Arbrealettres

Poésie

Archive for 8 juillet 2017

Lorsque S’en Vient Le Soir (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Lorsque S’en Vient Le Soir

Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte
Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes
Et nous nous défaisons de nos habits volés

Rien n’a calmé ces mains que j’ai de te connaître
Gardant du premier soir ce trouble à te toucher
Je te retrouve amour si longuement cherchée
Comme si tout à coup s’ouvrait une fenêtre
Et si tu renonçais à toujours te cacher

Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre
Où le rideau d’aimer s’envole n’importe où
L’étoile neige en moi son éternel mois d’août
Rien n’a calmé ce coeur en te voyant de battre
Il me fait mal à force et rien ne m’est si doux

Tu m’es pourtant toujours la furtive passante
Qu’on retient par miracle au détour d’un instant
Rien n’a calmé ma peur je doute et je t’attends
Dieu perd les pas qu’il fait lorsque tu m’es absente
Un regard te suffit à faire le beau temps

Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte
Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes
Et nous nous défaisons de nos habits volés

(Louis Aragon)

Illustration: Kahlil Gibran

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Je suis le ciel (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Je suis le ciel. J’enveloppe tout de mon manteau bleu
que m’a donné mon bien-aimé.
Il m’a aussi donné un merveilleux bijou, un diadème d’étoiles
pour mon front.
Il doit beaucoup m’aimer.
Ainsi je l’aime aussi.
Mais je ne l’ai jamais vu.
On dit qu’on ne peut le voir.
Et quoi, serait-ce nécessaire ? Nul n’est besoin de voir
son bien-aimé.
Il est avec moi la nuit quand son bijou étincelle
sur mon front.

***

Jag är himlen. Jag sluter in allt i min blåa kappa
som jag fått av min älskade.
Han gav mig också ett underbart smycke, ett diadem av
stjärnor kring mitt huvud.
Han måtte älska mig mycket.
Jag älskar också honom.
Men jag har aldrig sett honom.
Man säger att man inte kan se honom.
Och varför skulle man göra det ? Inte behöver man se
sin älskade.
Han är hos mig om natten när hans smycke strålar kring
mitt huvud.

(Pär Lagerkvist)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ÉCHO (Théodore Botrel)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



L’ÉCHO

Rôdant, triste et solitaire,
Dans la forêt du mystère,
J’ai crié, le coeur très las :
La vie est triste ici-bas !
… L’écho m’a répondu : Bah !

Écho, la vie est méchante !
Et, d’une voix si touchante
L’écho m’a répondu : Chante !

Écho, écho des grands bois,
Lourde, trop lourde est ma croix ! »
L’écho m’a répondu : « Crois ! »

« La Haine en moi va germer :
Dois-je rire ? ou blasphémer ? »
Et l’écho m’a dit : « Aimer ! »

Comme l’écho des grands bois
Me conseilla de le faire :
J’aime, je chante et je crois…
… Et je suis heureux sur terre !

(Théodore Botrel)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PETIT-JOUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



PETIT-JOUR

Pour fermer les yeux du rêve en allé
Dont elle est la soeur aux paupières closes
Une rose est née au nid d’une rose
ll n’est plus de nuit pour l’ombre qu’elle est

Une voix se brise et chantant quand même
Tant qu’elle a des pleurs pour toucher le jour
Apprend aux mortels que le temps est court
Pour suffire au voeu d’aimer ce qu’on aime

Quand il a quitté le bord des miroirs
Pour donner les fleurs aux mains qui les cueillent
L’arc-en-ciel saisit dans la nuit des feuilles
Le chanteur tombé d’un vol d’oiseaux noirs

(Joë Bousquet)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA SPHINGE (Lucie Delarue-Mardrus)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



LA SPHINGE

Notre pensée intime est un vaste royaume
Dont le drame profond se déroule tout bas.
Toute chair emprisonne un ignoré fantôme,
Toute âme est un secret qui ne se livre pas.

Et c’est en vain, ô front ! que tu cherches l’épaule,
Refuge en qui pleurer, aimer ou confesser ;
L’être vers l’être va comme l’aimant au pôle,
Mais l’obstacle aussitôt vient entre eux se dresser.

Car au fond de nous tous, ennemie et maîtresse,
La sphinge s’accroupit sur son dur piédestal,
Et tout épanchement de cœur, toute caresse,
Soudain se pétrifie à son aspect fatal.

Sa présence toujours aux nôtres se mélange,
Sa croupe désunit les corps à corps humains ;
Au fond de tous les yeux vit son regard étrange,
Ses griffes sont parmi les serrements de mains.

Et lorsque nous voulons regarder en nous-même
Pour nous y consoler et nous y reposer,
La sphinge est là, tranquille en sa froideur suprême,
L’énigme aux dents et prête à nous la proposer.

(Lucie Delarue-Mardrus)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Que diriez-vous d’une île ? (Jean-François Pollet)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Que diriez-vous d’une île ?

Que diriez-vous d’une île
Au parfum apaisé
Sur le matin tranquille
Que diriez-vous d’aimer ?

Aimer le vent qui vient
S’enlacer dans la vague
Aimer d’un doigt divin
Les bords d’un coquillage

Toucher la dame couchée
Sur les pensées du sable
Toucher son corps passé
Sous les caresses nomades

Toucher le mot gravé
Par l’humain périssable
Toucher le bout du nez
Qui vous bloque le visage

Que diriez-vous d’une île
Au contour effacé
Par la lune immobile
Que diriez-vous d’aimer ?

Aimer les temps floués
Comme un doux paysage
Aimer les cieux noyés
Sous les luttes innombrables

Que diriez-vous d’une île ?

(Jean-François Pollet)

Découvert ici chez écritsecris

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Giroflée (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Giroflée

Au sommet du vieux donjon croissait une giroflée.
Un prisonnier la voyait de sa fenêtre.
C’était sa joie, sa consolation,
son unique espérance.
Il l’aimait comme on aime une femme.

Le printemps, le soleil, l’air, la liberté,
la giroflée était tout cela pour lui.
Elle lui souriait du haut de son créneau,
elle balançait gracieusement ses petites tiges devant lui;
elle se penchait sur la noire muraille comme pour lui donner la main.

Il y avait dans la vallée un homme qui passait toute la journée dans les champs,
une grande boîte de ferblanc passée en bandoulière;
il la rapportait le soir au logis pleine d’herbes, de fleurs, de plantes de toutes sortes.
Il croyait aimer les fleurs parce qu’il etait botaniste.

Un jour qu’il était fatigué de ses courses,
notre homme s’arrêta au pied du vieux donjon où se trouvait le prisonnier.
Comme il portait son mouchoir à son front pour essuyer
la sueur qui en découlait, il leva la tête et avisa la giroflée.
Il commença son ascension.
Quand it fut près de la plante, il se mit en devoir de l’arracher.
Les racines de la giroflée étaient fixées en dehors du mur.
Elles tenaient ferme. A un violent effort de notre homme, la plante céda cependant,
mais elle ne vint pas seule. Elle entraîna le botaniste dans sa chute.
Ce que c’est que d’oublier les lois de l’équilibre
quand on herborise sur les vieux donjons.

Quant au prisonnier, il tomba dans un morne accablement.
Il lui sembla qu’en perdant la giroflée,
il avait perdu une seconde fois la liberté.
L’hiver vint, triste saison,
pendant laquelle, du moins, il ne songeait pas à sa plante chérie;
mais au printemps, un matin que les rayons du soleil pénétraient dans son cachot,
il ne put s’empêcher de lever ses yeux baignés de larmes sur le donjon.
Une autre giroflée se balançait sur la tige, et disait bonjour au pauvre prisonnier.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Les porteurs d’eau (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Didier Boisgard  le_porteur_d_eau_30x30cm_2008_bdnnw3v

Les porteurs d’eau

Connaissez-vous ce poids dur aux épaules
Ce vieux regret d’une mer à porter
Le monde oscille et bouge à chaque pôle
Et ces bidons, nous rêvons d’y plonger
Nos corps brûlés du grand vent des paroles.

Il tourne ici des souvenirs d’écume
Des poissons bleus tracent des ciels ici
Les écureuils ont perdu leurs coutumes
Des monstres d’eau baignent leur incendie
Et la forêt se perd dans son déluge.

Il suffisait d’une douceur extrême
D’aimer la mer pour revivre dans l’eau.
Nous retrouvons les chevaux du poème
Chacun se cabre et repart aussitôt
Dans la tribu des hippocampes blêmes.

Le cri de guerre est ici jeu de billes
Et l’agonie un mouvement berceur
Chacun revit poisson s’il veut la lune
Arbre marin s’il aime les couleurs
Les porteurs d’au portent des algues brunes
Et les oiseaux s’endorment dans leurs coeurs.

(Robert Sabatier)

Illustration: Didier Boisgard  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le monde est grand (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Le monde est grand et tient
dans cette fenêtre sur la mer.
La mer est grande et tient
dans le lit et la couche où s’aimer.
L’amour est grand et tient
dans le bref espace du baiser.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Constantin Brancusi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Un morceau de bois échoué au pied de la dune (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



 

Un morceau de bois échoué au pied de la dune
Un coup d’oeil alentour
j’essaie de lui dire quelques mots

Comme le pauvre chant de cet insecte
on ne sait où
ce jour encore sans réconfort

Comme les joues brûlantes contre la neige
délicatement rassemblée
j’aimerais aimer

Sans raison
l’envie de courir à travers les prés
à bout de souffle

Mon ami, ne sois pas dégoûté
par les mendiants
J’étais comme eux quand j’avais faim

Il ne se passe rien
je prends aisément du poids
certainement quelque chose me manque

(Ishikawa Takuboku)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :