Arbrealettres

Poésie

Archive for 14 août 2017

Dans la main (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Elizaveta Porodina
    
Dans la main, la tête ouverte est belle
de toute sa boue ensanglantée
et la mémoire refait en vain un regard
qui n’a plus de poids, ni de cils.

Le corps poignant de désirs tourne dans la ville
se heurte aux jambes qui montent vers les femmes
jusqu’au point où la chair se partage en un sexe
et la terre à chaque étage rit à pleines dents.

Une femme entr’ouverte chevauche la ville :
pas un cri ne soulève la tuile d’un toit,
pas une main ne donne l’alarme dans les fenêtres,
pas un mur n’écarte sa bouche serrée.

C’est alors qu’au milieu de la nuit s’ouvre
un grand trou qui est peut-être la mer,
qui est peut-être une montagne
et qui cherche, pantelant, un peu de jour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Si loin (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration

    

Si loin de ton regard et de ta vie
je ne retrouve plus les pas
qui me conduisaient vers toi.
Je ne peux plus m’enfermer

dans tes mains, ni dans ton sommeil.
Quelques lettres toujours pareilles
vont de l’un à l’autre
comme autant de géants sans voix.

Tu es pour mon coeur, pour ma bouche
pour le pantin désarticulé de ma vie
une brûlure toujours plus forte
qui ne les réchauffe pas.

Je cherche en vain, sans jamais me rendre,
à te reconnaître, à te reprendre.
Je ne sais même plus la place
que tu tenais entre mes bras.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il y a mieux (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017




    
Il y a mieux que ces faces amères,
que ces crises trop voyantes de misère
où le front se pose contre la vitre
de toute sa pierre sans larmes,

où le soleil reste sur les murs
sans pouvoir se détacher du soir,
où le vent sépare sans bruit
des plantes qui se referment sur lui.

J’oublie qu’il faut mourir parmi les herbes
entourées d’une écorce de soleil,
parmi ceux qui reviennent des champs
d’un pas familier pour la terre et le soir

parmi les chants qui se joignent
au-dessus des chemins, au-dessus de la nuit,
parmi les bois qui font du ciel
tant de regards sans visage, ni chaleur

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Quand le vent force la fenêtre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Leonid Afremov

    
Quand le vent force la fenêtre
annoncé par tant de portes, tant de forêts battantes
et que le soir passe sa tête
dans ce qui reste, immobile et défiguré,

Quand la rue s’accroche aux lumières
en tirant à elle tout le ciel,
quand la terre n’a plus de jour pour montrer ses routes
le long des carreaux énormes comme des caillots,

il faut dominer l’amour, le dénuder
du sang qui en fait une soif sans remède,
il faut le jeter aux bouches brûlantes de la chair
comme un vivant qui s’éveille en plein incendie,

il faut oublier les mots trop tendres
qui tremblent dans la bouche comme des feuilles
et, crispé sur la chair comme les racines autour de la terre,
il faut fermer la femme à la clarté du jour.

Dans la ville que le soir rassemble en hâte
autour des murs, autour des lampes livides,
la pluie tombe transpercée de vent
et le monde se baisse pour entrer dans la nuit.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je me sens si démesuré (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Hervé Masson
    
Je me sens si démesuré dans la nuit qui s’achève
que j’ai soudain contre moi la terre nue et mouillée,
la terre ouverte de ses ruisseaux, de ses chemins
sur le village où les tuiles veillent, teintées de feu.

Je n’ai rien à dire au soleil qui se lève
en colorant les veines de ma main, de mon front.
Je n’ai rien à dire au jour qui me reprend
dans l’enfilade de son ciel et de ses fenêtres.

Comme un coup de soleil sur la mer,
les femmes se répandent dans le jour
captives des regards où les hommes
se jettent de tout le poids de leur vie.

Et les femmes surprises par tant de vertige
se sentent si seules pour faire l’amour
qu’elles veulent n’être plus rien qu’un beau corps
pris, repris par des mains sûres de leurs caresses.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La porte est ouverte (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Renaud Baltzinger
    
La porte est ouverte entre les murs du soir,
les trappes cèdent sous mes pas haletants.
Au vent sans effort, souffle ta main légère,
suicide simple comme le regard de l’eau.

Le dernier matin de ta vie passe auprès de toi,
écoute battre le dernier jour de la terre,
happe au passage la dernière tige de vent.
Le ciel n’est plus sur tes yeux qu’un peu de buée.

N’appelle personne parmi les hommes :
on ne meurt bien que dans la solitude.
La lumière n’a plus de prises sur ton corps.
Sous ton corps, la terre monte à coups d’épaule.

Pas un mort ne te voit, pas un mort ne te cherche.
L’univers est seul comme une main coupée.
L’éternité s’affole, s’écarte de ta route,
mesure d’étoile en étoile ce qui la sépare de toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Quand je cherche (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
    
Quand je cherche au fond du sang
dont la gerbe se dénoue en mes mains
la raison de cette existence que je porte
un peu comme la mer le plus frêle des bateaux,

ton visage vient peser sur mon épaule
de tout son poids de soleil et de fruit,
tes seins font s’ouvrir mes doigts
pour une caresse démesurée,
pour une caresse qui s’élève en moi comme une plante.

Et je monte autour de ma vie
en même temps que mes bras autour de ton ventre
et dans ton corps clair comme l’eau
je retrouve le caillou de ta chair.

Quand tu n’es pas là,
quand la grande pièce de l’espace nous sépare,
je sens que la mort peut m’atteindre plus facilement,
que le monde me surveille de toutes ses fenêtres,
que toutes les femmes ne peuvent être que des passantes.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le monde est au bout de l’horizon (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Ruth Bloch
    
Le monde est au bout de l’horizon
toujours prêt à fuir le regard
où les mains qui se tendent
vides de se sentir vivantes sur un objet.

La vie n’est pas en moi,
Elle est dans ce visage près de mon visage,
Elle est dans ces yeux de la douceur desquels
mes yeux s’étonneront jusqu’à leur dernier regard,
elle est dans ces lèvres qui me font naître d’un baiser,
elle est dans cette chair qui est pour moi
la seule place chaude de la terre.

Les murs sont hauts du désespoir qu’ils ont
de ne pouvoir un instant arrêter les femmes
qui vont vers l’amour
comme les forêts vers le matin.

Deux corps nus s’élèvent vers leurs bouches
de la même façon que les maisons le soir
vont chercher la lumière avec leur plus haute fenêtre.

Et quand je libère cette femme
de la lingerie où elle est blottie,
je me rappelle avec quelle ferveur
je découvrais enfouie au coeur des herbes
la source où ma bouche faisait descendre tout un été.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le bouquet de l’air (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration
    
Le bouquet de l’air entre les lèvres,
tu descendais le haut escalier
qui menait de ton existence à la mienne
et j’avais le vertige pour toi.

Quand mon coeur cherchait ton coeur
sous sa mince écorce de vie,
nos regards étaient si près l’un de l’autre
qu’ils ne faisaient plus qu’une seule allée de cils.

Il semblait que, captive de mes mains,
tu ne puisses plus vivre sans moi sur la terre.
Ton corps n’était plus qu’un feuillage
qui frémissait au gré de mon désir.

Le ciel n’était pas plus nu que ta chair
quand elle se dressait près de moi
comme la seule source
que mes doigts aient jamais pu retenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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