de pierres ou visages de plâtre
Vous me prenez mes nuits
Vous mêlez malgré moi votre sang et le mien

Rien qui me hèle rien
Dans la solitude où j’erre
Aucune porte qui s’ouvre
Et cet envol de mouchoirs ne peut me retenir
Le courant est trop fort et le gouvernail est brisé

Laissez résignez-vous
Ne tendez pas la main au naufragé
Je vais rouler comme un caillou jusqu’à la mer
Et ne vous désolez pas sur son sort
Il a son éternité de mémoire d’innocence et d’oubli

Dans l’austérité amère de la nuit
Les étoiles s’éteignent à force de regards
C’est entre deux flots que se termine le voyage
Les phares clignent des yeux sur la côte
Je m’illumine soudain comme une algue de phosphore

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Mikhail Larionov

 

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Vivant vivante (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


 

Elle se penche sur moi
Le coeur ignorant
Pour voir si je l’aime
Elle a confiance elle oublie
Sous les nuages de ses paupières
Sa tête s’endort dans mes mains
Où sommes-nous
Ensemble inséparables
Vivants vivants
Vivant vivante
Et ma tête roule en ses rêves.

(Paul Eluard)

 

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Ecoutez-moi ! (Marina Tsvetaïeva)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

Il en tomba combien dans cet abîme
Béant dans le lointain !
Et je disparaîtrai un jour sans rimes
Du globe, c’est certain.

Se figera tout ce qui fut, – qui chante
et lutte et brille et veut :
Et le vert de mes yeux et ma voix tendre
Et l’or de mes cheveux.

Et la vie sera là, son pain, son sel
Et l’oubli des journées.
Et tout sera comme si sous le ciel
Je n’avais pas été !

Moi qui changeais, comme un enfant, sa mine
– Méchante qu’un moment, –
Qui aimais l’heure où les bûches s’animent
Quand la cendre les prend,

Et le violoncelle et les cavalcades
Et le clocher sonnant…
– Moi, tellement vivante et véritable
Sur le sol caressant.

A tous – qu’importe. En rien je ne mesure,
Vous : miens et étrangers ?! –
Je vous demande une confiance sûre,
Je vous prie de m’aimer.

Et jour et nuit, voie orale ou écrite :
Pour mes « oui », « non » cinglants,
Du fait que si souvent – je suis trop triste,
Que je n’ai que vingt ans,

Du fait de mon pardon inévitable
Des offenses passées,
Pour toute ma tendresse incontenable
Et mon trop fier aspect,

Et la vitesse folle des temps forts,
Pour mon jeu, pour mon vrai…
– Ecoutez-moi ! – Il faut m’aimer encore
Du fait que je mourrai.

(Marina Tsvetaïeva)

Illustration: Alex Alemany

 

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AH, C’EST VOUS! (Harushige Dobashi)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


 


 

AH, C’EST VOUS!
SHIBA RAKU

Ah, c’est vous!
Dis-je à quelqu’un dans la rue
(J’ai l’impression
De ne pas l’avoir vu depuis longtemps)
Mais il me regarde d’un air ahuri
Je me suis trompé

Et je salue
Quelqu’un d’autre
Qui ouvre de grands yeux
Je me suis encore trompé
Pourtant, je me le demande,

Puisque tout le monde a la même tête ou à peu près
Est-ce qu’on ne pourrait pas se tromper quelquefois?
Et ceux qu’on salue par erreur
Ne pourraient-ils pas répondre
Mine de rien?

C’est ainsi qu’armé de confiance
Je salue les gens
Mais voilà qu’une fois
Quelqu’un m’a répondu
A ôté son chapeau
M’a dit quelques mots polis

J’en suis resté bouche bée
J’ai perdu toute assurance

J’ai beau aimer les gens si je me trompe en les saluant
Il n’y a aucune raison de me tirer son chapeau!
Non plus jamais
Je ne pourrai parler à quelqu’un dans la rue
Et pourtant n’y a-t-il pas encore sur mon chemin
Deux ou trois gentlemen
Très polis
Qui attendent
Que je me trompe
Pour porter la main au bord de leur chapeau?

(Harushige Dobashi)

Illustration: René Magritte

 

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Amoureuses (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Elles ont les épaules hautes
Et l’air malin
Ou bien des mines qui déroutent
La confiance est dans la poitrine
À la hauteur où l’aube de leurs seins se lève
Pour dévêtir la nuit

Des yeux à casser les cailloux
Des sourires à y penser
Pour chaque rêve
Des rafales de cris de neige
Des lacs de nudité
Et des ombres déracinées.

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers.

Je ne montre que ton visage
Les grands orages de ta gorge
Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore
Mon amour ton amour ton amour ton amour.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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