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Poésie

Archive for 12 juillet 2017

LES DEUX FLEUVES (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LES DEUX FLEUVES

Tu te souviens, mon endormie,
De ces caresses retenues ?
Si jamais tu ne fus moins nue,
J’étais plus sage qu’une amie.

Jusqu’à l’extrême bord nous fûmes
De la volupté défendue,
Mais nos mains, mouettes perdues,
Ne rasaient pas l’amère écume.

Nuit que je voulais éternelle,
Où, sans sommeil et sans parole,
Nous fûmes, tête contre épaule,
Deux fleuves de sang parallèles.

(François Mauriac)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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L’ÉTANG (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



L’ÉTANG

Pas de mystère
Ailleurs qu’en moi
J’ai planté ces pierres
Sans savoir pourquoi.

Ce n’est pas vrai qu’après ma mort il y aura
Des mains encor pour recevoir épanouies
Le poids d’un sein. Ce n’est pas vrai qu’on entendra
Monter encor la haute plainte des amies.
Caresse-moi. Murmure-moi n’importe quoi.
Ce n’est pas vrai que s’en ira de moi la vie.

Froide aiguille je te cherche
Dans le foin
De la foule.
Je te cherche, je te cherche
Toi qui m’as tant de fois
Et si cruellement blessé
Mais qui n’aurais pu coudre
Sans ma main,
Mais sans qui ma main
N’aurait pu coudre
Et recoudre
Et recoudre.

Je te cherche et je te chercherai
Jusqu’à ce que le dernier fil
Craque.
Aie pitié du lambeau que torture le vent
Que piétinent les gens.
C’est moi qui te cherche.

(Jean Rousselot)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Sans toi (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Sans toi

Sans toi je suis la source sans eau
sans toi je suis la forêt sans vie
sans toi je suis la mort sans couteau
sans toi je suis l’amant sans amie.

(Armand Lanoux)

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Douce plage où naquit mon âme (Jean-Paul Toulet)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l’Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;

Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d’ombre et de murmure,
Et de roucoulements ;

Où j’écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier —
Tandis qu’au loin riait la mer
Sur le corail sonore.

(Jean-Paul Toulet)

Illustration

 

 

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Lis (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Lis

Combien je regrette le temps où, simple fleur,
j’étais le symbole chéri de l’innocence!
On m’effeuillait alors sur les pas des vierges et des chastes épouses;
les anges porteurs des messages du ciel, s’arrêtaient un moment
pour se reposer dans ma corolle,
et le lendemain ils m’enlevaient avec eux dans leurs bras,
et me présentaient aux hommes comme un gage nouveau
de la bonne nouvelle qu’ils venaient leur annoncer.
Je vivais d’air, de soleil et de lumière.
Mes nuits se passaient à contempler les étoiles
et à m’enivrer des concerts confus qui se chantent dans l’ombre,
tandis que maintenant….

Le roi me parlait du bien qu’on pouvait faire sur le trône,
du charme qu’il y a à se faire aimer.
Puis il ajoutait que je devais porter bonheur à lui et à sa race.
Je me laissai couronner.
Adieu, maintenant, au soleil, aux étoiles, aux perles de la rosée,
à l’onde du lac; l’étiquette me gouverne et m’obsède,
je languis au milieu de la foule des courtisans.
Ma vieille amie l’Hermine, à laquelle j’avais fait accorder ses grandes entrées,
ne vint plus au palais, crainte de se souiller.
L’autre nuit, j’ai eu une vision menaçante.
J’ai vu les lis traînés dans la boue,
et une jeune et belle reine qu’on menait à l’échafaud.

(J.J. Grandville)

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Mais j’ai oublié … (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Alexander Nedzvetskaya  6 [800x600]

Mais j’ai oublié que tes mains ont contenté
la racine, arrosant le buisson et ses roses,
jusqu’à faire fleurir l’empreinte de tes doigts
sur la paix de la nature en sa plénitude.
Comme tes bêtes préférées la houe et l’eau
t’accompagnent, et mordent et lèchent la terre,
et c’est ainsi qu’en travaillant il naît de toi
le frais oeillet fougueux dans sa fécondité.
Je réclame et l’hommage et l’amour des abeilles
pour tes mains confondant leur souche diaphane
dans la terre, s’ouvrant pour féconder mon coeur,
de sorte que je suis une pierre brûlée
qui soudain avec toi chante : elle a reçu
l’eau des forêts, et c’est ta voix qui l’apporta.

***

Pero olvidé que tus manos satisfacían
las raíces, regando rosas enmarañadas,
hasta que florecieron tus huellas digitales
en la plenaria paz de la naturaleza.
El azadón y el agua como animales tuyos
te acompañan, mordiendo y lamiendo la tierra,
y es así como, trabajando, desprendes
fecundidad, fogosa frescura de claveles.
Amor y honor de abejas pido para tus manos
que en la tierra confunden su estirpe transparente,
y hasta en mi corazón abren su agricultura,
de tal modo que soy como piedra quemada
que de pronto, contigo, canta, porque recibe
el agua de los bosques por tu voz conducida.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya 

 

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Chante pinson des sables (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Chante pinson des sables
mon amie m’a quitté
pour un bouton de rose
que lui ai refusé.
Je voudrais que la rose
s’en retourne au rosier
et le rosier au diable
stila qui l’a planté

(Armand Lanoux)

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SUPPOSE (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Suppose

Que le feu te raconte
Sur moi des infamies

Et que je te demande
De croire ce qu’il dit

A moins que tu ne t’offres
A l’épreuve du feu.

Suppose

Que la montagne s’ouvre
En s’avançant sur nous

Et que je te demande
Que nous restions à rire

Du mal que l’on se donne
Rien que pour nous gober.

Suppose

Que la mer ait envie
De nous voir de plus près

Et que je te demande
D’aller lui répéter

Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.

(Eugène Guillevic)

Illustration: Tina Palmer

 

 

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TRISTESSE (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



TRISTESSE

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
— Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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Plaintive tourterelle (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Plaintive tourterelle,
Qui roucoules toujours,
Veux-tu me prêter ton aile
Pour servir mes amours !

Comme toi, pauvre amante,
Bien loin de mon ramier,
Je pleure et me lamente
Sans pouvoir l’oublier.

Vole et que ton pied rose
Sur l’arbre ou sur la tour
Jamais ne se repose
Car je languis d’amour.

Évite, ô ma colombe,
La halte des palmiers
Et tous les toits où tombe
La neige des ramiers.

Va droit à sa fenêtre,
Près du palais du roi,
Donne-lui cette lettre
Et deux baisers pour moi.

Puis sur mon sein en flamme,
Qui ne peut s’apaiser,
Reviens avec mon âme,
Reviens te reposer.

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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