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Archive for 30 août 2017

Soleils couchants (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017


 


 

Ivan Rabuzin 6_1

Soleils couchants

Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées;
Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !

Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde immense et radieux !

(Victor Hugo)

Illustration: Ivan Rabuzin

 

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Moi j’écoute les chants aux vieilles cadences (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Moi j’écoute les chants
aux vieilles cadences
que chantent les enfants
quand ils jouent en ronde
et qu’ils versent en choeur
leurs âmes qui rêvent,
comme versent leurs eaux
les fontaines de pierre:
sur un ton monotone
de rires éternels
qui ne sont pas joyeux,
avec de vieilles larmes
qui ne sont pas amères,
mais disent des tristesses,
des tristesses d’amour
d’anciennes légendes.

Sur les lèvres d’enfants
les chansons rapportent
confusément l’histoire
et clairement la peine;
ainsi que l’eau dit
sa fable, bien claire,
d’anciennes amours
que jamais on ne conte.

Jouant, dans l’ombre
d’une vieille place,
les enfants chantaient…

La fontaine de pierre
versait son éternel
cristal de légende.

Les enfants chantaient
les chants ingénus
d’une chose qui passe
et jamais n’arrive :
confuse l’histoire
et claire la peine.

La fontaine sereine
poursuivait son conte,
l’histoire effacée,
elle disait la peine.

(Antonio Machado)

Illustration: Hans Thoma

 

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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Pitié des choses (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Octavio Ocampo _flor_del_triangulo

Pitié des choses

La douleur aiguise les sens ;
– Hélas ! ma mignonne est partie ! –
Et dans la nature je sens
Une secrète sympathie.

Je sens que les nids querelleurs
Par égard pour moi se contraignent,
Que je fais de la peine aux fleurs
Et que les étoiles me plaignent.

La fauvette semble en effet
De son chant joyeux avoir honte,
Le lys sait le mal qu’il me fait,
Et l’étoile aussi s’en rend compte.

En eux j’entends, respire et vois
La chère absente, et je regrette
Ses yeux, son haleine et sa voix,
Qui sont astres, lys et fauvette.

(François Coppée)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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Artibonite (Jacqueline Beaugé-Rosier)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



riziere-artibonite 

Artibonite

Qu’attends-tu pour chanter des psaumes d’abeilles,
Qu’attends-tu pour étoiler tes yeux d’accents nouveaux
La récolte est sevrée de rires si tes mains
ne s’y prêtent point,

La rizière pleure sans ton coeur d’argile
qui bat au ralenti,
gémit, se ronge, jusqu’au sang
parce que tes pas ont déserté ses allées
tes eaux ne jouent plus entre ses vallonnements
Qu’attends-tu pour reprendre l’alléluia
des maïs d’or
Regarde le soleil écrire l’espoir
du joyeux labeur
mouillé de sueur, nourri du lait
de la terre

Chante les cloches
danse ta ronde
jusqu’à ce que ton coeur tourne,
ta tête tourne
et que tu tombes saoulé de cris
de plaisir et d’amour.

(Jacqueline Beaugé-Rosier)

Illustration

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Lilas (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Lilas

Le lilas s’est levé de bonne heure ce matin,
il a mis sa robe de fête, il s’est entouré de guirlandes,
voyez les jolies fleurs qui brillent dans ses cheveux.
Il n’y a pas de fleur plus aimable que le lilas,
un léger incarnat colore ses joues blanches,
elle a la taille souple et flexible;
sa physionomie candide a cependant un petit air espiègle qui fait plaisir.

Bonjour, charmante fleur.
Où vas-tu, joli petit lilas
—Le printemps est venu ce matin me dire: réveille-toi,
tu dors encore paresseuse; n’entends-tu pas le chant de l’alouette?
Viens m’aider dans mes travaux.
Que de choses nous avons à faire ensemble!

Le ruisseau emprisonné par la glace va redevenir libre,
ne faut-il pas qu’il retrouve ses bords couverts de mousse?
A sa vue, la mousse a reverdi, la rose,
piquée d’émulation, s’est entr’ouverte;
le saule s’est paré de feuilles verdoyantes;
le rossignol est venu se poser sur une de ses branches,
et de ses chants joyeux il a salué le lilas.

Le lilas attire les jeunes gens et les jeunes filles.
C’est la fleur confidente de la jeunesse.
Que de secrets on laisse envoler sous son ombre!
Mais le lilas est discret, il ne trahit jamais les secrets qu’on lui confie.
Qui s’est jamais repenti d’avoir ouvert son coeur au lilas?

(J.J. Grandville)

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Pour Jacqueline (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Francis Picabia -   (1)

Pour Jacqueline

Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.

Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?

Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.

Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !

Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.

Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.

Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.

Oh! ne parlez plus, la petite est morte…

(Ida Faubert)

Illustration: Francis Picabia

 

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LE VOEU (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Antonio Nunziante 1956  Italy 17

LE VOEU

«N’avez-vous pas tenu en vos mains souveraines
La souplesse de l’eau et la force du vent?
Le nombreux univers en vous fut plus vivant
Qu’en ses fleuves, ses flots, ses fleurs et ses fontaines.»

C’est vrai. Ma bouche a bu aux sources souterraines;
La sève s’est mêlée à la fleur de mon sang
Et, d’un cours régulier, naturel et puissant,
Toute l’âme terrestre a coulé dans mes veines.

Aussi, riche et joyeux du fruit de ma moisson
Et du quadruple soir de mes quatre saisons,
Je te donne ma cendre, ô terre maternelle,

Pour renaître plus vif, plus vaste et plus vivant
Et vivre de nouveau la Vie universelle,
Dans la fuite de l’Eau et la force du Vent.

(Henri De Régnier)

Illustration: Antonio Nunziante

 

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