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Poésie

Archive for 21 août 2017

À E… (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



À E…

O TOI,
chaude comme l’enfer,
Ô toi, froide comme l’hiver,
Douce et dure, on dirait du fer
Et de la mousse,

Dure et douce comme la mousse
Et le fer, si dure et si douce,
Va ! sois toi-même ! Un vent te pousse.
Vent de printemps

Et vent d’automne, et tant d’autans
Et de zéphyrs sont palpitants
Dans tes grands yeux mahométans
De catholique

Que j’en reste mélancolique
Et joyeux: et sans plus d’oblique
Madrigal, je t’aime !
Ô réplique,
Diable angélique.

(Paul Verlaine)

Illustration: Jose Maria Bernardo

 

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Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ? (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Comme s’éjouit, en liesse, bien tressée
de fleurs, sur le crin d’or d’une, la guirlande,
l’une à l’envi en avant pressant l’autre
pour être la première à baiser son front !

Bien heureuse est tout le jour cette robe
qui étreint son sein, puis semble s’épandre,
et cet or, que l’on appelle or filé,
ses joues et son col se plait à effleurer.

Plus joyeux encor ce ruban qui semble
jouir de sa pointe d’or, de manière
à presser et toucher le sein qu’il enlace.

Et la simple ceinture qui l’entoure
semble se dire : ici je veux serrer toujours.
Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ?

***

Quanto si gode, lieta e ben contesta
di fior sopr’ a’ crin d’or d’una, grillanda,
che l’altro inanzi l’uno all’altro manda,
come ch’il primo sia a baciar la testa !

Contenta è tutto i1 giorno quella vesta
che serra ‘1 petto e poi par che si spanda,
e quel c’oro filato si domanda
le guanci’e ‘1 collo di toccar non resta.

Ma più lieto quel nastro par che goda,
dorato in punta, con si fatte tempre
the preme e tocca i1 petto ch’egli allaccia.

E la schietta cintura che s’annoda
Ti par dir seco : qui vo’ stringer sempre.
Or che farebbon dunche le mie braccia ?

(Michel-Ange)

Illustration: Guillaume Seignac

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SOUVENT LES GOÉLANDS (Christian Coin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




SOUVENT LES GOÉLANDS

Souvent les goélands dans ses yeux d’amoureuse
S’élancent dans les cieux et planent dans les vents,
Ils donnent chacun d’eux une aile généreuse,
Une lyre, un chagrin à mes voeux poursuivants.

Rarement les bleuets dans les blés de tendresse
N’ont autant scintillé que dans ce mouvement ;
Mes pensers serreront la course de sa tresse
Espérant seulement son regard envoûtant.

Serait-il opportun de parler de tendresse
Quand la belle ne fut qu’élégance et dédain ?
Ses cils de miroirs noirs sont des fils de tristesse,
La peine côté cour, j’irai côté jardin !

Et je m’élancerai parmi les fleurs sauvages
Dans ces champs bien-aimés peuplés d’herbes au vent,
Il y aurait à-bas, au bord des marécages,
De grands roseaux joyeux jouant au cerf-volant.

Il y aurait aussi des cygnes de passage,
Des plis dans la verdure, un saule en paravent,
Des mots d’amour aussi courant de page en page,
Et puis peut-être aussi des oiseaux comme avant.

(Christian Coin)

Illustration

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LES TROIS JEUNES FILLES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Anne-Marie Zilberman (19)

LES TROIS JEUNES FILLES

J’ai rencontré trois jeunes filles :
Mon coeur, pourquoi tant d’émoi ?
Le temps n’est plus des bals sous les charmilles
Ni des propos d’amour sournois
Dont folles têtes se grisent :
Amour n’est point fait pour les barbes grises :
Mon coeur, mon vieux coeur, pourquoi tant d’émoi ?

Le temps n’est plus : me voici solitaire
Et lassé;
Mais de vous qu’est-il donc advenu
O jolie dame du notaire
Dont je baisais la gorge nue
Au temps passé ?

Et de Margot, la belle au dé,
Et de la demoiselle des Adrets,
Que reste-t-il désormais ?
Dents branlantes et mains ridées…
Mais où est le joyeux drille
Que j’étais ?

Le temps n’est plus, hélas! d’aimer :
J’ai rencontré trois jeunes filles.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Nature morte (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Charles Guilloux_12239830783624 [1280x768]

Nature morte

Des coucous l’Angelus funèbre
A fait sursauter, à ténèbre,
Le coucou, pendule du vieux,

Et le chat-huant, sentinelle,
Dans sa carcasse à la chandelle
Qui flamboie à travers ses yeux.

– Ecoute se taire la chouette…
– Un cri de bois : C’est la brouette
De la Mort, le long du chemin …

Et, d’un vol joyeux, la corneille
Fait le tour du toit où l’on veille
Le défunt qui s’en va demain.

(Tristan Corbière)

Illustration: Charles Guilloux

 

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Confession (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Quelle chose est difficile à cacher? Le feu!
Car le jour il se trahit par la fumée,
La nuit par la flamme, le monstre.
Difficile à cacher est aussi
L’amour: si secrètement qu’on le nourrisse,
Il jaillit pourtant aisément des yeux.
Mais ce qu’il y a de plus difficile à cacher c’est un poème,
On ne le met pas sous le boisseau.
Si le poète vient de le chanter,
Il en est tout pénétré;
S’il l’a élégamment calligraphié,
Il veut que le monde entier l’aime.
Il le lit à chacun, joyeux et bien haut,
Peu lui chaut s’il excède ou nous édifie.

***

Geständnis

Was ist schwer zu verbergen? Das Feuer!
Denn bei Tage verrät’s der Rauch,
Bei Nacht die Flamme, das Ungeheuer.
Ferner ist schwer zu verbergen auch
Die Liebe; noch so stille gehegt,
Sie doch gar leicht aus den Augen schlägt.
Am schwersten zu bergen ist ein Gedicht;
Man stellt es untern Scheffel nicht.
Hat es der Dichter frisch gesungen,
So ist er ganz davon durchdrungen.
Hat er es zierlich nett geschrieben,
Will er, die ganze Welt soll’s lieben.
Er liest es jedem froh und laut,
Ob es uns quält, ob es erbaut.

(Goethe)

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Excuse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Excuse

Aux arbres il faut un ciel clair,
L’espace, le soleil et l’air,
L’eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu’il gazouille.

Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Eblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d’idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.

Mais quand mauvaise est la saison,
L’arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L’oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l’aile.

Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l’art de demain, s’efface.

Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.

(Charles Cros)

 

 

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L’ami d’enfance (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Chantal Dufour  r-Portrait [1280x768]

L’ami d’enfance

Un ami me parlait et me regardait vivre :
Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivre
De l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;
Et cet ami riait, car il était moqueur.
Il n’avait pas d’aimer la funeste science.
Son seul orage à lui, c’était l’impatience.
Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,
Disant :  » Tout feu s’éteint, puisqu’il peut s’allumer ;  »
Plein de chants, plein d’audace et d’orgueil sans alarme,
Il eût mis tout un jour à comprendre une larme.

De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs ;
J’étais déjà l’aînée, hélas ! Par bien des pleurs.
Décorant sa pitié d’une grâce insolente,
Il disputait, joyeux, avec ma voix tremblante.
À ses doutes railleurs, je répondais trop bas…
Prouve-t-on que l’on souffre à qui ne souffre pas ?
Soudain, presque en colère, il m’appela méchante
De tromper la saison où l’on joue, où l’on chante :
 » Venez, sortez, courez où sonne le plaisir !
Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir ?
Pourquoi défier vos immobiles peines ?
Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines ! …
Non ? Vous voulez pleurer ? Soit ! J’ai fait mon devoir :
Adieu ! – quand vous rirez, je reviendrai vous voir.  »
Et je le vis s’enfuir comme l’oiseau s’envole ;
Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole.

Mais quoi ? La fête en lui chantait si haut alors
Qu’il n’entendait que ceux qui dansent au dehors.
Tout change. Un an s’écoule, il revient… qu’il est pâle !
Sur son front quelle flamme a soufflé tant de hâle ?
Comme il accourt tremblant ! Comme il serre ma main !
Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin
L’a saisi ? – c’est qu’il aime ! Il a trouvé son âme.
Il ne me dira plus :  » Que c’est lâche ! Une femme.  »
Triste, il m’a demandé :  » C’est donc là votre enfer ?
Et je riais… grand dieu ! Vous avez bien souffert !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Chantal Dufour

 

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Petit Bonhomme vit encore (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


Après midi, dans l’ombre fraîche,
Nous étions entre jeunes gens;
L’Amour vint et voulut jouer
Au Petit Bonhomme avec nous.

Joyeux, chacun de mes amis
Avait près de lui son « cher coeur »;
L’Amour souffla sur son flambeau
Et dit: « Prenez cette chandelle! »

Et l’on fit circuler en hâte
Le flambeau qui brûlait sans flamme;
Chacun le glissa prestement
Entre les doigts de son voisin.

Et Dorilis me le tendit
De son air moqueur et railleur.
Ma main l’ayant touchée à peine,
La chandelle flambe à feu vif,

Me brûle les yeux, le visage,
Me met en flammes la poitrine,
Et ce brasier eût pour un peu
Jailli au-dessus de ma tête.

Je crus l’éteindre d’une tape,
Pourtant son feu dure toujours.
Au lieu de mourir, le bonhomme
Etait chez moi en pleine vie.

***

Stirbt der Fuchs, so gilt der Balg

Nach Mittage sassen wir
Junges Volk im Kühlen;
Amor kam, und stirbt der Fuchs
Wollt er mit uns spielen.

Jeder meiner Freunde sass
Froh bey seinem Herzchen;
Amor blies die Fackel aus,
Sprach: Hier ist das Kerzchen!

Und die Fackel, wie sie glomm,
Liess man eilig wandern,
Jeder drückte sie geschwind
In die Hand des andern.

Und mir reichte Dorilis
Sie mit Spott und Scherze;
Kaum berührt mein Finger sie,
Hell entflammt die Kerze,

Sengt mir Augen und Gesicht,
Setzt die Brust in Flammen,
Über meinem Haupte schlug
Fast die Gluth zusammen.

Löschen wollt ich, patschte zu,
Doch es brennt beständig;
Statt zu sterben ward der Fuchs
Recht bey mir lebendig.

(Goethe)

Illustration

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Demain est aux vingt ans fiers (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Rockwell Kent   (6)

 

Demain est aux vingt ans fiers ;
Leurs rires passent, et l’on reste accoudé ;
On a honte, un peu, de ses joyeux hiers,
Comme d’un habit démodé.

Demain, c’est l’automne qui parle
De plus près à l’oreille qui l’écoute.
Je suis sans regret, mais j’ai mal ;
Je suis sans effroi, mais je doute ;

Non certes, de ma journée :
J’ai vécu, au mieux, le poème ;
Mais l’âme reste étonnée
De n’être plus elle-même.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Kent 

 

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