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Poésie

Archive for 20 juillet 2017

Aveu dans le Silence (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Charles-Amable Lenoir
    
Aveu dans le Silence

Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible… Mais j’aime !

— Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux…
Sa bouche… Son regard !…. Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux…

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire…
O miracle de ce miraculeux sourire !….

Sa robe a des plis doux qui chantent… Et ses yeux
Gris-verts ont un regard presque… miraculeux…
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux…

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! — Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Aube (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Aube

Voici le matin clair… Mon âme ouvre les yeux.
De ses nocturnes yeux ouverts, elle regarde…
Avec cette stupeur tragiquement hagarde,
Redoutant la lumière évidente des cieux.

C’est l’heure que je crains, celle où s’ouvrent les yeux.
Vient-il donc m’apporter quelque douleur nouvelle,
Ce matin dont m’atteint la première stupeur ?
Je les referme en vain dans l’instant anxieux…

Voici, j’ai trop ployé sous le poids du destin
Pour ne point redouter l’inconnu de l’aurore.
Dois-je donc m’éveiller ? Dois-je souffrir encore ?…
Que viens-tu m’apporter, ô le nouveau matin ?

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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L’Heure (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Hans Baldung
    
L’Heure

Voilà l’inévitable et terrible moment
Où mon destin s’écrit inévitablement.

Une muette horreur m’envahit et m’accable
Devant le calme front de l’Heure inévitable.

Il ne me reste plus l’élan d’un jeune espoir…
Sans force et sans ardeur, je m’abandonne au soir.

Je n’entends plus le luth ni la musicienne
Ni le jour glorieux… Ah ! que la fin survienne !…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Appel (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




Illustration: Alexandre de Riquer
    
Appel

En proie à l’existence, à ce mal très cruel,
Je lance à l’infini mon douloureux appel…

A cette heure terrible et trouble de silence
Je ressens tout le mal aigu… Le soir encense…

Que dans ce crépuscule où s’enlise l’effroi
Quelqu’une vienne enfin pour me sauver… A moi !…

Lasse des faux baisers et des paroles creuses,
Que surviennent pour moi des heures moins fiévreuses !

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,
Que je m’en aille enfin n’importe où, mais ailleurs !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Pèlerinage (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Pèlerinage

Il me semble n’avoir plus de sexe ni d’âge,
Tant les chagrins me sont brusquement survenus.
Les Temps se sont tissés… Et me voici pieds nus,
Achevant le terrible et long pèlerinage…

Je sais que l’aube d’or ne sait que décevoir,
Que la jeunesse a tort de suivre les chimères,
Que les yeux ont trompé… Mes lèvres sont amères…
Ah ! que la route est longue et que lointain le soir !

Et la procession lente et triste défile
De ces implorateurs que lasse le chemin.
Parfois on me relève, une me tend la main,
Et tous nous implorons le Divin Soir tranquille !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A ma Mère Chérie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
A ma Mère Chérie

Elle ressemble aux blancs lilas
Lorsqu’avril tout en fleurs succombe,
Si léger, si doux est son pas
Qu’on dirait une fleur qui tombe.

Elle est plutôt ma grande soeur
Toujours si blonde et si jolie,
Ses yeux souriant avec douceur
Sa charmante mélancolie.

C’est elle ! la fée aux yeux bleus
Qu’on voit passer mignonne et fière,
Le soleil, sur ses blonds cheveux
Les transforme en fils de lumière.

Et quoiqu’elle ait souffert longtemps,
Elle a gardé dans la tristesse
Au coeur, un éternel printemps,
Au front, l’éternelle jeunesse.

Ses yeux, aux ombres de velours,
Consolent souvent sans rien dire,
Et l’on se souviendra toujours
De la beauté de son sourire.

Quand on souffre d’un mal profond,
Elle vient poser, la première,
Sa main fraîche sur votre front,
Comme l’ange de la prière.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A un ami qui m’est cher (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
A un ami qui m’est cher

Lorsque je vous ai vu pour la première fois,
Je n’ai vu qu’un passant, qu’une ombre parisienne,
Dont la voix répondait par hasard à ma voix,
Dont la main effleurait par hasard la mienne.

J’étais comme un rêveur attardé sur la grève,
Qui voit venir vers lui les vagues de la mer,
Et qui les voit s’enfuir, en poursuivant son rêve,
Qui les voit retomber dans le néant d’hier.

Je ne voyais qu’un flot de l’océan humain,
A peine s’attardait ma pensée fuyante, —
Rien qu’un adieu banal, un serrement de main,
Et je vous ai quitté, vous passant, moi passante.

Quand vos vers ont chanté tendrement à mon âme,
Je n’ai vu qu’un poète, un esprit mélodieux,
Qui chantait en tissant le fil d’or de la trame
Faite d’illusions et de rêves radieux.

J’écoutais en rêvant les chants de votre coeur,
J’écoutais en rêvant l’harmonie secrète
Toute pleine d’amour, de joie ou de douleur
Que soupirait tout bas votre âme de poète.

J’étais comme un passant qui dans la nuit écoute
Un chant de rossignol, harmonieux et touchant,
Et qui, tout attendri, reprend après sa route
Emportant avec lui la mémoire d’un chant.

Enfin quand votre coeur au mien s’est révélé,
Quand j’ai vu sa grandeur, son intime noblesse,
Ami, le moindre doute alors s’en est allé,
Je pouvais me confier sans crainte à sa tendresse.

Alors j’ai vu l’ami, — cet ami de mes songes,
Cet ami tendre et doux, dont j’avais tant besoin,
Hélas ! Et maintenant les heures se prolongent
En nuits, en jours, en mois, et vous êtes si loin !

Mais vous êtes toujours présent à ma pensée,
Mais vous êtes toujours présent à mon esprit…
Ami, votre tendresse, ainsi que la rosée,
Pénètre dans mon coeur, et ranime et guérit…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A l’Heure du Couchant (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Alphonse Osbert
    
A l’Heure du Couchant

Voici : Mon coeur est plein de chuchotements tristes
Et mes yeux sont remplis de brume, vers le soir…

En vain le couchant fait pleuvoir ses améthystes
Et me promet la nuit et le silence noir…

Rien ne peut alléger le poids lourd qui m’oppresse
Et m’inflige soudain une étrange paresse.

Je sens la vanité de tout ce que j’aimais,
Et qui ne me sera plus si cher désormais…

Puisque mes souvenirs deviennent infidèles,
Que je m’enfuie enfin ! Qu’on me prête des ailes !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Une fièvre est en moi (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration
    
Une fièvre est en moi, toi seul peux l’apaiser
Je défaille et je n’ai d’haleine
Que juste ce qu’il faut pour mettre en un baiser
L’âme trop heureuse et trop pleine !

Je parle sans penser — comme dans la fièvre —
L’air est doux et chaud alentour
Je n’ai plus qu’un désir, ton baiser sur mes lèvres
Et je t’aime, et je suis l’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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