Arbrealettres

Poésie

Archive for 16 août 2017

Mensonge (Michèle Voltaire Marcelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



 

Mensonge

Ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour
je serais plus tranquille.

Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour,
ni celle des baisers.

Et mon coeur fou me fait parfois oublier
ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant,
si passe de trop près,
un homme aux yeux trop doux.

Et je tressaille du même désir,
cent fois retrouvé,
quand un danseur me chavire,
ses doigts agrafés à mon cou.

Quelle chaleur soudain
m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie
de mordre à pleines dents
ces lèvres heureuses?

Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.

J’ai dans mes jambes
des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil,
vert et ciel mélangés,
cheveux défaits,
épaules nues au vent.

Des envies de culbutes
aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur
serait celle de la pulpe des mangues,
et m’empliraient la bouche
de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur
de l’eau d’une fontaine.

J’ai des envies
de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles
dont je lécherais le sel,
et plus bas encore
dans l’odeur de fougère.

Je rêve à la brûlure si douce
du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir
comme celui de l’oiseau soudain désencagé.

J’ai dans mes mains des envies de caresses,
dans mes oreilles le doux gémir
qui suit une nuque frôlée.

Et vous passez sans me voir,
laissant flotter autour de moi
votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux
vous ont déjà appuyé contre ce mur,
et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds,
comme une menthe, sucé.

N’avez-vous pas senti mes doigts
dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde,
très loin de vous,
lorsque je vous regarde,
ne sentez-vous pas cette jouissance
qui roule en moi?

Vous ne savez donc pas
qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour,
je serais plus tranquille?

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Bill Viola

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Et moi ? Combien de gens ai-je sauvés ? (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




Et moi ? Combien de gens ai-je sauvés ?
Le fait de m’être prosternée devant la souffrance
des autres, de m’être tue en l’honneur des autres.
Ma rouge violence fondamentale reculait.
Le sexe au ras du coeur,
le chemin de l’extase entre les jambes.
Ma violence de vents rouges et de vents noirs.
Les vraies fêtes se tiennent dans le corps et dans les rêves.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je te donne mon âme nue (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Je te donne mon âme nue,
comme une statue qu’aucun voile ne drape.

Nue, avec la pure impudeur
d’un fruit, d’une étoile ou d’une fleur;
de toutes ces choses qui ont l’infinie
sérénité d’Eve avant sa damnation.

De toutes ces choses,
fruits, astres et roses,
qui ne ressentent pas la honte du sexe sans présages,
et pour qui personne n’osera fabriquer des vêtements.

Dévoilée, comme le corps d’une déesse sereine,
que j’aie l’intense blancheur du lys !

Nue, et grande ouverte
par le désir d’aimer !

***

TE DOY MI ALMA DESNUDA

Te doy mi alma desnuda,
como estatua a la cual ningún cendal escuda.

Desnuda con el puro impudor
de un fruto, de una estrella o una flor;
de todas esas cosas que tienen la infinita
serenidad de Eva antes de ser maldita.

De todas esas cosas,
frutos, astros y rosas,
que no sienten vergüenza del sexo sin celajes
y a quienes nadie osara fabricarles ropajes.

Sin velos, como el cuerpo de una diosa serena
¡que tuviera una intensa blancura de azucena!

Desnuda, y toda abierta de par en par
¡por el ansia del amar!

(Juana de Ibarbourou)

Illustration: Pascal Renoux 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ma Solitude (Michèle Voltaire Marcelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



 Siegfried Zademack -  - (18)

Ma Solitude

Ma Solitude est une Princesse de Bordel
Elle a une couronne d’aubépine
Et des roses sur la poitrine
Elle a un sexe de géranium
Elle a des plaintes d’harmonium
Ma Solitude est une Putain fière
Parfumée de dentelle ancienne
Prise au piège des prières
Elle offre un baiser sur les lèvres
A un mendiant pour une aumône
Ma Solitude est préposée aux Portes du Palais
Elle est perdue dans les couloirs
Fleurie de lys et d’hortensias
Mille étoiles percent ses paupières
Mille battements d’ailes chavirent son coeur
Ma Solitude est une Vierge crucifiée
Parée de mille fleurs exfoliées
Et je lui chante des louanges
Dans le bleu des cierges incendiés

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Siegfried Zademack

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Que le vent du soir emporte mon sanglot (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Abbot Anderson Thayer
    
Que le vent du soir emporte mon sanglot
Vers l’accablement des cités et des plaines ;
Qu’il l’emporte, afin de le mêler au flot
Des douleurs lointaines.

Qu’il l’emporte, ainsi qu’un pitoyable appel,
Plus grave et plus doux que la vaine parole…
Que, dans l’infini, mon sanglot fraternel
Apaise et console.

(Renée Vivien)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Ondine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ton rire est clair, ta caresse est profonde,
Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font;
Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde,
Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.

Ta forme fuit, ta démarche est fluide,
Et tes cheveux sont de légers roseaux;
Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide;
Tes souples bras sont pareils aux roseaux,

Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte
Enlace, étouffe, étrangle savamment,
Au fond des flots, une agonie éteint
Dans un nocturne évanouissement.

(Renée Vivien)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon Paradis (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Paradis

MON Paradis est un doux pré de violettes
Où le chant régnera sur des âmes muettes.
Mon ciel est un beau chant parmi les violettes.
Mon Ciel est la très calme éternité du soir

Où le regard se fait plus profond pour mieux voir
Et c’est l’Eternité dans le ciel d’un beau soir…
Mon Paradis est une éternelle musique.
Qui s’exhale divine allégresse rythmique…

Mon Paradis est le règne de la musique…
Car ce sera, là-haut, le triomphe du chant,
Le règne de la paix dans le Ciel du couchant,
Où rien ne survit plus que l’amour et le chant.

(Renée Vivien)

Illustration: Alphonse Osbert

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les lèvres pareilles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Les Lèvres pareilles

L’ODEUR des frézias s’enfuit
Vers les cyprès aux noirs murmures…
La brune amoureuse et la nuit
Ont confondu leurs chevelures.

J’ai vu se mêler, lorsque luit
Le datura baigné de lune,
Les cheveux sombres de la nuit
Aux cheveux pâles de la brune.

La fin balsamique du jour,
Blonde de frelons et d’abeilles,
Perçoit, dans un baiser d’amour,
La beauté des lèvres pareilles.

L’odeur des frézias s’enfuit
Vers les cyprès aux noirs murmures…
La brune amoureuse et la nuit
Ont confondu leurs chevelures.

(Renée Vivien)

Illustration: Charles J. Dwyer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ecoute (Colette Gibelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ecoute

J’atteins de nouveau l’instant nul où l’avant et l’après s’anéantissent,
Foudroyés
Des grains de mimosas m’éclaboussent dans l’ombre
Je n’ai rien à t’apprendre
Je ne dure pas
Je ne perpétue que le défi de chaque seconde
Ne dis rien
Le présent est ce plaisir absolu de n’avoir pas de lendemain
Précédé de rien
Suivi de rien
Total

(Colette Gibelin)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je connais un étang (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Je connais un étang

… il est, au cœur de la vallée, un étang que
l’on nomme l’Etang mystérieux.

Je connais un étang qui somnole, blêmi
Par l’aube blême et par le clair de lune ami.

Un iris y fleurit, hardi comme une lance,
Et le songe de l’eau s’y marie au silence.

Aucun souffle ne fait balancer les roseaux.
Le ciel qui s’y reflète a la couleur des eaux.

Le flot recèle un long regret lascif et tendre,
Et le silence et l’eau trouble semblent attendre,

Là, les larges lys d’eau lèvent leur front laiteux.
Les éphémères d’or y meurent, deux à deux…

Je choisirai, pour te louanger, les paroles
Qui coulent comme l’eau parmi les herbes folles.

Les lys semblent offrir leur coupe bleue au jour :
C’est l’élévation des calices d’amour.

Les éphémères font songer, tournant par couples,
A des femmes valsant, ondoyantes et souples.

Les lotus léthéens lèvent leur front pâli…
Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

Dans un royal adieu, tenons-nous enlacées
Et mourons, comme les libellules lassées.

Je te dirai : « Voici l’Etang mystérieux
Que ne connaîtront point les hommes curieux.

« Viens dormir au milieu des lys d’eau… L’iris tremble,
Et nous nous étreignons, nous qui mourrons ensemble… »

… Je connais un étang qui somnole, blêmi
Par l’aube blême et par le clair de lune ami.

Et, sous l’eau de l’étang, qui mire les chimères,
Des femmes vont mourir, comme des éphémères…

(Renée Vivien)

Illustration: Paul Chabas

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :