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Poésie

Archive for 24 juillet 2017

Éteindre en nous ce feu qui mord, qui dévore? (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



   Illustration: Edgar Mélik
    
Éteindre en nous ce feu
Qui mord, qui dévore?
Mais que faire d’autre
Sinon rallumer
Un feu autrement
Plus puissant, plus libre,
Charnel-aérien,
À l’image de
La flamme initiale,
Ne trahissant rien,
Ne réduisant rien,
Mais transformant tout
En veillée
nuptiale.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Tous les baisers (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    

Tous les baisers, tous les baisers, premier baiser
Presque en songe, furtif, osant à peine oser,
Baiser qui, stupéfait, s’enfuit de ce qu’il touche,
Baiser plus enhardi qui s’attarde à la bouche,

Papillon, puis abeille y butinant son miel,
Baiser aigle emportant sa proie au fond du ciel,
Baiser cynique en plein soleil qui vous regarde,
Baiser qui dans le cœur entre jusqu’à la garde,

Baiser de nuit trouvant sans lampe d’Aladin
Le Sésame ouvre-toi du plus secret jardin,
Baiser bu d’un seul coup comme un alcool de flamme,
Baiser bu lentement en vieux vin jui réclame

Toute l’attention muette du buveur.
Baiser reçu comme une hostie, avec ferveur.
Baiser riant, baiser pleurant, baiser de rêve
Qui commence en la chair et dans l’âme s’achève,

Tous les baisers, tous les baisers, tous les baisers,
Baisers martyrisants, baisers martyrisés.
Baisers où semblent joints des muffles de chimères.
Baisers de jalousie aux âcretés amères.

Baisers de rage au goût de sang et de poison,
Baisers d’adieu qui râle et Cjui perd la raison.
Baisers déments oii l’on ne sait plus si l’on souffre,
Si l’on jouit, baisers d’azur, baisers de gouffre.

Baisers toujours en rut et jamais apaisés,
Tous les baisers, tous les baisers, tous les baisers,
Tous ceux où l’on sent vivre et mourir tout son être,

Tous ceux qu’on a connus, tous ceux qu’on doit connaître
Tous les baisers, tous à la fois, en composer
Chaque baiser qu’on donne et prend, chaque baiser !

(Jean Richepin)

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TES BAISERS (Jean Rameau)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
TES BAISERS

Oh ! laisse-les tomber en cataracte folle
Tes baisers, tes divins baisers, tous tes baisers!…
Lorsque l’un d’eux m’effleure, un an de moi s’envole
Comme un oiseau d’un temple aux autels embrasés.

As-tu vu le vent ivre assaillir les vieux chênes ?
As-tu vu leur bois mort s’abattre?… Tes baisers
M’allègent de douleurs, me libèrent de chaînes
Et font tomber de moi des deuils pulvérisés.

As tu au mai rieur souffler sur les prairies
Et leurs flancs verts se rompre en parfums?… Tes baisers
Fout gronder du printemps rous mes tempes flétries
Et les lis de mon cœur renaissent, mal brisés.

Mon Dieu, j’ai tes baisers! Prenez-moi tout. Qu’importe?
Prenez mes biens, prenez mes jours: j’ai tes baisers!
Le souffle qui me vient de tes lèvres m’apporte
L’odeur des edens bleus dans ta chair infusés.

Que la haine m’entoure ou le mal me terrasse.
Qu’importe? J’ai pour moi ces gardiens: tes baisers!
Enveloppe-m’en tout comme d’une cuirasse,
Mon corps émoussera les crocs coalisés.

Tes baisers sont la force et l’extase infinie,
Tes baisers sont la gloire et l’orgueil, tes baisers
Sont des abeilles d’or distillant du génie
Sur les fronts noirs où ton amour les a posés.

Ah! pose, donne, accorde, éparpille, parsème!…
Emprisonne mon âme en leurs nœuds irisés !
La mort oblique a peur et passe quand on s’aime…
Mais quels pleurs faudra-t-il pour payer ces baisers ?

(Jean Rameau)

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Ouvre le livre de l’horizon, ô main de la poésie! (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



 

   
Ouvre le livre de l’horizon,
ô main de la poésie!

Dans l’air, dans le nulle part,
le poète a construit son foyer.
Il a pris pour amis l’obsession,
l’insomnie, le silence.

Réincarnez-vous
afin de savoir comment visiter les corps des plantes
dans leurs demeures.
Fraternisez à nouveau
dans les lits des branches et dans le sein de l’herbe,
afin de guérir les blessures entre vous
et le reste des créatures.
Et toi, chasseur,
je t’en prie, n’égorge pas cette tourterelle.
Peut-être est-elle la femme que tu as aimée
ou que ton ami le poète a aimée,
pour la première fois.

Il est dans l’amour-poésie
une autre lumière pour que nous transformions la raison
en un sixième sens pour palper l’inconnu,
pour que nous la changions de cage en oiseau,
pour que nous fassions couler son eau dans le coeur,
et en elle le vin du coeur.

Et voilà qu’ils sondent la matière,
transpercent le mur du son,
descendent sur la lune,
dialoguent avec les constellations.
Mais c’est toi seule, poésie,
résidant dans l’intériorité de la création,
qui connais le secret.

(Adonis)

 

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Plainte d’Automne (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
Plainte d’Automne

Entends soudain, dans la rousseur des champs,
Cet hymne lent que la nature entonne…
Entends ! les bois ont des accents touchants
D’automne.

Tout s’est fané. L’été meurt aux buissons.
L’autre saison sourit, frêle et morose,
Vient se bercer au loin de longs frissons
De rose…

Adieu les fleurs ! Adieu les papillons !
L’arbre jaunit, se balance et s’allège,
Et l’on croirait, à voir ses tourbillons,
Qu’il neige.

Les gazouillis ont déserté les bois :
Il n’est plus rien des notes que tu cueilles.
C’est vrai. Mais tout est plus vibrant de voix
De feuilles.

C’est une plainte au loin se soulevant,
Et qui palpite et qui retombe, lasse ;
Et, tant de pleurs ne sont qu’un peu de vent
Qui passe…

Quand elle souffle et vient tout affoler
Devines-tu que les heures sont brèves?
Rêves-tu donc — ou crains-tu d’envoler
Tes rêves?

Peut-être au vent crispé du clair matin,
Regrettes-tu la chaleur qui sommeille ;
L’aimes-tu mieux, sur des cieux de satin,
Vermeille?

Réfléchis-tu que nous sommes ainsi
Que cette fouille à terre, tournoyante,
— Jamais constants parce que le Souci
Nous hante?

Réfléchis-tu que la feuille en remous
Est notre image et celle de la vie :
Près du bonheur que chacun d’entre nous
Dévie?

Réfléchis-tu que ce tourbillon d’or
Est le destin qui chaque jour emporte ;
Que nous mourrons… et que l’âme qui dort
Est morte ?

Écoute, long, le charme frissonnant
De ce qui tombe au grand bois qui fredonne ;
Suis cette course — au vent — traînant —
D’automne…

(Bernard de Louvencourt)

 

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La douce Amie (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration: Josephine Wall
    
La douce Amie

Voilà ma douce amie : une grande Nature !
Souvent elle s’oppose à toute créature.
On peut donner son cœur : elle ne trahit pas.
Sur ces sentiers fleuris acheminez vos pas

Et sans vous retourner tendez les bras vers elle ;
Elle est toute splendeur — elle est toujours nouvelle.
Elle vit plus que vous. Les changeantes saisons
Étendent à vos yeux d’éternels horizons.

Si vous savez l’aimer même dans sa folie,
L’hiver, en la poudrant, vous la rendra jolie,
Mettra dans ses cheveux un blanc bouquet de fleurs.
Vous l’aimerez toujours… et même dans ses pleurs !

Soit que ses yeux profonds de bleus deviennent glauques,
Soit que des vents, soudain, passent en souffles rauques
Ou, qu’en murmure, un aquilon, un doux zéphyr
Viennent rider les eaux dormantes, de saphir…

(Bernard de Louvencourt)

 

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La dormeuse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La dormeuse

Je croyais la douleur éternelle ou cachée.
Mais non ! l’éternité se limite à demain :
Quand on est au printemps n’est-ce pas bien humain
Qu’appréhender l’automne et sa splendeur gâchée?

Le temps passe… Et l’on croit le bonheur sous sa main
Quand de l’oubli, soudain, la feuille est arrachée…
—C’est que l’automne est là, dormant dans la jonchée—
Il a suffi du vent, d’un pas sur le chemin !

Pourquoi nous poursuis-tu, morne et pâle douleur,
Errante parmi nous, sans bruit, comme un voleur,
Suivante de la mort en ce monde lâchée ?

Et pourquoi cet espoir? Pourquoi nous quittes-tu
Pour revenir, claquant des dents, spectre têtu…
Ô Douleur à la fois éternelle et cachée ?

(Bernard de Louvencourt)

 

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La recherche (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La recherche

Quand l’homme a tout conquis : honneur, gloire et richesse,
Alors qu’il se repose au seuil de ses vieux ans,
Qu’il soit prince, soldat, artiste, paysan,
Il lui vient un désir au cœur, une détresse.

A tous les biens du monde, au luxe, à ses présents,
Il préfère l’amour — cet instant de jeunesse.
Il s’avance à tâtons vers l’éternelle ivresse…
L’amour est dans la vie et dans l’agonisant.

Hélas ! il n’a trouvé le repos de son âme !
Un jour devant ses yeux, l’amour s’est créé femme
Pour son trouble, jeune homme, ou pour son regret, vieux.

Et maintenant qu’il est devant la mort… il pleure
Et cherche encor l’amour dans cet éternel leurre :
La terre au fond du ciel, et l’homme au fond des yeux !

(Bernard de Louvencourt)

 

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Soledad (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



    
Illustration: Arkady Ostritsky  

Soledad

Dans l’âcre senteur de poivre et d’arbouse,
Auprès d’un mur chaud que la palme ombra,
Tout au fond du vaste et vieil Alhambra,
Le coude appuyé, rêve une Andalouse.

Où donc est Pedro qui la célébra,
Elle que Pedro voulut pour épouse?
Cette femme semble ou triste ou jalouse
De son pauvre amour qu’un an délabra.

Elle se sent seule auprès du silence ;
Et le vieux jardin, tranquille, balance
Son puissant jet d’eau sur sa vasque d’or.

Puis le vieux jardin frissonne. C’est l’heure.
Le couchant triomphe — et la femme pleure…
Comme le jour blond son amour est mort !

(Bernard de Louvencourt)

 

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Départ (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration
    
Départ

Et de sa main, au fil de l’eau,
S’échappe et tombe, feuille à feuille,
Moussure verte, chèvrefeuille.
L’automne tremble — pourtant chaud.

L’été desserre son étau,
L’automne rêve et se recueille ;
Une prière au fil de l’eau
S’échappe et tombe, feuille à feuille.

Ainsi s’emporte au fil de l’eau
Mon cœur qui tristement s’endeuille !
Partir, c’est laisser un lambeau :
L’âme s’échappe, feuille à feuille…

(Bernard de Louvencourt)

 

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