Arbrealettres

Poésie

Archive for 13 août 2017

Je suis venue voir le poète (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



pour Alexandre Blok

Je suis venue voir le poète.
Il est juste midi. C’est dimanche.
La pièce est grande et calme.
Dehors il gèle.

Un soleil de framboise
Sur la fourrure des fumées grises…
Le maître des lieux parle peu;
Il me regarde de ses yeux clairs!

Il a des yeux si clairs
Qu’on ne peut pas ne pas s’en souvenir.
Et moi, qui suis prudente, je fais mieux
De ne pas chercher à les voir.

Je me rappellerai cette conversation,
Cette fumée à midi, ce dimanche
Dans cette haute maison grise
Sur la Néva, aux portes de la mer.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Un soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


La musique résonnait dans le jardin
D’un indicible chagrin.
Sur un plat, des huîtres glacées
Sentaient la fraîcheur âcre de la mer.

Il m’a dit : «Je suis un ami fidèle!»
Et il effleura ma robe.
Combien ressemble peu à une étreinte
Le frôlement de ces mains-là.

Ainsi caresse-t-on les chats et les oiseaux,
Ainsi regarde-t-on les sveltes écuyères…
Le rire seul anime ses yeux calmes
Sous l’or léger des cils.

Mais les voix déchirantes des violons
Chantent derrière une brume qui s’étire :
«Bénis donc le Ciel:
Pour la première fois tu es seule avec lui.»

(Anna Akhmatova)

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J’ai lu que les âmes sont immortelles (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



La porte entrouverte,
Les tilleuls sentent bon…
Un gant et une cravache
Sur la table oubliés.

Le cercle jaune de la lampe…
J’écoute les bruits.
Pourquoi es-tu parti ?
Je ne comprends pas …

Demain le matin
Sera joyeux et clair.
Cette vie est belle,
Sois sage, mon cœur.

Tu es trop las,
Tu bats doucement, sourdement…
Tu sais, j’ai lu
Que les âmes sont immortelles.

(Anna Akhmatova)

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Il est un seuil à notre intimité humaine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Il est un seuil à notre intimité humaine
Que ne peuvent franchir l’amour et la passion.
Dans l’effrayant silence c’est une quête vaine
Qui joint les lèvres et perd la raison.

Ceux qui veulent l’atteindre sont fous, et les êtres
Qui l’ont atteint sont pris d’une angoisse morose;
Tu comprends pourquoi mon coeur peut-être
Ne frémit pas lorsque ta main s’y pose.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Comme l’ange (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Comme l’ange qui agitait l’eau,
Tu m’as regardée au visage,
Tu m’as rendu force et liberté,
En souvenir de la merveille tu as pris ma bague.
Ma rougeur brûlante, maladive,
Un chagrin pieux l’a effacée;
Je me rappellerai ce mois de tempêtes,
Ce février du nord, tout bouleversé.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Adolphe La Lyre

 

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Silences (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Alfred Seifert [800x600]

Silences

Et cela fait peur de le deviner
Au fond d’un sourire encore inconnu.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alfred Seifert

 

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La lune est au ciel (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




La lune est au ciel, à peine vivante,
Parmi des nuages petits qui s’enfuient,
Au palais une sentinelle farouche
Regarde, irritée, l’horloge de la tour.

La femme infidèle rentre chez elle,
Son visage est pensif et sévère,
Mais dans l’étroite étreinte du rêve,
La femme fidèle brûle d’un feu violent.

Que m’importe? Il y a sept jours,
En soupirant, j’ai dit adieu au monde.
Mais on respire mal, et je me suis glissée dans le jardin
Pour voir les étoiles et toucher la lyre.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Dans un miroir brisé (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




Dans un miroir brisé

J’ai entendu dans ce soir plein d’étoiles
Des paroles irrémédiables,
J’ai senti ma tête tourner
Au-dessus de cet abîme en flammes;
La destruction hurlait à la porte,
Le jardin noir hurlait comme un hibou,
Et la ville, affaiblie jusqu’à mourir,
Était alors plus vieille que Troie.
Cette heure était insupportablement claire,
Et faisait un vacarme à en pleurer.
Le cadeau que tu m’as donné n’était pas
Celui que tu avais apporté de si loin,
Qui te paraissait un jouet absurde
Dans ce soir où tout était en feu.
Ce fut un très lent poison
Dans mon destin énigmatique.
Précurseur de tous mes malheurs,
Évitons de nous en souvenir!…
Cette rencontre qui n’a pas eu lieu
Continue à pleurer tout près d’ici.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Au cou un mince chapelet (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Au cou un mince chapelet,
Je cache mes mains dans un large manchon.
Mes yeux ont un regard distrait;
Ils ne pleureront plus jamais.

Mon visage a l’air plus pâle
À cause de la soie mauve,
Les cheveux raides de ma frange
Descendent jusqu’aux sourcils.

Et cette démarche lente
Ne ressemble à aucun envol,
Comme si mes pieds se posaient
Sur un radeau et non sur un parquet.

Ma bouche pâle est entrouverte,
Ma respiration, pénible, inégale;
Et sur ma poitrine tremblent
Les fleurs d’un rendez-vous manqué.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Koloman Moser

 

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La fraîcheur des mots, le sentiment simple (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017


 

La fraîcheur des mots, le sentiment simple,
Si nous les perdions, nous deviendrions
Des peintres sans yeux, des acteurs sans voix,
De belles femmes sans beauté.

Mais ne tente pas de garder pour toi
Ce dont les Cieux t’ont fait présent.
Nous sommes condamnés – nous le savons –
A dissiper, et non à amasser.

Marche tout seul et guéris les aveugles,
Pour éprouver quand vient l’heure du doute,
La raillerie méchante des disciples
Et l’indifférence de la foule.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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