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Poésie

Archive for 12 juillet 2017

Matin (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Andrey Belle 27

Matin

Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie
Lasse d’amour, sous mes baisers, s’est endormie.
Voici le matin bleu qui vient sur l’oreiller
Éteindre les lueurs oranges du foyer.

L’insoucieuse dort. La fatigue a fait taire
Le babil de cristal, les soupirs de panthère.
Les voraces baisers et les rires perlés.
Et l’or capricieux des cheveux déroulés
Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche.
Nue et fière de ses contours, la gorge blanche
Où, sur les deux sommets, fleurit le sang vermeil,
Se soulève et s’abaisse au rhythme du sommeil.

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc.
Qui sort de son cocon, l’aile collée au flanc.

A côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Epars dans tous les coins de la chambre muette
Je revois les débris de la fière toilette
Qu’elle portait, quand elle est arrivée hier
Tout imprégnée encor des senteurs de l’hiver.

(Charles Cros)

Illustration: Andrey Belle

 

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Solutions d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Brent Funderburk 3

Solutions d’automne

Tout, paysage affligé de tuberculose,
Bâillonné de glaçons au rire des écluses,
Et la bise soufflant de sa pécore emphase
Sur le soleil qui s’agonise
En fichue braise…

Or, maint vent d’arpéger par bémols et par dièzes,
Tantôt en plainte d’un nerf qui se cicatrise,
Soudain en bafouillement fol à court de phrases,
Et puis en sourdines de ruse
Aux portes closes.

– Yeux de hasard, pleurez-vous ces ciels de turquoise
Ruisselant leurs midis aux nuques des faneuses,
Et le linge séchant en damiers aux pelouses,
Et les stagnantes grêles phrases
Des cornemuses ?

La chatte file son chapelet de recluse,
Voilant les lunes d’or de ses vieilles topazes ;
Que ton Delta de deuil m’emballe en ses ventouses !
Ah ! là, je m’y volatilise
Par les muqueuses !…

Puis cà s’apaise
Et s’apprivoise,
En larmes niaises,
Bien sans cause …

(Jules Laforgue)

Illustration: Brent Funderburk

 

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J’ai des p’tites fleurs bleues (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

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J’ai des p’tites fleurs bleues
J’ai des p’tites fleurs bleues
Plus claires que tes yeux
Plus claires que tes yeux

Donne

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Tout en haut du mont, mamie
Tout en haut du mont

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Tout en haut du mont, mamie
Tout en haut du mont

J’ai des escarboucles
J’ai des escarboucles
Plus vives que ta bouche
Plus vives que ta bouche

Donne

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Chez moi sous la cendre, mamie
Chez moi sous la cendre

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Chez moi sous la cendre, mamie
Chez moi sous la cendre

La, la, la…
J’ai trouvé un coeur
J’ai trouvé deux coeurs
J’en ai trouvé mille
J’en ai trouvé mille

Montre

J’ai trouvé l’amour
Il est à tout le monde
Partout sur la route, mamie
Partout sur la route

J’ai trouvé l’amour
Il est à tout le monde
Partout sur la route, mamie
Partout sur la route

(Paul Fort)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Reveline (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Andrey Remnev

Reveline

Pour un bouquet de lilas
Qu´il t´offrit ce jour-là,
Reveline,
Tu as rêvé d´un jardin
Fleurissant tes matins,
Reveline.
Pour un petit brin de cour,
Tu as rêvé d´amour,
Reveline,
Comme si un arc-en-ciel
Suffit pour que le ciel
S´illumine.

Reviens sur terre,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

Avec un soleil pâlot
Qui se posait sur l´eau,
Reveline,
Tu as rêvé que l´été
Durait l´éternité,
Reveline.
Une balade en bateau
Jusqu’au pont de Puteaux,
Reveline,
T´a fait rêver de croisière,
Mexico, le cap Vert,
L´Argentine.

Reviens sur terre,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

Lorsque mon cœur s´assombrit
Et que je broie du gris,
Reveline,
Je voudrais avoir tes yeux
Pour ne voir que du bleu,
Reveline.
Toi, qui changes l´eau en vin,
Toi qui rêves sans fin,
Reveline,
Montre-moi comment tu fais.
Apprends-moi à rêver,
Reveline.

Ne change guère,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

(Georges Moustaki)

Illustration: Andrey Remnev 

 

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LA ROSE SÈCHE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LA ROSE SÈCHE

Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche,
Les écouterez-vous encor ces mots d’amour
Eperdu, qui battaient avec lui le tambour
Tout au long des beaux soirs ou des saisons revêches ?

Les écouterez-vous, Sylvie aux joues de pêche,
Marguerite au rouet, soeur Anne sur la tour
Et vous ma tendre amie aux yeux de brun velours,
Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche ?

Qu’importe! si je dors près de l’archet brisé,
Sourd à tout bruit, insoucieux de tout déboire,
Dans mon squelette à grands ajours fleurdelisé…

Ni chérir, ni souffrir, ni rêver ni vouloir,
Tel enfin sous la grille et le sombre rosier
Sera mon joyeux sort quand mon coeur sera noir.

(Tristan Klingsor)

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RECRUES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

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RECRUES

Un baiser à la mère, un signe au frère
et un long brin de romarin à toi, grande rêveuse, mon amour !
et comme il convient: de la neige dans les champs,
du vin, de la lumière, des cithares
et que piaffe le cheval de l’autre côté de la haie…

Puis vous, compagnons: dans la belle chute de neige nocturne, en avant pour la danse,
enlacés et sautant au rythme de la cornemuse,
tandis qu’au clocher quelques coups secs retentissent et s’envolent sur le paysage,
sur ce paysage, sur cette maison
et sur cette fille que personne d’entre nous jamais ne verra plus!

Voilà qui est digne de nous! et montant en selle dans la rue silencieuse,
trotter étourdis, comme si cette nuit n’était qu’un souvenir,
le coq chantera, ça et là des fours luiront,
l’odeur du pain se lèvera… et dans les champs,
dans la poudroyante neige du Nord, au galop !

Ainsi nous quittons pères, mères, belles et douces amies ;
une chanson, les gars ! afin qu’un jour lorsque nous serons morts aux noms prononcés
notre mère souriante entre les larmes puisse dire :
Oh ! les malheureux
comme ils dansaient dans la neige, comme ils étaient gais !

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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Le carillon (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Le carillon

Le carillon bat dans la pluie
Méticuleuse de province.
Le carillon bat, chante et grince

Sous ma fenêtre et je t’écris :
« Il pleut. Vas-tu m’aimer longtemps ma tendre amie ? »

Je n’en sais rien. Tu n’en sais rien

Et notre amour si plein de frissons et de grâce
Pourrait mourir, comme le soleil passe,

Comme un brisement frais du vent léger s’éteint,
Sans que rien ait changé du monde et de l’espace
Sans que mon cœur en soit, hélas ! moins incertain

(Francis Carco)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Ni vous sans moi (Marie de France)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

chèvrefeuille

Ni vous sans moi

D’eux deux il en fut ainsi
Comme il en est du chèvrefeuille
Qui au coudrier se prend :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble ils peuvent bien durer ;
Qui les veut ensuite désunir
Fait tôt le coudrier mourir
Et le chèvrefeuille avec lui.
— Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous.

(Marie de France)

Illustration

 

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Si je suis avec mon Amour (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017




Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.

Je me ris du bras le plus fort,
Je me moque bien des malices,
De la haine en fleur qui se tord,
Plus caressante que les lices ;
Je pourrais faire mes délices
De la guerre au bruit du tambour,
De l’épée aux froids artifices,
Si je suis avec mon Amour.

Haine qui guette et chat qui dort
N’ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.

Blanche Amie aux noirs cheveux lisses,
Nul Dieu n’est assez puissant pour
Me dire :  » Il faut que tu pâlisses « ,
Si je suis avec mon Amour

(Germain Nouveau)

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Tubéreuse et jonquille (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Tubéreuse et jonquille

—L’autre jour, disait la Jonquille, mon maître,
en me montrant à un de ses amis, s’est écrié:
voyez cette jolie fleur, c’est le désir.

—Moi, répondit la Tubéreuse, je suis la volupté.
—J’aime bien mieux être le désir.
—Cela vous plaît à dire, mais tout le monde n’est pas de votre avis.
—Vous ne venez qu’après moi.
—Mais je vous fais oublier.
—Sans moi vous n’existeriez pas. Je vous fais naître.
—Moi, je vous ressuscite.

La conversation, comme on le voit, avait pris une tournure assez métaphysique.
Le champ était vaste, et les deux fleurs pouvaient disputer longtemps avec des avantages égaux.
Entre le désir et la volupté, entre la jonquille et la tubéreuse,
ce n’est pas nous qui oserons décider.
Heureusement, le Ramier n’éprouvait pas les mêmes scrupules:
Pour vous juger, je n’ai qu’à voir la manière dont les hommes vous traitent;
la nature a pris soin de multiplier la jonquille;
elle abonde dans les prés, elle s’épanouit à côté des fleurs les plus simples.
Son parfum est doux sans être enivrant.
Sa tête penchée qui semble cachée sous un voile blanc,
sa robe verte d’espérance charment le regard.
L’homme aime à s’entourer de jonquilles.
Sur la fenêtre du pauvre, sur la cheminée du riche, partout, elle est bien accueillie.
C’est que le désir plaît.

Quant à vous, madame la Tubéreuse, c’est autre chose.
Vous êtes originaire de l’Inde, vous êtes fille de la terre d’où nous viennent tous les poisons.
Vos grandes fleurs blanches lavées de rose séduisent, il est vrai, par leur beauté,
mais leur parfum ne peut se sentir longtemps.
En vous voyant pour la première fois un charme puissant s’empare des sens,
on voudrait se livrer tout entier au plaisir de vous respirer,
mais bientôt une fatigue étrange remplace cet enivrement passager.
On vous éloigne, on vous évite, on craint de vous approcher.
C’est que la volupté tue.

Les sages seuls sont de l’avis du Ramier.
Le reste des hommes hésite encore entre le désir et la volupté.

(J.J. Grandville)

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