Arbrealettres

Poésie

Archive for 21 août 2017

Les paysans dans l’été (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Joseph Matar
    

Les paysans dans l’été sont si sûrs de leurs gestes
qu’il semble que la mort passe auprès d’eux sans les prendre.
Le plus petit ruisseau fait bouger la terre et part
en portant la clarté du jour et le poids des arbres.

Il y a un champ immense de soleil sur les blés
et les sources sont nues jusqu’à la ceinture
et belles de cailloux où la terre vient battre
de tout son coeur plein d’ombre et de lumière.

Il y a des bois clos de silence et de feuilles
qui pèsent sur le monde de toute leur épaule
et qui placés sur l’horizon comme veilleurs
font monter dans le ciel la nuit et les grands vents

les chemins qui contiennent les moissons
tombent des collines sur la grand’route
avec un bruit de voiture et de pas de chevaux
et c’est comme un grand cri qui fait frémir les blés.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le vent a beau vouloir me prendre à la gorge (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le vent a beau vouloir me prendre à la gorge,
l’ombre a beau vouloir me serrer contre les murs,
je reste toujours avec le même regard sur les yeux
avec le même coup de gong que le coeur donne au corps.

L’été écoute le battement d’une source
qui monte lentement sans remuer les herbes
et je n’existe plus que par le bruit
que ma vie fait pour passer dans la main.

Je tourne un instant mon visage vers la terre
qui va bouger de toutes ses feuilles, de toutes ses couleurs
parce que le soir qui tombe est plus beau que le jour
et que le ciel se répand comme un vin nouveau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans le quartier solitaire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Grégoire Mathieu
    
Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte
des volets se ferment sur des rires d’enfants
sur des voix très douces, très proches du coeur
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d’une femme
supporte le poids de tout le paysage
et l’on sent qu’elle peut mourir en fermant les yeux
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d’étoiles, les carreaux sont moins noirs
sur l’ombre qui sort des chambres comme une forêt
qu’on ne peut arrêter, parce qu’il n’y a plus
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu’il se pose sur la main
Un feu s’éteint sans cri au tournant de la nuit
et les fumées hautes marchent sur les toits
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Cérès Eleusin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Cérès Eleusin

LA nuit des vergers bleus d’acanthes,
Des jardins pourpres d’aloès,
Attend l’Evohé des Bacchantes
Et les mystères de Cérès

Dans le temple aux flammes païennes,
Le soir, accroupi comme un sphinx,
Contemple les Musiciennes,
Evocatrices de Syrinx.

Une étrange et pâle prêtresse,
Délaissant l’autel de Vénus,
Apporte à la Bonne Déesse
Les daturas et les lotus.

Car la blonde enlace la brune,
Et les servantes d’Ashtaroth,
Aux vêtements de clair de lune,
Te narguent, Deus Sabaoth.

Les nonnes et les courtisanes,
Mêlant la belladone au lys,
Chantent les Te Deum profanes
Et les joyeux De profundis.

(Renée Vivien)

Illustration: Joseph-Marie Vien

 

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Voilà il est arrivé une chose extraordinaire (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Caroline de Piedoue

Voilà il est arrivé une chose extraordinaire
instantanément tous les arbres des volets de la petite maison sont devenus plus joyeux que jamais
ils ne finissaient ni en largeur ni en hauteur ni en profondeur
puis ils se sont mis à tournoyer et ils m’ont pris
et m’ont lancé dans la joie verte rotative où je devins amoureux du centre

il n’y avait plus de ciel puis les volets redevinrent des planches de bois
au service de la maison les arbres furent de nouveau des sapins et des chênes
peut-être un peu las comme il arrive aux gens les lendemains de fête
le ciel sans rancune était au-dessus d’eux
et je me suis retrouvé assis en face dès que disparut la robe d’un rouge surhumain

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Caroline de Piedoue

 

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COUPABLE DE TRISTESSE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



COUPABLE DE TRISTESSE

A la fin ne te sauvera plus la tristesse
Avec son mur usé tu seras confond
Les mots de tes amis devant toi passeront
Grands petits joyeux noirs ne disant rien de toi

Ma poitrine un jardin
Où dorment les oiseaux
Et quand mes yeux y brillent
S’y battent les oiseaux
Et quand mes souvenirs
Remuent dans la poussière
Les oiseaux fuient de là
Ma poitrine un jardin
Dans un été de ville
Seule dans l’âpreté
Quand les maisons sont pires
Que monstres et rochers

Et ce livre est dessous
La plus large des mains
Elle nous porte tous
Charpente de chagrin
si les oiseaux y chantent
Vivent légèrement
Je suis de la charpente
Et je connais la main

I1 faut donc me chasser
Celui qui vous en prie
Est le coupable en vie

Mais dans le grand verger
Je suis un de vos arbres

(Pierre Morhange)


Illustration: Henri Matisse

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DE GRIS ET DE ROSE DE ROSE ET DE GRIS (Michel Cambon)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




DE GRIS ET DE ROSE
DE ROSE ET DE GRIS

Sous un nuage gris … avec un rêve rose,
Malgré la Météo qui annonce la pluie…
Joyeux je me promène en pensant à des choses
Tendres comme un rappel … douces comme un oubli.

Et puis bientôt tout change et plus rien n’est pareil…
Allez savoir pourquoi je me promène ainsi,
Malgré la Météo annonçant le soleil…
Sous un nuage rose … avec un rêve gris?

(Michel Cambon)

Illustration

http://dalbecphoto.wordpress.com/2010/02/11/lone-trees/

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Les bulles bleues (Claude Pélieu)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Les bulles bleues
d’un nihilisme joyeux
sont nos étoiles

(Claude Pélieu)

 

 

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J’ai le cœur aussi grand qu’une place publique (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


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J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Ouvert à tous les vents
Voire à n’importe qui
Venez boire chez moi
Trois fois rien de musique
Et vous y resterez
Comme en pays conquis

J’ai le cœur en déroute
Il ne bat que d’une aile
Il bat comme un volet
Les nuits qu’il fait du vent
Ne le prenez jamais
Surtout comme modèle
Car je vais en mourir
Avant qu’il soit longtemps

À vingt ans, cœur joyeux
Moi qui ne savais rien
J’allais aux quatre coins
Des horizons du monde
Je croyais comme vous
Que la Terre était ronde
Et les hommes parfaits
Je m’en portais si bien

Mais le cœur que l’on porte
Au fond de sa poitrine
On ne le choisit pas
On en fait ce qu’on peut
Aux quatre coins de moi
Le chagrin se dessine
Mon bonheur à présent
Se meurt à petit feu

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place de foire
On y vient sans façons
On y fait Dieu sait quoi
Mais je ne voudrais pas
Qu’on en fasse une histoire
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

(Bernard Dimay)

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Aux trois aimés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

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Aux trois aimés

De vous gronder je n’ai plus le courage,
Enfants ! ma voix s’enferme trop souvent.
Vous grandissez, impatients d’orage ;
Votre aile s’ouvre, émue au moindre vent.
Affermissez votre raison qui chante ;
Veillez sur vous comme a fait mon amour ;
On peut gronder sans être bien méchante :
Embrassez-moi, grondez à votre tour.

Vous n’êtes plus la sauvage couvée,
Assaillant l’air d’un tumulte innocent ;
Tribu sans art, au désert préservée,
Bornant vos voeux à mon zèle incessant :
L’esprit vous gagne, ô ma rêveuse école,
Quand il fermente, il étourdit l’amour.
Vous adorez le droit de la parole :
Anges, parlez, grondez à votre tour.

Je vous fis trois pour former une digue
Contre les flots qui vont vous assaillir :
L’un vigilant, l’un rêveur, l’un prodigue,
Croissez unis pour ne jamais faillir,
Mes trois échos ! l’un à l’autre, à l’oreille,
Redites-vous les cris de mon amour ;
Si l’un s’endort, que l’autre le réveille ;
Embrassez-le, grondez à votre tour !

Je demandais trop à vos jeunes âmes ;
Tant de soleil éblouit le printemps !
Les fleurs, les fruits, l’ombre mêlée aux flammes,
La raison mûre et les joyeux instants,
Je voulais tout, impatiente mère,
Le ciel en bas, rêve de tout amour ;
Et tout amour couve une larme amère :
Punissez-moi, grondez à votre tour.

Toi, sur qui Dieu jeta le droit d’aînesse,
Dis aux petits que les étés sont courts ;
Sous le manteau flottant de la jeunesse,
D’une lisière enferme le secours !
Parlez de moi, surtout dans la souffrance ;
Où que je sois, évoquez mon amour :
Je reviendrai vous parler d’espérance ;
Mais gronder… non : grondez à votre tour !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Martin Gendre

 

 

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