Arbrealettres

Poésie

Archive for 14 septembre 2017

Quand on n’a plus à offrir que le mal de vivre (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Quand on n’a plus à offrir
que le mal de vivre
le ridicule de la douleur
autant se taire
Quelle indécence déjà à se le dire
en croyant toucher
à je ne sais quel art!

(Abdellatif Laâbi)

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pur poète (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PUR POÈTE EST MIS dans le sang écumeux
Est pris entre les lianes turgescentes
Des eaux des yeux des têtes médusantes
Et des douleurs à l’infinie expansion
Quelques bulles crevant de chaleur désirante
Quelques larmes chantant dans leurs creux ténébreux
Et lui le voyeur des chairs bouleversantes.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui porte mon visage ? (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Qui porte mon visage ?
Est-ce moi ? Est-ce toi ?
Mémoire – tel est ton nom, visage !

Le visage est lourd, le visage est léger
des générations de silence
des gouffres traversés
des rires et des douleurs
le visage ne sait que refléter
la lumière d’un espace inconnu
oublié ou futur
le visage est tout ce qui n’est pas moi
le visage aux sept portes
ouvre sur l’inconnu du monde.

Qui invente mon visage ?
Est-ce toi ? Est-ce moi ?
Visage – tel est ton lieu, mémoire !

L’inatteignable : tel est le visage.
Et comme l’horizon, il brille
presque dénué de sens
nu, premier, natal.

(Alain Suied)

découvert ici chez laboucheaoreilles

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANT FUNEBRE (Bedros Tourian)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



 

CHANT FUNEBRE

Voici que s’approchent les heures de ma mort,
Je ne ressens plus toutes mes douleurs,
Je me sépare de toi, ma charmante fleur,
Mais mes pauvres yeux ne cessent de te voir,
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

Patiente un peu, ô mort terrible,
N’as-tu pas pitié de mon cœur douloureux ,
Patiente un peu que je tienne mon amour
Et après cela que je dorme tranquille.
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

Quand je pense que dans un ou deux heures,
Vont me recouvrir, la terre et les vers,
Vont me percer, me perforer de tous côtés,
Mon tendre corps vont le sacrifier.
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

(Bedros Tourian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Steve Emmett

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chair des Choses (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Chair des Choses

JE possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l’on plonge les mains,
Et l’odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’ai froid au cœur (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



J’ai froid au cœur je tremble
du fond de la douleur je t’appelle
avec un cri inhumain
comme si j’accouchais

tu m’étrangles comme la mort
je sais cela misérablement
je ne te trouve qu’agonisant
tu es belle comme la mort

tous les mots m’étranglent

(Georges Bataille)

Illustration: Fernand Khnopff

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Celui qui parle à cette bouche (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Konstantin Kacev 25

Celui qui Parle a cette Bouche

Celui qui parle à cette bouche
ne peut plus croire aux ferveurs
que l’enfance gardait pour la mort.

Poursuivi par ses pas
et toujours aussi loin de sa vérité,
il n’existe plus qu’en ses songes.

Chaque jour, il secoue sa terre
mais il en reste assez sous ses pieds
pour faire croître la douleur
jusqu’au point où les yeux sont des tiges cassées.

Le vent traverse ses mains
fissurées par le sang.
Parfois, quelqu’un frappe
personne n’entre, il n’y a plus de portes
il n’y a plus que des yeux
mal éclairés par le soir
et l’or qui remonte du cœur
comme un feu déjà gris.

(Lucien Becker)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES CYGNES SAUVAGES (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



OLYMPUS DIGITAL CAMERA

LES CYGNES SAUVAGES

Toute la nuit, la tempête avait fait rage,
attisant le brasier de ma douleur.

A l’aube, je suis allée m’asseoir dans le belvédère
où j’attendais, autrefois, mon bien-aimé.

Il pleuvait encore. La rivière charriait des troncs d’arbres.
Exténuées d’avoir lutté contre la tourmente,
les pivoines du jardin ne pouvaient se relever.

Deux cygnes sauvages vinrent lisser leurs plumes sous le belvédère.
J’ai laissé tomber sur eux mes larmes,
pour qu’ils les apportent à mon bien-aimé.

(La Flûte de Jade)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

OMBRES ANCESTRALES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



 

OMBRES ANCESTRALES

Je te respire.
Je t’apaise pour que tu sortes de moi.
Je t’engourdis dans l’étendue
d’une lumière soeur.
Je te tète
jusqu’à la lie du désastre.

Le ciel pique une étoile errante
sur ma poitrine. Je vois le vent
comme un témoin, la nuit immense
qui est tombée
dans un dédale de chênes,
la distance.

Je te hante
jusqu’au seuil de douleur.
Je te vide de ta force.
Je te défie,
te déifie
pour rien et
pour personne.
Je deviens
ton nécessaire et plus violent
héritier.

(Paul Auster)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ÉCOUTE en rêvant (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



J’ÉCOUTE en rêvant… La fraîcheur de ta voix
Coule, comme l’eau du verger sur la mousse,
Et vient apaiser mes douleurs d’autrefois,
Vierge à la voix douce.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :