Arbrealettres

Poésie

Gardien de Phare (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Gardien de Phare

Quand j’étais seul dans mon île
J’allais sur la plage.

Il y avait un repli
D’où je n’entendais qu’à peine
La clameur du flot.

Je m’y couchais à plat ventre
Et j’isolais sur le sable
Un petit caillou veiné.

Le contemplant de tout près,
Je l’aimais comme un visage;
Il devenait mon trésor
Et mon compagnon.

Je partageais avec lui
Un abri fait de mes mains
Et je nous sentais tous deux
Moins perdus dans l’Univers
Et moins accablés.

J’essayais de lui parler,
Je disais mon nom tout bas,
Mais aussitôt ce caillou
Ne m’était plus rien
Et ma voix m’épouvantait
Comme une étrangère.

Alors, me levant d’un bond,
J’allais galoper longtemps
Au bord de l’écume.

Pour occuper plus d’espace,
Pour multiplier mon âme
Sur ce monde aveugle,
Comme on fait d’un tison rouge
Dont on griffe les ténèbres.

Puis je m’arrêtais, soufflant
Et traçais, en grandes lettres,
Sur le sable lisse et frais,
Des mots sans suite, des mots!

Et quand je les regardais
Ils se mettaient à parler
D’une voix puissante et claire
Qui dominait l’Océan,
Qui s’étalait sur le ciel
Et me remplissait d’échos.

(Charles Vildrac)

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