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Poésie

Archive for 2 septembre 2017

LE FUSIL (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

William Burroughs ShotgunArt

LE FUSIL

Auprès de mon lit
J’ai un fusil.
Quand je suis malade
Et que je me réveille en sursaut,
La nuit,
J’ouvre la fenêtre et tire dans le ciel
(Houle dénouée, l’azur paisible porte
Les étoiles par-delà les monts)
En signe de désespoir.
Autour de moi scintillent
Tous mes frères, les morts,
Mes jeunes frères sans yeux.

Et je tire au secours,
Parce qu’il me semble que tout
Brûle autour de moi,
Autour d’eux.

Mon frère m’apporte
De l’eau claire — oh! comme je les vois
Mieux maintenant.
Puis de nouveau la nuit
Et la lourde sueur.

(Srecko Kosovel)

Illustration: William Burroughs

 

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TIREZ (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Zdzislaw Beksinski   20_beksinski [1280x768]

TIREZ

Tirez des salves de désespoir!
Tirez!
Tirez!
Tirez sur les âmes!

Que l’homme malade tombe,
Ames malades, consumez-vous!
Fondez!
Avec de nouvelles ailes vers le jour.

Le ciel est percé,
Le coeur est percé
Et tout
Tout en vain…

(Srecko Kosovel)

Illustration: Zdzislaw Beksinski 

 

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Nous sommes restés assis sur la margelle du puits abandonné (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Nous sommes restés assis sur la margelle du puits abandonné.
Tout avait couleur de ferraille et de poutre enfumée et couleur de fatigue profonde.
Des triangles d’oiseaux rigides parcouraient le ciel à grand bruit.
Désespoir comme la pluie, et jusques à quand tombera-t-elle ?
Petit vieux vaniteux, voulant régner, laissant tuer, battu content, tenait une poupée.
Le temps s’écoulait, réponse évasive, les années en lanière,
entre les doigts des traîtres.
Nous nous sommes regardés en silence.
Nous nous sommes regardés avec le sérieux précoce des enfants d’aveugle.

(Henri Michaux)

 

 

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Illustration: Irma Gruenholz
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVIII)

Au-delà de mes mains refermées sur toi,
au-delà de ce baiser qui nous dénude,
au-delà du dernier mot que tu viens de dire,
il y a le désir que nous tenons vivant contre nous.

Il y a la vie des autres qui remonte de la ville
sans pouvoir aller plus loin que la porte
derrière laquelle les murs écoutent à notre place
le bruit que le coeur des hommes fait dans la rue.

Tu dépasses les herbes
de quelques hauteurs de soleil.
Je te sens à peine bien que je sois sur toi
comme sur la pointe la plus aiguë d’une montagne.

Tu es entière contre chacune de mes mains,
tu es entière sous mes paupières,
tu es entière de mes pieds à ma tête,
tu es seule entre le monde et moi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Illustration: Félix Vallotton
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVII)

Je suis prisonnier de ton visage
à la façon dont un mur l’est du miroir.
Pesé par ton regard,
le monde perd son poids de pierres.

Le chant de ton sang sous la peau
est aussi doux à entendre
que celui des graminées
poursuivies par le vent.

Je sais que la mort ne peut rien me faire
tant que tu restes entre elle et moi,
tant que s’allume dans ta chair
le ver luisant du plaisir.

Le couchant tournoie sur chacun de tes ongles
avant d’aller grossir la terre d’une dernière montagne de clarté
et je peux voir à ton poignet les pas
que ta vie fait pour venir jusqu’à moi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Illustration: Oleg Korolev
    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVI)

A nos regards pris dans la même pierre de présence,
le monde arrive par une fenêtre
où nous nous penchons parfois
de nos corps, hauts comme des promontoires.

La ville est au pied de la chambre où tu te tiens
avec pour horizon celui de tes épaules
et nous touchons jusqu’en son fond
le vivier de feu qui donne sa mesure à l’été.

Tu te refermes sans cesse sur moi
comme deux vagues sur un rocher
et nous n’avons qu’à nous laisser porter par la mer
qui s’étend très loin autour de nos visages.

Perdus dans un pays de chair et de caresses,
nous vivons les quelques milliers d’années
dont notre amour a besoin pour que naisse
une étreinte de chaque goutte de notre sang.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



    

Illustration: Francis Saint-Géniès

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XV)

Le soleil se couche dans les flaques
pour rester plus longtemps sur la terre.
Tu ne peux plus t’en aller de ma chambre
parce que je suis debout sur tes derniers pas.

J’essaie de conquérir
l’insecte que tu respires.
Mais il s’échappe de mes lèvres
pour aller se poser sur mon sang.

Tu ne peux plus sortir du filet
que mes mains tendent sur toi,
tu es au centre de l’étoile de mes pas,
tu es l’unique réponse de ma vie.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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