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Poésie

Archive for 5 septembre 2017

L’amour est un soleil (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




    
Ecoutez, ô mes amis, l’amour est un soleil
Le coeur sans amour est une pierre

Au coeur de pierre que pousse-t-il ? de sa langue sourd le poison
Il a beau dire des douceurs, ses mots font la guerre

Le coeur d’amour, lui, brûle, fond et devient cire
Quant aux noirs coeurs de pierre, ils sont pierre âpre et dure

Au service de ce seigneur, dans le registre saint
L’étoile des amoureux est toujours un messager

Traverse, Younous, les soucis, la forêt s’il le faut
A l’homme il faut d’abord l’amour, puis il est un derviche

(Younous Emré)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Ô amis dites-moi (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




    
Ô amis dites-moi
Combien je dois errer
A quoi je dois m’attendre
Quel gain j’en tirerai

Cette idole croît dans mon âme
C’est elle qui tient mon coeur
Ô c’est elle qui me console,
A quoi d’autre m’attacher

Elle m’a mis en tel état
Que je confonds hier et aujourd’hui
Qu’elle prenne la chair et prenne l’âme
Laissez, c’est moi qu’elle tourmente

Je suis l’orfèvre, elle est mon métal
Je suis l’esclave, elle est ma sultane
Mon esprit c’est elle, elle mon âme, mon coeur
Pourquoi me lasserais-je d’elle

Etre sans elle m’est péché,
Par elle ma fortune est comble
Tant de grâce et tant de faveur
Où les trouver, où les entendre

C’est elle qui me dit Younous
C’est elle qui me perce le sein
C’est elle qui me ravit à moi-même
Or je suis elle, ce moi quel est-il ?

(Younous Emré)

 

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Pour rien ma journée est passée (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Pour rien ma journée est passée
De toi que ferai-je, ma vie ?
Tu n’as pas pu me contenter
De toi que ferai-je, ma vie ?

Venu ? Passé ? Comment savoir ?
Pour moi ni pleurs ni désespoir
Te quitter ? Je ne l’ai pas dit
De toi que ferai-je, ma vie ?

En bien, en mal tout sera mis
Le fil de vie sera rompu
Mon visage se défera
De toi que ferai-je, ma vie ?

Tu partiras sans revenir
Tu reviendrais sans me trouver
Ce moi, ne va pas le prolonger
De toi que ferai-je, ma vie ?

Mais où est ma confiance en toi ?
Ma confiance me consolait
Tous mes acquis ne sont plus rien
De toi que ferai-je, ma vie ?

Pauvre Younous, tu partiras
Curieux voyage tu feras !
Nostalgique tu resteras
De toi que ferai-je, ma vie ?

(Younous Emré)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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LE DINDON (Norge)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



LE DINDON

La maladie du Pourquoi est incurable.
C’est comme une grande démangeaison qui vous mordrait l’âme.
La maladie du Comment n’est pas moins grave :
c’est comme une grande brûlure qui vous mordrait l’âme,
l’âme !
Ah, cette sacrée âme : toujours le dindon de la farce !

(Norge)


Illustration: Francis Bacon

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Je meurs de soif auprès de la fontaine, (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Tremblant de froid au feu des amoureux;
Je suis aveugle et je conduis les autres;
Pauvre en bon sens, l’un des gens avertis ;
Très négligent, souvent soucieux pour rien :
Ma situation est comme ensorcelée,
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Gagnant du temps, je perds mainte semaine ;
Je joue et ris quand la douleur m’étreint;
Mon déplaisir est comblé d’espérance;
J’attends ma chance aux affres du regret;
Rien ne me plait et pourtant je désire;
Joie et chagrin je trouve à ma pensée
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Je suis bavard et me tais à grand peine ;
Déconcerté sans manquer de courage ;
Mon réconfort est aux mains de Tristesse :
Je ne peux pas les esquiver tous deux ;
Dans l’affliction, je fais bonne figure ;
La maladie m’échoit dans la santé
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Envoi

prince, je dis que mon cas désastreux
Et mon profit aussi avantageux,
Je les jouerai au hasard, quelque année
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

(Charles d’Orléans)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Baruch Spinoza (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017


 


 

Baruch Spinoza

Brume d’or, le Couchant pose son feu
Sur la vitre. L’assidu manuscrit
Attend, avec sa charge d’infini.
Dans la pénombre quelqu’un construit Dieu.
Un homme engendre Dieu. Juif à la peau
Citrine, aux yeux tristes. Le temps l’emporte
Comme la feuille que le fleuve porte
Et qui se perd dans le déclin de l’eau.
Qu’importe. Il insiste, sorcier forgeant
Dieu dans sa subtile géométrie;
Du fond de sa maladie, son néant,
De ses mots il fait Dieu, l’édifie.
Le plus prodigue amour lui fut donné,
L’amour qui n’espère pas être aimé.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Le ciel est gris mon âme est grise (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Le ciel est gris; mon âme est grise;
Elle se sent toute déprise,
Elle se sent un parloir nu;
Car le soir, ce soir, m’est venu
Comme un commencement de crise.

La pendule ourle de minutes
Le silence de la maison;
O soir, quel est donc le poison
Que parmi tes crêpes tu blutes,
Pour que j’aie encor ces rechutes ?

Couchant de cendre refroidie;
Crépuscule d’âme indistinct;
Mal du soir qui si mal m’atteint
Que c’est comme une maladie,
Et rien d’humain n’y remédie.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Andrew Wyeth __ Christina’s World

 

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Je vis (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Je vis
la peur au ventre
Peur de quoi ?
De l’apocalypse annoncée
et péniblement reportée
Du tarissement de l’amour
de l’écriture
Du bourreau que j’ai cru oublier
et qui ne m’a pas encore oublié
De commettre quelque ignominie
D’attraper la maladie de la soumission
Ou de mourir par hasard
écrasé comme un chien ?

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

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AUX CHOSES LENTES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




AUX CHOSES LENTES

Blasons, prenons le temps de vous bien déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l’écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu’elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l’éclat de l’amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s’appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l’abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d’une feuille qui tremble.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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