Arbrealettres

Poésie

Je fus le temps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Ron Mueck  
    
Je fus le temps

Je fus le temps de ces métamorphoses,
d’une saison à l’autre plus exquises,
le pèlerin d’une mer sans limites.

Je naviguais par une force obscure,
je m’inscrivais sur la page du Temps
sans que les mots ralentissent ma course.

Un goéland m’invitait à le suivre.
Il dérivait plus vite que le vent
pour déjouer tous mes itinéraires.

J’ai navigué par la rame et le vin.
Où fut le rêve, où fut l’errance, où furent
des cris perdus les miettes éparses ?

Ai-je existé dans l’autre imaginaire ?
Suis-je le roi de mon île engloutie ?
Surgi des eaux, ne suis-je qu’un mirage ?

Lorsque le Temps jette ses mouches mortes,
je vois le ciel qui s’ouvre comme un ventre.
Il faut crier mais les cris sont taris.

Éternité : le nom de mon périple.
La terre seule est mesure des jours.
Nous échangeons des paroles perdues

pour oublier le vertige final.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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