Arbrealettres

Poésie

Archive for 28 septembre 2017

Nous sommes sur la frontière (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Nous sommes sur la frontière
Alertés en pays de conscience
Et prêts à la plongée.

Deux feuilles brunes en tourbillon
Sont passées. Présages de fées.

Dans la chaleur, le vide,
Les esprits de l’air nous entraînent.
Le vieux mur va s’ouvrir, flexible comme l’eau.

Voyageurs immobiles, quelle fièvre
Nous habite, perdus dans l’ineffable visage ?

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Ce qui m’intéresse c’est la joie (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration: Noèla Morisot
    
Ce qui m’intéresse c’est la joie.

Elle ne vient pas par le chemin des palmes,
Elle chante derrière quelque chose,
Perpétuellement en route. Comme l’eau
Derrière le rocher, le vent derrière la porte :

Apprivoiser les mots, leur laisser passage
Entre les arbres. Par quelle route non pavée
Viennent l’adoration et la magie ?

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Encore un peu de temps (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Encore un peu de temps
et nous serons heureux.

Voici que nous dormions.

Le sommeil est un arbre
et sous l’écorce
nous étions beaux et nus.

Un chevreuil de sang
a charge de guetter,

son oreille nocturne n’entend
que le glissement hors saison

des heures qui ne sont à personne.
« Encore un peu de temps », dit la voix.

Elle dit aussi :
« Écris ce livre car les paroles restent,

celles qui sont nées sans lèvres.
Prononce la parole qui est source de vie ».

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Le temps se plaît (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Le temps se plaît sur les limites du feuillage.
Comment vivre avec douceur, dans ce silence ?
Les mots s’effondrent.

L’habitude du malheur et de la joie nous a donné
Une âme de paille et d’airain.
Et voici que désarmé je passe dans un monde sensible
Où les ombres supplient.
Le temps est amer, disent-elles.

Et je me courbe, j’ai mal au cœur,
Les taches de rouille sur les mains
Parlent de la Terre Promise.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Ne serait-ce qu’une fois (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Ne serait-ce qu’une fois, si tu parlas de liberté,
Tes lèvres, pour l’avoir connue, en ont gardé le goût du sel,
Je t’en prie,
Par tous les mots qui ont approché l’espoir et qui tressaillent,
Sois celui qui marche sur la mer.
Donne-nous l’orage de demain.

Les hommes meurent sans connaître la joie.
Les pierres au gré des routes attendent la lévitation.

Si le bonheur n’est pas au monde nous partirons à sa rencontre.
Nous avons pour l’apprivoiser les merveilleux manteaux de l’incendie.

Si ta vie s’endort,
Risque-la.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Préface à l’Amour
Editions: Les cahiers du Sud

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La Belle (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
La Belle

Ce que j’ai gagné, c’est la mort.
Transparente, universelle.
Elle a mes yeux ouverts, regarde.
Depuis que je l’ai gagnée, elle me suit…

Elle ne promet rien et donne tout.
Elle fuit ?
Je la cherche.
Je voulais vivre ?
Elle apparaît.

« Je ne t’ai point abandonné, dit-elle.
Je te connais par cœur. »…
Ne nous attendrissons pas.

Rien n’est pressé.
Nous avons le temps.
Personne ne nous attend….

Depuis que je me suis noyé sans le savoir,
je n’ai jamais cessé de faire
de la mousse et de l’écorce.

Très jeune, très vieux, je ne sais,
je joue avec toi comme avec une petite fille.
Je sais seulement que tu es douce
comme la neige qui étouffe…

Je ne savais pas que j’avais à t’aimer.
Ce que j’ai cherché ailleurs, c’est ta jeunesse,
celle qui donne au songe le goût de risquer sa vie.

J’ai failli être immortel.
Quelle blague !…
Si j’ai aimé les fleurs, les fruits, les êtres,
tu me les prêtas.
Je te les rends.

Préparons les noces.
La mariée n’est jamais trop belle.
Fais signe.
Quand tu voudras.

(Jean Malrieu)

 

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Ici, c’est un recoin de la grâce (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



    

Ici, c’est un recoin de la grâce
où la beauté m’est une épée.
Elle a des prête-noms :
rosier, amour, rigueur.

Derrière le rosier est mon amie.
Elle habite ce village,
ne ferme jamais sa porte.

Comment ?
Est-ce ainsi
que vous vivez avec votre âme ?

Oui. Nous sommes chez nous.
Tout est donné :
terre et vie avec démesure.

Le bonheur y entretient
d’étroits rapports avec l’humilité.
Une journée ensoleillée
est un trésor de pauvre.
Je suis ce pauvre.

La porte de service chez mon amie
s’ouvre sur l’éblouissement.
Là, l’espace, au bout d’une longe,
piaffe dans le grand arbre.

Je tiens les rênes du ciel.
La route mène au prodige.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Les Maisons de feuillages

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Ce soir (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Ce soir

Ce soir, quand les phalènes des prairies
feront leurs gerbes de neige autour de la lampe,
imagine mon amour.

J’ai peu de temps comme elles
pour danser la joie et la mort.
Un regard distrait de toi suffira.
Je viens des limites de l’ombre avec des douleurs si fines
qu’il m’a fallu beaucoup de peine pour prendre ce déguisement.

Vois, j’ai pris forme alors que je ne suis que désir.
J’ai traduit en couleur ce que transportent les distances,
ce que hurle la pollution nocturne des ruisseaux,
ce qu’attend le bolet blanc qui vient de naître sous la fougère,
ce que signifie la chute d’une pomme sauvage dans un fourré.

Comment te dire que l’amour du monde,
c’est moi, pour un très petit instant de grâce,
frappant au carreau allumé avant de m’y fracasser.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Le plus pauvre héritier

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Cette plainte merveilleuse de l’âme (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Cette plainte merveilleuse de l’âme,
c’est l’amour.

Écoute-la.

Je n’ai point d’âge,
mais, nourri d’épices,
chargé de sel, couvert d’humus,
empli de choses à naître,

Je suis maître de moi
comme d’un navire,
et mon corps est un voilier
d’avril, de vice, d’impudeur.

J’ose aimer et je délire.
Notre amour sent le lys et le soufre.
Désir rauque, fouette-moi de tes ronces.
Je lutte avec toi dans la broussaille.

Cherche-moi.
Trouve-moi.

Les herbes giclent vert.
Nous sommes un printemps au monde,
Acharnés comme des lutteurs
au-dessus de la mort.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Possible imaginaire

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Printemps (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Printemps

La branche jaillit.
Le chemin secret des eaux voit le jour.
Moi le ciel, toi la terre, moi le sable,
toi le ruisseau, moi les reins, toi l’abondance,
avec en plus la rencontre du temps prédestiné,
moi l’histoire, toi l’événement,
mêlés, roulés, confondus, essoufflés, perdus.

Moi la silice, toi le grain d’eau,
moi le chagrin, toi le repos,
les jours, les nuits, leur alternance.

Une branche verdit qui nous unit d’un seul élan,
toi la sève, moi l’écorce,
toi le bourgeon, moi la feuille.

Le sang qui est amour a coulé
au long des berges de la mémoire,
salué je ne sais quel dieu noir,
je te souris et tu m’enchantes,
je t’enlace et tu me prolonges
sur le grondement même des eaux.

Le temps fleurit en ses racines profondes.
Il règne ici l’odeur et la fragrance du jasmin.
Toi la douceur, moi le regard,
toi la narine, moi la tempe.
Ma voix, ta voix
sont les gémissements des bienheureux.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: À leur sage lumière

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