Arbrealettres

Poésie

LE PETIT NEGRE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




LE PETIT NEGRE

Ma mère m’a mis au monde en un coin du Sud cruel
Et je suis noir. Mais mon âme, elle est blanche, vous savez !
Le petit Anglais est blanc. Blanc comme un ange du ciel.
Moi, je suis noir. Comme si la lumière avait manqué.

Au pied d’un arbre accroupie, ma mère m’a enseigné
En guettant à l’horizon la chaleureuse clarté.
Elle m’ouvrait ses genoux, me serrait et m’embrassait
Puis, le doigt vers l’orient, soudain elle me disait:

Vois s’élever le soleil! Dieu est la-bas. Et c’est lui
Qui sur le monde répand la chaleur et la lumière.
Et les arbres et les fleurs, et les hommes et les bêtes
Reçoivent l’espoir de l’aube et la joie du plein midi.

Si nous avons, ici-bas, pour quelque temps vu le jour,
C’est pour apprendre â subir les chauds rayons de l’Amour.
Nous ne sommes rien de plus, corps bronzés, visages sombres
Que nuages dans le ciel ou, dans les bois, un peu d’ombre.

Lorsque nos âmes sauront supporter cette chaleur,
Les nuages auront fui et nous entendrons Sa voix:
« Mon bien aimé, sors du bois des ombres ; réjouis-toi
Près de ma tente dorée, comme les agneaux sans peur ».

Oui, voila ce que ma mère en m’embrassant me disait
Et je me disais ceci, en pensant au jeune Anglais :
Moi noir, lui blanc, le nuage est le même pour nous deux,
Et tous deux jouerons de même autour des tentes de Dieu.

Moi je l’ombragerai, pour que la chaleur ne l’accable
Jusqu’à ce qu’en Notre Père il prenne un repos joyeux.
Debout, je caresserai l’argent fin de ses cheveux
Et i1 voudra bien m’aimer car je serai son semblable.

(William Blake)

 

 

4 Réponses to “LE PETIT NEGRE (William Blake)”

  1. Miroirinette said

    Aie, aie, aïe !
    (bon dimanche à vous !)

  2. Miroirinette said

    Merci : je regarde Saint-Petersbourg et bravo pour la citation En voyage,
    on est toujours
    au centre
    : je vous y reconnais!

    • arbrealettres said

      c’est étrange mais en voyage je trouve que l’on redevient un peu enfant curieux de tout et aussi je trouve que tout nous arrive de façon plus aigüe, on vit plus intensément, on est beaucoup plus réceptif,
      plus de rencontres extra-ordinaires… oui on est plus « au centre »!
      un peu fatiguant en général de parcourir à pied les rues d’une ville mais c’est souvent comment ça que l’on voit bien mieux
      tous ces petits détails qui font le charme du voyage
      oui quelle chance de voyager!!

Répondre à arbrealettres Annuler la réponse.

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