Arbrealettres

Poésie

LÉNA (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 

ALEXANDER ANUFRIEV  (4)

LÉNA

Je pense à toi
et ton image bâtit autour de moi une forteresse à tel point
inébranlable
que ni le bélier des nuages
ni la poix molle de la pluie
ne peuvent rien
ô ma citerne de silence
contre le mur percé d’étoiles dont tu m’as circonscrit

Les chiens rampent et les gens
jouent des coudes ou poussent des cris
Le manège sans orgue ni flonflons du monde
tourne
avec son auréole d’yeux d’enfants
jeu de bagues des Paradis

Je rêve en toi
ma citadelle sans fossés ni pont-levis
sans murs sans tours sans pierres ni mâchicoulis

Je m’endors en buvant le vin très dense de ton ombre
qui couvre de son architecture sans autre poids que celui qui
se compte aux balances d’obscurité et de lumière
us les monts et tous les champs
toutes les vignes et tous les pays

Jadis
ma bouche narguait le beau temps
alors que mes regards ne redoutaient rien tant
que l’ouragan de l’univers
Ignorant si j’étais une bête
un arbre
un homme
des vents absurdes me drossaient
mes bras en tous sens battaient l’air
et mon destin tombait comme tombent des pommes

Mais aujourd’hui
ô toi si pâle
parce que tu es mon ciel et le double miroir qui multiplie les
murs et verse l’infini dans ma prison
j’écoute le sifflet des nuages
je ne crains plus rien ni personne
je parle aux neiges de l’hiver

(Michel Leiris)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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