Arbrealettres

Poésie

Archive for 14 juillet 2017

Tu ramasses le fruit (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Tu ramasses le fruit,
le croques à belles dents.
Le teint, la senteur,
le jus, la saveur,
Dans ton palais de
la métamorphose,
Lentement se muent
en délice aérien.
Et tu cherches à dire
ce que tu ressens:
Plus que la jouissance,
la reconnaissance !
Merci donc au sol,
merci à la pluie,
Au soleil, au vent,
aux morts, aux vivants,
À tous ceux qui donnent,
à la Création
Qui du Rien a fait
advenir le Tout.
À toi-même aussi,
à ta bouche qui goûte,
À ton coeur qui bat,
à ta mine béate,
À ton cri d’extase !

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Un chant de mandarine (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Un chant de mandarine,
Autre que mandoline,
Dans le vent dodeline.

Éclatante rondeur
Au soleil de matin,
La saison en offrande !

Les quartiers formant cercle
Autour d’un centre vide
À l’infinie saveur…

L’éternité, un jour
Ici, ô minuscule
Fruit du vaste univers !

Dans le vent dodeline,
Autre que mandoline,
Ce chant de mandarine.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Vertical jet d’alouette (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Vertical jet d’alouette
Pulvérisant les nues.
Vol et cri emmêlés,
Flèche et flash confondus.
Quel don de quelle offrande ?
Brûlure, brisure,
brise…

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Un iris (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Un iris
et tout le créé justifié ;
Un regard
et justifiée toute la vie.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Soudain, tu es là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Soudain, tu es là, me sautant
Aux yeux, au détour d’un sentier.
Tu es là, ardente sur ta hampe,
Fleur rose éclose au nom secret,
Seule au milieu de tout, et tout
L’univers ne paraît plus vain !

Milliards d’années après la lave
Originelle, un jour tu es.
D’où viens-tu? D’où ce pur désir
De couleur, de parfum, d’un port
Unique et parfait? Es-tu signe
De ce Tout né un jour du Rien ?

Soudain, tu es là, me prenant
À la gorge, arrachant de moi
Un cri muet de consentement:
Je sais alors que je suis là
Pour la rencontre, que ce cri
Est le oui qu’un rien dit à Tout.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Arbre foudroyé (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Arbre foudroyé
comme tu te lances encore…

Mais à bout d’effroi,
en pleine course,
grand cerf qui s’arrête :

Devant
fulgurant
espace ouvert;

Derrière
assoiffée
meute hors d’haleine ;

Stupéfiant silence.
Alors lentement jaillit
d’entre les rameaux fendus

La fontaine de sang.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Conque (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Rejetée sur la plage,
Conque d’un jour,
Conque toujours.

À l’écoute des remous marins,
À l’écoute des appels humains,
De l’entrecroisement des nuages,
De l’entrechoquement des astres,
Du lointain silence sidéral…

Du brusque cri d’un goéland,
Qui, d’un trait de sang,
Raye l’immaculée magnificence.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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À la pierre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
À la pierre

Nous ne faisons que passer,
Tu nous apprends la patience,
D’être toujours le témoin
De l’univers à son aube,
D’être l’élan du Souffle même,
Soutien sans faille des vivants,
Toujours présence renouvelante
Entre laves et granits,
N’espérant ni fleur, ni feuille,
Ni fruit de la luxuriance,
Tu tiens le noeud des racines,
Contre tous les ouragans.

***

Viens te lover dans ma main, galet,
Tiens un instant compagnie
À l’anonyme passant. Toi, le pain cuit
Au feu originel, nourris ce passant
De ta force tenace, de ta tendresse
Lisse, au bord de cet océan
Sans borne, où tout vivant se découvre vétille…
Ô tant que se retient la mort, accorde
Au mendiant sans voix tes faveurs,
Fais-moi don de tes inépuisables
Trésors: fêtes de l’aube, festins
Du soir, farandole sans fin des astres,
Tant et tant de tes glorieux compagnons
Réunis ici en toi, un instant lovés
Dans le creux charnel de ma paume !
Toi qui survis à tout, garderas-tu
Mémoire de cette singulière rencontre ?

(François Cheng)

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Pourquoi donc aurais-je peur? (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Je suis mort au règne minéral
et je suis devenu une plante;

je suis mort à la nature végétale
et j’ai atteint l’animalité.

Je suis mort à l’animalité
et je suis devenu un homme.

Pourquoi donc aurais-je peur?
Ai-je jamais été diminué en mourant?

La prochaine fois, je mourrai à la nature humaine,
et je pourrai alors étendre mes ailes
et m’élever parmi les anges.

[…]

Puis de nouveau,
je perdrai ma nature angélique
et je deviendrai
ce qui dépasse l’imagination.

Laisse-moi ne pas exister!
car la non-existence proclame
que c’est vers Lui que nous retournerons

(Mawlana Rûmî)

 

 

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LA ROSE DU BAISER (Victor Marguerite)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



    

LA ROSE DU BAISER

Quand vous m’avez souri, vous croyiez être quitte.
Le feu grandit, le feu par vous-même attisé ;
Mais vous ne voyez pas l’incendie et vous dites :
Quand on a le sourire, à quoi bon le baiser ?

Comme des ramiers blancs vos jeunes seins palpitent.
Laissez sur leur émoi mon front se reposer;
Et peut-être ce cœur où le sang bat plus vite
Sentira son désir éternel s’apaiser.

Alors je jouirai de cette heure profonde,
Car il est tel silence où peut tenir le monde !
Je vous regarderai jusqu’au fond de vos yeux…

Mais est-il nécessaire, ô petite farouche,
Que chaque jour — j’y songe et je m’attriste un peu —
La rose d’un baiser se fane à votre bouche ?

(Victor Marguerite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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