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Poésie

Archive for 10 octobre 2017

Que ma première certitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration:Annie Swynnerton
    
Que ma première certitude soit de toi
À la chaude Clarté du matin
Et ma première Crainte, que l’Inconnu
Dans la nuit ne t’engloutisse

***

Let my first knowing be of thee
With morning´s warming Light –
And my first Fearing, lest Unknowns
Engulph thee ni the night –

(Emily Dickinson)

 

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Je désire toujours (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Je désire toujours

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole,
Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ;
Mendier un espoir comme un pauvre une obole,
Le recevoir parfois, et longtemps s’en nourrir !

Puis, lorsqu’on y croyait, dans ce monde frivole
Ne pas trouver un cœur qui se laisse attendrir !
Sans fixer le bonheur voir le temps qui s’envole ;
Voir la vie épuisée, et n’oser pas mourir !

Car mourir sans goûter une joie ineffable,
Sans que la vérité réalise la fable
De mes rêves d’amour, de mes vœux superflus,

Non ! je ne le puis pas ! non, mon cœur s’y refuse
Pourtant ne croyez pas, hélas ! que je m’abuse :
Je désire toujours… mais je n’espère plus !

(Louise Colet)

 

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Jalousie (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Jalousie

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler
A vos jeux… si je sens mon âme se troubler,
Si soudain sur mon front une ride se creuse,
Si ma pensée empreint sa trace douloureuse
Sur mes traits, que l’on voit se couvrir de pâleur,
Ce n’est point jalousie, ô femmes ! c’est douleur !

Du bonheur passager de la nouvelle épouse,
De ses illusions je ne suis pas jalouse.
Quand elle apparaît, j’aime à l’entendre applaudir,
A voir sous l’oranger son front pur resplendir,
Sa parure éblouir la foule qui l’entoure,
J’aime à la croire heureuse alors qu’elle savoure
Cet encens que le monde aux femmes jette un jour,
Encens de vanité parfumé par l’amour !…

Mais ce qui me torture et fait fléchir mon âme,
C’est de voir auprès d’elle assise une autre femme,
Jeune de son bonheur dont elle prend sa part,
Fière de ses succès, l’adorant du regard,
Et la nommant tout haut sa fille, ô peine amère !
Je suis jalouse alors, car je n’ai plus de mère !

(Louise Colet)

 

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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Lettre à Louise Colet (Gustave Flaubert)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

Lettre à Louise Colet

Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas.
Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre.

C’est quelque chose de mélangé et de profond,
quelque chose qui me tient par tous les bouts,
qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités.

Ta réalité y disparaît presque.
Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi,
je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens?

L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement,
ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela.

Je contemple (comme si je la voyais)
ta figure tout éclairée de joie,
quand je lis tes vers en t’admirant,
alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal,
d’orgueil et d’attendrissement.

Si je pense à toi au lit, c’est étendue,
un bras replié, toute nue,
une boucle plus haute que l’autre,
et regardant le plafond.

Il me semble que tu peux vieillir,
enlaidir même
et que rien ne te changera.

(Extrait de lettre du 21 ao0t 1853)

(Gustave Flaubert)

 

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On peut mentir dans la vie (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
On peut mentir dans la vie
mais pas dans un poème

(Yvon Le Men)

 

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Je t’aime (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: René Julien
    
Je t’aime

voilà
c’est dit.

Mais qu’ai-je dit
ente disant je t’aime?

J’ai dit je
j’ai dit tu
j’ai dit aime.

Mais le chemin entre les deux
l’ai-je parcouru
avec toi?

Je t’aime
mais qu’ai-je fait de ce verbe
trop grand pour moi

comme des habits de fête
qui ne sortent pas le dimanche

des chants
qui raclent au fond de la gorge

des pas qui trébuchent
aux frontières de la danse?

Je t’aime
et je suis là
le verbe ballant au bout des bras

ne sachant plus que faire de mes mains
ni où les mener.

(Yvon Le Men)

 

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Après l’amour (Denise Boucher)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Après l’amour

Tu dors heureux d’abandon

dans un pli d’éternité
sur le bleu de nos draps
au fil de nos eaux salées
tu dors dedans ton destin
sur la ligne de l’horizon
où tombent les voiliers
tu reviendras pirate
plein l’oeil de métamorphoses
sur la terre ronde des retours
ma main sur ton coquillage
les yeux à nouveau fermés
tu rediras mon amour
mon amour entends-tu bien
le chant bleu des baleines
épaves humides de la nuit
nous resterons immobiles
attendant une autre marée
où nous serons mouillés
par les vagues nouvelles
parce que la mer est mémoire
et qu’un jour de jeunesse
elle nous avait fait la peau

Tu dors heureux mon amour

(Denise Boucher)

 

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Partout où il n’y aura rien (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Louis Roland Trinquesse
    
Lettres à Sophie Volland

J’écris sans voir. Je suis venu;
je voulais vous baiser la main et m’en retourner.

Je m’en retournerai sans cette récompense;
mais ne serai-je pas assez récompensé
si je vous ai montré combien je vous aime?

Il est neuf heures,
je vous écris que je vous aime.
Je veux du moins vous l’écrire;
mais je ne sais si la plume se prête à mon désir.

Ne viendrez-vous point
pour que je vous le dise
et que je m’enfuie?

Adieu, ma Sophie, bonsoir;
votre coeur ne vous dit donc pas
que je suis ici?

Voilà la première fois
que j’écris dans les ténèbres:
cette situation devrait m’inspirer
des choses bien tendres.

Je n’en éprouve qu’une:
je ne saurais sortir d’ici.

L’espoir de vous voir un moment m’y retient,
et j’y continue de vous parler,
sans savoir si j’y forme des caractères.

Partout où il n’y aura rien,
lisez que je vous aime.

Paris, le 10 juillet 1759

(Denis Diderot)

 

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Je t’aime (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
À mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand la sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

(Léo Ferré)

 

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