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Poésie

Archive for 17 juillet 2017

LE FOND DU COEUR (Ouyang Xiu)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



femme

LE FOND DU COEUR

Le matin son rideau est couvert de givre
Elle souffle sur ses doigts glacés
Et essaie d’épingler des fleurs de prunier
dans ses cheveux
Tourmentée par la longue absence de son amoureux
Elle peint ses sourcils en arcs de collines lointaines

Revoir en pensée le passé
Regarder le temps filer
Dans le chagrin l’âme trempée
Elle a sa gorge serrée
Avant même de fredonner
Les sourcils se tordent sous un sourire forcé
Par la douleur le cœur brisé

(Ouyang Xiu)

 

 

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Je suis fille… (Yvonne Le Meur-Rollet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Alexandre Jacques Chantron  1_0

Je suis fille…

Je suis fille de l’eau des étangs et des sources.
Je sais depuis toujours
Où poussent les jonquilles,
Où pleurent les grands saules,
Où glissent les anguilles,
Où les joncs bleus murmurent
Les secrets des amants
Dont les ombres se mêlent
Sous les troncs des sureaux.

Je suis fille des bois de hêtres et de frênes.
J’ai gravé dans l’écorce
Des serments révolus.
J’ai lu sous les futaies
Les romans interdits où galops et baisers
Menaient à une chambre
Crépitante de bûches
Dont les flammes dansaient au rythme des désirs.

Je suis fille nourrie
Au pays des mirages,
Au pays des silences,
Des soupirs, de l’ennui.
Et les hommes qui passent
Me regardent sans voir le feu qui me consume.
De loin,
Je les regarde :
Ils me font un peu peur :
Leurs ventres sont trop gros, leurs rires sont trop forts
Et leurs mains sont trop moites.

Moi, je rêve toujours d’un poète au teint pâle,
D’un amoureux fragile
Qui marche près d’un lac
Où le temps se suspend aux lames des roseaux.

(Yvonne Le Meur-Rollet)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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EROS GRAMOPHONE (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gramophone

EROS GRAMOPHONE

Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s’efface
Ô tout ce noir amour ! C’est lui
Qui tourne dans la rue, c’est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s’effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s’endorment !

S’endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C’est le midi du jour et c’est rouge et c’est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D’avant mourir, d’avant l’oreille fermée de cire.
Cela après l’été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps

Cela chanta, puis s’éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d’amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.

(Salah Stétié)

 

 

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LA DAME EN PIERRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gisant

LA DAME EN PIERRE

Sur ce couvercle de tombeau
Elle dort. L’obscur artiste
Qui l’a sculptée a vu le beau
Sans rien de triste.

Joignant les mains, les yeux heureux
Sous le voile des paupières,
Elle a des rêves amoureux
Dans ses prières.

Sous les plis lourds du vêtement,
La chair apparaît rebelle,
N’oubliant pas complètement
Qu’elle était belle.

Ramenés sur le sein glacé
Les bras, en d’étroites manches,
Rêvent l’amant qu’ont enlacé
Leurs chaînes blanches.

Le lévrier, comme autrefois
Attendant une caresse,
Dort blotti contre les pieds froids
De sa maîtresse.

*

Tout le passé revit. Je vois
Les splendeurs seigneuriales.
Les écussons et les pavois
Des grandes salles.

Les hauts plafonds de bois, bordés
D’emblématiques sculptures,
Les chasses, les tournois brodés
Sur les tentures.

Dans son fauteuil, sans nul souci
Des gens dont la chambre est pleine,
À quoi peut donc rêver ainsi,
La châtelaine ?

Ses yeux où brillent par moment
Les fiertés intérieures,
Lisent mélancoliquement
Un livre d’heures.

*

Quand une femme rêve ainsi
Fière de sa beauté rare,
C’est quelque drame sans merci
Qui se prépare.

Peut-être à temps, en pleine fleur,
Celle-ci fut mise en terre.
Bien qu’implacable, la douleur
En fut austère.

L’amant n’a pas vu se ternir,
Au souffle de l’infidèle,
La pureté du souvenir
Qu’il avait d’elle.

La mort n’a pas atteint le beau.
La chair perverse est tuée,
Mais la forme est, sur un tombeau,
Perpétuée.

(Charles Cros)

Illustration

 

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INSOMNIE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



INSOMNIE

Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison!
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous
Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous
Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô
Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré
Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille
A l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre,
Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal.
Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été !
Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle n’avait
Cette bonne odeur de nappe froide et de pain doré
Et de vieille fenêtre ouverte aux abeilles de juin !
Ni cette sainte voix de midi sonnant dans les fleurs !
Ah ces visages follement baisés ! ils n’étaient pas
Comme le vôtre, ô femme de jadis sur la colline !
Leurs yeux n’étaient pas la belle rosée ardente et sombre
Qui rêve en vos jardins et me regarde jusqu’au cœur
Là-bas, au paradis perdu de ma pleureuse allée
Où d’une voix voilée l’oiseau de l’enfance m’appelle,
Où l’obscurcissement du matin d’été sent la neige.
Mère, pourquoi m’avez-vous mis dans l’âme ce terrible,
Cet insatiable amour de l’homme, oh ! dites, pourquoi
Ne m’avez-vous pas enveloppé de poussière tendre
Comme ces très vieux livres bruissants qui sentent le vent
Et le soleil des souvenirs et pourquoi n’ai-je pas
Vécu solitaire et sans désir sous vos plafonds bas.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

 

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DÉDICACE (Albert Boissière)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



DÉDICACE

Je t’apportais des fleurs, des roses, de la vie ;
Comme en rêvant, je semais, au long des chemins,
Des fleurs, des roses, de la vie, à pleines mains,
Et je trouvais insignifiante la Vie…
Sous mes doigts prestigieux, et d’un geste allier,
J’effeuillais mon cœur las, au détour du sentier.

Les hypocrites trouvaient ma constance vaine
Et j’épuisais le sang anème de mes veines
A paraître celui que je n’étais pas,
A semer toutes mes roses sous tous les pas.

Mais je t’ai rencontrée, un soir de lilas tendre,
Et j’ai rassemblé sur ma poitrine la gerbe
Eparse des fleurs, des roses et de l’herbe
Mauvaise qu’est la vie, odeur de lilas tendre !

Et, pour complaire à ton subtil enchantement,
O ma très belle, ô ma très bonne au Bois Charmant,
Par le parc idéal où pleurent les fontaines,
En l’égrènement doux de musiques lointaines,
— Loin de les effeuiller, au détour du sentier,
J’ai rangé les fleurs de mon cœur en ton herbier.

(Albert Boissière)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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DEVANT LA COUR DESERTE (Fang Yanyi)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



estampe [800x600]

DEVANT LA COUR DESERTE

Combien profonde est la cour
Cachée derrière les saules légers
Voilée par un épais rideau de bambou
Je serre la bride de ma monture
Où est le chemin qui me mène
A mon rendez-vous amoureux dans haut pavillon?

A la fin du troisième mois
La tempête devient forte
La porte empêche la nuit de pénétrer à l’intérieur
Pourtant elle ne retient pas le pas du printemps
Je pleure devant les fleurs qui restent muettes
Elles s’envolent au-delà de la balançoire

(Fang Yanyi)

 Illustration: Han Gan

 

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Les cheveux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Nina Reznichenko -

Les cheveux d’Amaranthe

Zéphyre bien souvent de votre poil se joue,
Pillant sous ce prétexte un baiser amoureux :
Et des ondes qu’il fait flotter sur votre joue,
Un Pactole prend source en l’or de vos cheveux.

Cheveux petites rets, Cupidon vous avoue
De me prendre le coeur : que ce coeur est heureux
Alors que je vous baise, alors que je vous loue,
Cheveux qui l’achevez de le rendre amoureux.

Beaux cheveux, filets d’or, rayons d’ambre et de flamme,
Doux geôliers de mon coeur, doux chaînons de mon âme,
Si par travail s’acquiert votre riche toison :

Et aux feux et aux fers j’exposerai ma vie ;
Puis retournant vainqueur du dragon de l’envie,
Mériterai-je pas d’en être le Jason ?

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Nina Reznichenko

 

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Les oreilles d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Charles Edward Perugini XXL

Les oreilles d’Amaranthe

Oreilles, la nature en coquillant qui gire
Vos petits ronds voutés de long et de travers,
Fait en vous un dédale, où bien souvent je perds
Le langage amoureux que pour vous je soupire.

Ô portes de l’esprit, par où le doux Zéphyre
Fait entrer sur son aile et l’amour et mes vers,
Chastes chemins du coeur qui toujours sont ouverts
Pour ouïr les discours d’un pudique martyre,

Oreilles l’abrégé de toutes les beautés,
Petits croissants d’amour, accroissez les bontés
De ma chère Amaranthe, afin qu’elle m’allège !

Mais quoi par vos faveurs pourrais-je la toucher ?
Ma voix qui n’est que feu n’ose vous approcher,
Pource que vous avez la blancheur de la neige.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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LUCIOLES DANS LE JARDIN (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

LUCIOLES DANS LE JARDIN

Voici venir de vraies étoiles dans le ciel
Et ici-bas des insectes qui les imitent,
Qui, bien qu’ils n’aient jamais la taille des étoiles,
(Ce ne furent jamais au fond de vraies étoiles)
Font parfois un début vraiment éblouissant,
Mais ils ne tiennent pas leur rôle jusqu’au bout.

(Robert Frost)

Illustration

 

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