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Poésie

Archive for 7 juillet 2017

Iris noirs (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Iris noirs

Dans les iris, à l’ombre de la tour,
veillent les loups du ciel, les yeux mi-clos,
prêts à bondir dans le soir innocent.

Mère prudente, écarte de la tour
l’enfant captive aux mailles du parfum
et qui déjà dérive de ta chair.

Tourne la clef, lève l’aube des lampes
sur un rucher de pacifiques fleurs,
pour conjurer cette agression de flammes.

En vain! La nuit des iris a gagné
la chambre creuse où l’enfant se dévêt.
Ta fille brûle, et te voilà perdue.

(Jean Joubert)


Illustration

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Il y a des centaines de fenêtres (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Il y a des centaines de fenêtres.
Il y a des centaines d’yeux aux fenêtres,
des pupilles sur toutes ces portées de ciment
qui jour et nuit nous regardent.

Soleil, néon, soleil, lumière grise
transpercent tour à tour notre maison de verre
où je te cherche où tu me fuis
où tu te souviens quand j’oublie
où parfois nous nous rejoignons.

Les yeux sont toujours là immobiles et ronds.

Pas de rideaux à nos fenêtres.
Pas de rideaux dans toute la ville.

Les yeux sont toujours là.

Tu es vêtue de nylon rose sur ta peau,
tu es couchée sur le lit qui est comme un plateau.
Des projecteurs s’allument dans la nuit
découvrant mes mains posées sur tes hanches
découvrant ton corps de nylon nu
sous mes mains que je retire
sous mes mains
que je cache derrière mon dos tandis que tu caches ton visage,
que nous tentions mollement d’échapper à cette lueur de carnage,
de gagner l’ombre étroite d’un pan d’acier
où le rayon de feu commence à te fouiller.

(Jean Joubert)

Illustration: Katerina Belkina

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OFFENSE (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



 

OFFENSE

N’ayant de goût pour le granit, ô vierge,
dont j’aurais pu te le tailler,
j’ai cherché dans l’argile roumaine
ton corps svelte à l’odeur de cire.

J’ai pris la terre forte des forêts,
et, à main de potier, j’ai pétri
séparément chacun des membres
de ton petit corps, en silex léger.

Je moulai dans la verveine l’émail de tes yeux;
aux pétales profonds des roses tes paupières;
pour les sourcils les brins très minces
d’une herbe neuve née à l’aube.

J’ai copié pour le torse les cruches;
et si ma main brûlante s’attarda
à la hanche et au sein, je suis fautif,
car j’eusse dû tout arrêter à la ceinture,

et ne pas vouloir que la statue fût sensible et marchât
et pût fléchir sous mon toucher
de ce doux tourment que Dieu nous laissa,
et qui, passant par moi, vint te remplir.

Femme si chère et tentation si molle,
qui m’est si lourde maintenant que tu n’es plus,
pourquoi t’ai-je tirée de cette argile
et ne laissai la terre pour les pots ?

(Tudor Arghezi)

 
Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
 

 

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Le guetteur (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le guetteur tendu contre la nuit
pressent un dieu sous la muraille
où conspire un sommeil d’oiseaux.

Il caresse l’arme inutile,
rosaire de sa peur,
pour conjurer une invisible proie.

Contre son corps se glisse
le gel aux seins menus
qui l’embrasse et le lie
alors que monte des marais
par les degrés de brume
l’odeur violente de la mort.

L’aube enfin, l’éclatement
des pavots et des cris!

Décue, l’archer funèbre,
Orion pâlit.

Mais le jour rend au guetteur
un masque étroit de fourmi.

(Jean Joubert)


Illustration: Daniel Cuq

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Le froid (Philistin Panger)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le froid

Et le vent? violent, glacial, dans le sang.
Ressens-tu aussi, ce froid saisissant?
Fuir, courir, agir pour lutter,
il est bien trop tard, il t’a rattrapé !

Et la pluie? violente, glaciale, sur la peau.
là, tu ressens sur toi couler cette eau
glissante, pénétrante, et infinie,
ton corps tout entier se flétrit.

Et la peur? violente, glaciale dans le ventre,
tu la ressens parfois lorsqu’elle entre.
Protéger, abriter, cacher pour oublier,
la peur est là, bien enfermée.

Et la peine? violente, glaciale dans le cœur.
Tu saignes, tu gémis, quelle douleur,
hurlante, déchirante, et jamais ne finie.
Ton âme cherche toujours une autre vie.

Et les larmes? violentes, brûlantes dans les yeux.
je ne me souviens plus de ce que je veux.
Effondré, écroulé, enterré, je me meurs,
Les paupières lourdes comme des heures.

(Philistin Panger)


Illustration

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Ici le roc (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Ici le roc, ses cruautés d’oiseau,
l’aile pliée sur un songe de sang,
ses lames affilées au doigt du gel
et ses blancheurs soudaines d’ossement.

Mais une eau fine avive le ravin
de ses soupirs, de sa minceur de vierge.
Vite le pauvre y plonge ses deux mains
pour y puiser des caresses fragiles.

Jamais pourtant il ne verra le fleuve
où déjà la nuit tombe sur les îles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Va au delà torche éteinte (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Poèmes
pas courageux
mais douceur
oreille de délice
une voix de brebis hurle
au delà va au delà
torche éteinte

(Georges Bataille)

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UN BRUIT DE SOIE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



UN BRUIT DE SOIE.

Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu trembles et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
À même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
l’un et l’autre torche blanche,
grand vide de midi
Se chercher à travers le feu et l’eau fumée.
Les espèces du monde sont réduites à deux
Ni bêtes ni fleurs ni nuages.
Sous les cils une lueur de braise chante à tue-tête.
Nos bras étendus nous précèdent de deux pas
Serviteurs avides et étonnés
En cette dense forêt de la chaleur déployée.
Lente traversée.
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton coeur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je l’imagine si juste que je défaille.
Mes mains écartent le jour comme un rideau
L’ombre d’un seul arbre étale la nuit à nos pieds
Et découvre cette calme immobile distance
Entre tes doigts de sable et mes paumes toutes fleuries.

(Anne Hébert)

 

 

 

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Elle marche tout en beauté… (George Gordon Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Elle marche tout en beauté…

Elle marche tout en beauté comme la nuit
Des climats sans nuage et des cieux étoilés ;
Et le plus pur de la clarté comme de l’ombre
Se rassemble dans son aspect et dans ses yeux,
Prenant le velouté de la tendre lumière
Que refuse le ciel au jour éblouissant.

Une nuance en plus, un seul rayon en moins,
Gâteraient à demi la grâce incomparable
Qui vient flotter dessus chaque tresse d’ébène,
Ou sur ses traits se pose avec légèreté ;
Là, des pensées d’une douceur sereine expriment
La pureté, la tendresse de leur demeure.

Et parant cette joue, parant aussi ce front
Si calmes et si doux, pourtant si éloquents,
Le sourire charmeur, les couleurs éclatantes,
Ne parlent que de jours vécus dans la bonté,
Esprit en paix avec toute chose ici-bas,
Coeur dont l’amour traduit la profonde innocence!

***

She walks in beauty…

She walks in beauty, like the night
Of cloudless climes and starry skies;
And all that’s best of dark and bright
Meet in her aspect and her eyes:
Thus mellowed to that tender light
Which heaven to gaudy day denies.

One shade the more, one ray the less,
Had half impaired the nameless grace
Which waves in every raven tress,
Or softly lightens o’er her face;
Where thoughts serenely sweet express
How pure, how dear their dwelling place.

And on that cheek, and o’er that brow,
So soft, so calm, yet eloquent,
The smiles that win, the tints that glow,
But tell of days in goodness spent,
A mind at peace with all below,
A heart whose love is innocent!

(George Gordon Lord Byron)


Illustration: Frederic Leighton

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L’Oiseau-Lyre (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Oiseau-lyre mon oiseau-lyre
Dans les albums de mon enfance
J’aurais cassé ma tire-lire
Et bravé toutes les défenses
Pour aller par des mers de lie
Te captiver en Australie.

(Bernard Lorraine)


Illustration

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