Arbrealettres

Poésie

La chanson d’Ophélie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: John Everett Millais
    
La chanson d’Ophélie

Elle chante Ophélie, en tressant des couronnes
De ces petites fleurs que les champs verts nous donnent
Tout parfum, toute fraîcheur, en leur simplicité
Et le soleil sourit à sa jeune beauté.
Elle chante, inconsciente en sa douce folie,
L’âme ne sourit plus dans les yeux d’Ophélie

Elle chante, inconsciente, une étrange chanson
Son léger pas paraît la fuite d’un rayon
Tandis que le printemps autour d’elle rayonne
Elle chante en tressant sa dernière couronne

Et la blonde Ophélie errante au bord de l’eau
Ne sait pas que son pied effleure son tombeau

Près d’un fleuve, se penche en pleurant un vieux saule.
Comme un petit enfant qui monte sur l’épaule
De son aïeul souriant, ne craignant nul danger,
Elle monte sur l’arbre — un corps souple et léger.

Capricieuse elle veut, sur la branche ployante,
Suspendre sa couronne humble mais odorante
Et toujours en chantant sur les rameaux pleureurs
Elle monte, elle veut y suspendre ses fleurs

Mais un rameau se brise… Hélas la vierge tombe
L’eau souriante devient en un instant sa tombe

Mais ses blancs vêtements la soutiennent encor
Comme le cygne après son dernier essor
A l’heure de sa mort chante son chant suprême,
Avant de disparaître, Ophélie de même
Flottante encore sur l’eau, chante son dernier chant.

Et nul ne voit sa mort sauf le saule penchant
Hélas ! Bientôt finit cette chanson étrange,
En un long dernier râle étouffé sous la fange.

Puissé-je ainsi mourir, les mains pleines de fleurs
En chantant jusqu’au bout, sans larmes, sans terreur
Chantant jusqu’à ma mort, entraînée quand même
Par le fleuve inconnu, mystérieux et suprême
Par le fleuve funèbre où va l’homme banni
Par le fleuve profond qui mène à l’infini.

(Renée Vivien)

 

2 Réponses to “La chanson d’Ophélie (Renée Vivien)”

  1. jean-baptiste besnard said

    INSPIRATION

    Le rocher de granit, farouche sentinelle,
    Veille sur l’infini de la mer éternelle
    Et sur l’azur parfait de cet immense ciel
    Dont on voit un fragment, sublime mais partiel
    Et je vogue au sommet de la vague indocile,
    Jusqu’aux abords abrupts d’une très lointaine île
    Où m’accueille une fille au regard langoureux,
    Au corps charmant, vêtu de voiles vaporeux
    Qui m’attend, bras ouverts, assise sur la grève
    Et qui ressemble à celle entrevue en un rêve,
    Comme Nausicaa nue devant Ulysse
    Alors que, sur la mer, un beau navire glisse,
    Ophélie endormie ou morte qu’un ruisseau
    A peine recouvrait avec son filet d’eau.
    Je la vois reposer dans le vent des caresses
    Qui joue avec sa robe et tord ses longues tresses.
    Je rêve que ma main se pose sur son sein
    Légère et délicate, avec pour seul dessein
    De chercher à séduire une charmante muse
    Mais ainsi se termine un rêve qui m’amuse.
    Et la vague éternelle enlacera cette île
    Où fleurit le lilas avec le mimosa
    Sur cette île divine où la muse posa
    Le petit pied mignon d’une jambe gracile
    Je rame dans l’espace au milieu des étoiles,
    Espérant que le vent soufflera dans mes voiles

    Jean-Baptiste BESNARD

    • arbrealettres said

      Merci Jean-Baptiste 😊
      Joli rêve poétique. .. veinard
      Moi je rêve souvent . . de boulot 😄😄😄

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