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Poésie

Archive for 9 juillet 2017

CHANSON DE LA ROSE (Duc de Rosalex)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017




    
CHANSON DE LA ROSE

Elle s’ouvrira la Rose fermée,
Son parfum troublant s’épandra dans l’air,
Sitôt que la nuit chassant le jour clair,
Emplira d’amour l’alcôve fermée !

C’était un bouton tremblant sous le doigt,
Caché sous les brins d’une mousse folle;
C’était un bouton dont l’Amour raffole,
Lui seul doit l’ouvrir du bout de son doigt.

Les oiseaux chanteurs guettant l’aube rose,
Les ruisseaux jaseurs se taisent, pour voir
La métamorphose ; — ils veulent savoir
Comment d’un bouton on fait une Rose !

L’Amour s’est penché sur le frais bouton,
Sa lèvre le baise et son doigt l’effleure !
De l’étroit corset il va tout à l’heure,
Ôter chaque agrafe et chaque bouton !

Puis d’une divine et blanche rosée,
Il va l’inonder amoureusement…
Et le frais bouton va fiévreusement,
Boire, en s’entr’ouvrant, ce flot de rosée !

Et toutes les voix du joyeux matin,
En voyant la fleur fraîche, épanouie,
Diront : « Ta candeur s’est évanouie;
Bouton cette nuit, Rose ce matin !

(Duc de Rosalex)

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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VOLUPTE (Gaston Sansrefus)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Edward Jones
    
VOLUPTE

Sous la mâle caresse, alanguie et pâmée,
Colombine se meurt au baiser de Pierrot,
Baiser de libertin et baiser de dévot
Oui boit la volupté de la chair parfumée.

Les seins cabrés, offerts, superbement aimée,
Les beaux yeux chavirés dans un dernier sanglot,
Elle abandonne aux bras de l’amoureux pâlot
Son corps nu, triomphant sous le chaud hymenée.

Des doigts impatients frôlent ses reins nerveux;
Des frissons fous, brûlants, la terrassent, vaincue,
Des feux passent ardents dans l’or de ses cheveux;

Et, viole d’amour, magnifique instrument.
Tout son être vibrant d’une ivresse éperdue,
Elle épuise sa vie aux lèvres de l’amant !

(Gaston Sansrefus)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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SUPRÊME ÉTREINTE (Anatole Belval-Delahaye)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Andrei Protsouk  
    
SUPRÊME ÉTREINTE

Ah ! laisse, mon amour, ces divines oiselles,
Nos deux âmes s’unir au silence divin.
L’ivresse de l’extase, en nous versant son vin,
Clôt les bouches de chair de ses deux blanches ailes.

Mon luth reste muet devant tant d’infini.
Je vois dans tes grands yeux l’azur qui se colore,
Le désir embrasé monte comme une aurore.
Emergeant de ton cœur comme d’un lac béni.

La pourpre du plaisir ensanglante les roses,
Ta bouche est la grenade ouverte à mon baiser,
Tu ne peux, cher amour, hélas ! me refuser
Le temple de ta chair pour nos apothéoses.

Les instants de bonheur, au sablier du temps,
Sont à peine minute au siècle de souffrance,
Et nous pesons si peu dans la juste balance,
Qu’un souffle nous emporte à l’aube d’un printemps.

L’Ecriture nous dit qu’au delà du mystère
11 est un paradis qu’il nous faut mériter,
Mais j’en sais un, ma douce, où luit la volupté ;
Vivons, si tu m’en crois, cet Eden sur la Terre.

Aimons-nous follement, l’amour est le plus fort;
Cherchons vers le bonheur où la vie est en source,
Buvons l’oubli des jours, des nuits et de leur course.
Et restons enlacés, noués jusqu’à la mort.

(Anatole Belval-Delahaye)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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VOLUPTE (Camille Lemercier d’Erm)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



   Illustration: Jolly Koh
    
VOLUPTE

Rentrons à la maison du Bonheur ! Le soir pleut.
Ma bouche a la douceur de ton édredon bleu
Et de ta houppe en duvet blanc comme ton âme;
Ma lèvre a la douceur des horizons de flamme
Où passent des nuages roux, fauve bétail ;
Ma langue a la douceur des plumes d’éventail
Dont j’agace tes seins fiers de leurs pointes roses,
La douceur des jours gris et des neiges moroses
Des neiges que le couple attendri des amants
Voit tomber sur les toits douloureux et fumants,
Comme l’effloraison du verger des étoiles ;
Ma langue a la douceur flottante de tes voiles,
La douceur de tes cils longs comme des cheveux
Et la douceur de tes impudiques aveux.
Ma langue te sera plus douce qu’un poème.
Plus douce que ton bain parfumé d’ambre, et même
Plus douce que mon cœur mûri comme un fruit lourd ;
Ma bouche te sera plus douce que l’amour.
Et ma bouche est à loi, ma divine maîtresse !
Ta chair voluptueuse ignore sa caresse.

(Camille Lemercier d’Erm)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LA NUQUE (L. Decaux)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



 

Illustration: Erika Hopper
    
LA NUQUE

Petits vallons exprès creusés
Pour que s’y nichent les caresses.
Nuques de nos folles maîtresses.
Aux tons rosés ou bien bronzés :

Tels des oiseaux apprivoisés
S’envolant des lèvres traîtresses,
Nos morsures et nos baisers
Vont se nicher parmi vos tresses.

Cependant, vous me rappelez
Que de tous ces baisers ailés
Naît l’étreinte obscure et commune

Nous pareils aux coqs fécondants,
Vous chattes pleurant à la lune,
Votre nuque prise en nos dents.

(L. Decaux)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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APPASSIONNATO (G. Sincère)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Nicole Roggeman
    
APPASSIONNATO

M’étendre sur la couche
Et me griser
Du parfum de ta bouche,
De ton baiser.

Panteler de tes fièvres
Dans tes bras blancs,
Et souder à mes lèvres
Tes yeux troublants.

Oublier ce que coûte
Une douleur,
En te respirant toute
Comme une fleur.

Oublier dans ce rêve
D’or et d’azur,
La faute lourde et brève
D’un soir impur…

Oublier les contraintes
Du monde pour
Ne songer qu’aux étreintes
De ton amour !

(G. Sincère)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LES YEUX CERNÉS (A. René Berton)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Achille Devéria

    

LES YEUX CERNÉS

Les yeux cernés des Vierges pâles
Ont des regards effarouchés ;
Ils brillent sous leurs fronts penchés
Comme de très douces opales.

Ils chantent la chanson des râles
Et des solitaires péchés!…
Les yeux cernés des Vierges pâles
Ont des regards effarouchés.

C’est l’éternel feu des Vestales,
Le feu des amours ébauchés…
Ils fouettent les désirs cachés,
Et font bondir le cœur des mâles.
Les yeux cernés des Vierges pâles.

(A. René Berton)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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APRÈS (André de Fouquières)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin

    

APRÈS

Méchante, tu le veux, c’est toi
Qui brise ton bonheur si frêle
Hélas ! Le mien aussi. Pourquoi
Faut-il que mon cœur las t’appelle ?

J’ai vécu l’ébauche d’un rêve
Sans voir le dénouement venir,
Et mon existence s’achève
Dans les relents du souvenir.

Comme toi, l’oiseau qui s’endort
Dans les plis d’un feuillage d’or
Repart au matin, infidèle.

Reste un duvet qui fut son lit
Comme mon cœur, l’arbre s’emplit,
Du frissonnement d’un bout d’aile !

(André de Fouquières)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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LE BAISER (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin

    

LE BAISER

Les autres jusque là je les avais surpris,
Mais tu l’as bien voulu, laisse-moi me le dire,
Ce baiser savoureux, posé sur ton sourire,
Et dont je sais la gloire et l’ardeur, — tout le prix!

J’ai donc lu la bonté dans tes yeux attendris
Où l’éclair de l’orgueil a coutume de luire.
Et je n’ai pu parler, las d’un trop long martyre,
Mais mon cœur était plein de délire, et de cris !

Oh! ce baiser! je veux en éterniser l’heure,
Pour retrouver un jour, un des jours où l’on pleure,
Ma joie enclose ici, fière et vivante encor !

Oui, sur ma lèvre en feu ta lèvre s’est empreinte,
Tes deux bras m’ont pressé parmi tes cheveux d’or,
…Et mes deux bras mourants n’ont pas rendu l’étreinte.

(Jean Aicard)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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