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Poésie

Archive for 10 juillet 2017

En toi le remous originel (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017


yinyang

 

En toi le remous originel
Tout le charnel du créé
Rocher d’un jour
Ou de toujours

Tout le tourment en tes plis
Toute la joie en tes plis
Lorsque tu te déploieras
Lave et phénix ne feront qu’un

(François Cheng)

 

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Vieille Clameur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



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Vieille Clameur

Une tige dépouillée dans ma main c’est le monde
La serrure se ferme sur l’ombre et l’ombre met son oeil à la serrure
Et voilà que l’ombre se glisse dans la chambre
La belle amante que voila l’ombre plus charnelle que ne l’imagine
perdu dans son blasphème le grand oiseau de fourrure blanche
perché sur l’épaule de la belle,
de l’incomparable putain qui veille sur le sommeil
Le chemin se calme soudain en attendant la tempête
Un vert filet à papillon s’abat sur la bougie
Qui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte
Un étrange combat entre la gaze et le feu
C’est à vos genoux que je voudrais passer la nuit
C’est à tes genoux
De temps à autre sur ton front ténébreux et calme
en dépit des apparitions nocturnes,
je remettrai en place une mèche de cheveux dérangée
Je surveillerai le lent balancement du temps et de ta respiration
Ce bouton je l’ai trouvé par terre
Il est en nacre
Et je cherche la boutonnière qui le perdit
Je sais qu’il manque un bouton à ton manteau
Au flanc de la montagne se flétrit l’edelweiss
L’edelweiss qui fleurit dans mon rêve et dans tes mains quand elles s’ouvrent :

Salut de bon matin quand l’ivresse est commune
quand le fleuve adolescent descend d’un pas nonchalant
les escaliers de marbre colossaux
avec son cortège de nuées blanches et d’orties
La plus belle nuée était un clair de lune récemment transformé
et l’ortie la plus haute était couverte de diamants
Salut de bon matin à la fleur du charbon
la vierge au grand coeur qui m’endormira ce soir
Salut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypse
aux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempête
Salut de bon matin salut
La flamme est dans mon coeur et le soleil dans le verre
Mais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encore
Salut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties vierge
fleur du charbon vierge au grand coeur.

(Robert Desnos)

Illustration

 

 

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Dit-elle (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017




Amour me tient à l’aurore nouvelle
comme la mer qui berce la nacelle
guettant l’ami veillant en sentinelle
à la persienne en haut de la tourelle
amour me tient en ardente chapelle
jusqu’à l’instant où s’éteint ma prunelle
comme ceux-là qui vont à Compostelle
amour me tient hors de ma vie charnelle

Amour me tient qui me brûle et me cerne
me glace au coeur me conforte et me berne
et me rudoie m’éjouit et m’hiverne
amour me tient qui toujours me gouverne
comme le vent fait pencher les luzernes
et je le chante aux tables des tavernes
je le maudis sous la pâle lanterne
le pleure enfin aux muettes poternes

Amour me tient servante en son église
coiffée de blanc vêtue de toile bise
bouche mouillée comme chair de cerise
seins tout menus et ceinture bien prise
amour me tient en ses chambres soumise
par diable heureux toutes folies permises
me font chanter en la langue requise
les mille morts de la guerre promise.

(Henri Gougaud)

Illustration: Alexandre-Auguste Hirsch

 

 

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Savez-vous pas… (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Savez-vous pas quelque douce retraite,
Au fond des bois, un lac au flot vermeil,
Où des palmiers la grande feuille arrête
Les bruits du monde et les traits du soleil
– Oh ! je voudrais, loin de nos vieilles villes,
Par la savane aux ondoyants cheveux,
Suivre, en rêvant, les écureuils agiles,
Et voir sauter, sur les branches mobiles,
L’ara de pourpre et les bengalis bleus !

Savez-vous pas, sur les plages lointaines
Où n’ont jamais passé les matelots,
Une île heureuse aux suaves haleines,
Bouquet de fleurs effeuillé sur les flots ?
– Oh ! je voudrais, seul avec ma pensée,
Jetant au vent la poussière des jours,
Sentir mon âme aux vagues balancée,
Et m’endormir sur l’onde cadencée
Comme un enfant que l’on berce toujours !

Savez-vous pas, loin de la froide terre,
Là-haut ! là-haut ! dans les plis du ciel bleu,
Un astre d’or, un monde solitaire
Roulant en paix sous le souffle de Dieu ?
– Oh ! je voudrais une planète blonde,
Des cieux nouveaux, d’étranges régions,
Où l’on entend, ainsi qu’un vent sur l’onde,
Glisser la nuit, sous la voûte profonde,
Le char brillant de constellations !

Où fuir ? où fuir ? Par les routes humaines
Le sable est dur et le soleil est lourd.
Ma bouche ardente a tari les fontaines
Et l’arbre est mort où j’ai cueilli l’amour.
– Oh ! je voudrais, loin du temps et des choses,
Débarrassé de tout lien charnel,
Courir joyeux dans les métamorphoses,
Puis me plonger à la source des causes,
Où l’Infini flotte dans l’Éternel !

(Louis Bouilhet)

 

 

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Bacchus (David Marino)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Bacchus

L’hyacinthe de la mer chavire tous les coeurs,
Les nuages de terre emportent les poussières
De la mythologie vers les eaux des lumières
Où l’Iacchus Eternel a épousé nos fleurs :

Hélianthe, Jacinthe, Ciguë et Ortie Jaune.
Ce paradis d’ivresse est coloré des Dieux.
Et un grand bruissement orange, rouge et jaune
Monte comme un poison vers les prairies des Cieux

Enivrant notre âme du vin charnel céleste.
Et toi Homme épouse nos Fleurs Saintes et reste
Dans ce beau et saint lieu : cet enfer de plaisirs,

Ce paradis brûlant de joies et de désirs.
– Nous voulons respirer les encens de l’Eglise
Au goût alcoolisé – Pour que l’âme s’enlise.

(David Marino)

Illustration: Caravage

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Impressions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Impressions

Des soleils naufragés
S’égarent sur la terre
Une robe de mousse s’ouvre
Sur la plaie de l’écorce
Blessure de lumière charnelle
Qui fait les silences rugueux.

Le vent pousse les nuages
Mais les cailloux se désespèrent
De troubler les reflets de l’eau
Les cloches de la soif tintent
Dans une église d’arbres
Les papillons de la pluie
Accourent vers ma fenêtre

(Jean-Baptiste Besnard)

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Palette (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Palette

Jachères du ciel
Une palette sur la toile du soir
Le vert des arbres s’accroche au sol
Et y puise toute son énergie
Avec ses racines profondes
ou superficielles

Vivre une parcelle d’éternité
La promenades dans le calme du matin
Le monde résonne en moi
charnel et chaud
Avec la souvenance de
ta voix succulente

Des couleurs peignent l’herbe
eau de mer
Ton regard frôle l’univers
horizon
Sur lequel aboie la lune
Temps de feu
de braise
de cendre
Ciel détrempé
lavis

(Jean-Baptiste Besnard)

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L’homme collait sa poitrine aux barreaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

Júlia Fernández Sánchez 9518

L’homme collait sa poitrine aux barreaux d’une baraque pauvre entre les pauvres
Il était seul seul parmi trente compagnons tenaces
compagnons témoins sans papilles de son jour
témoins sans prunelles de sa nuit et des crispations
de sa face et des rictus dévoilés de l’âme
La vie était dehors achevant son travail quotidien
avec les mains humaines avec les mains des arbres
avec les battements du coeur de la mer et les battements des coeurs charnels
avec l’intelligence dure et fertile de la terre et l’intelligence infectée de l’homme
La vie était dehors – malaxant vie et mort mort et vie

et la bouée du sommeil.

L’homme fixait le grand corps mou de la nuit s’infiltrant
souplement en ondes sombres parmi les cimes des sapins
Il regardait il écoutait isolé dans son espacement morne
Isolé dans son cerveau et dans sa demande malgré ses compagnons et le sort commun
Il était seul comme un homme est seul parmi les hommes.
Cet homme regardait la nuit Il écoutait la nuit
bavarde la nuit silencieuse comme la méditation des yeux clairs d’un chat
L’homme fermé s’ouvrait devant la nuit salvatrice
devant la nuit consolatrice de toutes peines

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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LE VISAGE (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



LE VISAGE

Regardez-moi avec toutes les terreurs de mon destin,
Les épaves rouillées qui pourrissent dans mes océans,
Et l’ovale impassible de mon visage
Qui suit vaguement les usages de la lune
Et complait inexplicablement par sa forme
Simple ornement fugace de l’os anguleux.

J’aurais dû porter un masque de terreur, dissuader
Effrayer l’espoir et la foi,
À moitié chair, à moitié champ de bataille et d’ornières.
Au contraire, je suis mer estivale, souriante
Endormie tandis que le soleil, de l’une à l’autre
De mes rives et les tueurs à forme d’étoiles s’empiffrent et jouent.

***

The Face

See me with all the terrors on my roads,
The crusted shipwrecks rotting in my seas,
And the untroubled oval of my face
That alters idly with the moonlike modes
And is unfathomably framed to please
And deck the angular bone with passing grace.

I should have worn a terror-mask, should be
A sight to frighten hope and faith away.
Half charnel field, half battle and rutting ground.
Instead I am a smiling summer sea
That sleeps while underneath from bound to bound
The sun- and star-shaped killers gorge and play.

(Edwin Muir)

Illustration: Constantin Brancusi

 

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TARTUFE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Paul Berthon-LesChrysanthemes-1899  m

TARTUFE

Je rôde, orage lourd, autour de ta jeunesse.
Mes désirs dans ton ciel font de brèves lueurs.
La ruse de mes yeux d’être toujours ailleurs
Ne leur dérobe pas la face qui les blesse.

La fuite des regards, l’étouffement des pas,
Ce mensonge charnel que nous enseigne l’âge,
J’en commence d’avoir l’humiliant usage
Et rôde autour des corps qui ne le savent pas.

(François Mauriac)

Illustration: Paul Berthon

 

 

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