Arbrealettres

Poésie

Ossia, mon ami lointain (Nadejda Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Ossia, mon ami lointain, mon amour,

[…]

Qu’il est long et difficile
de mourir seul — seule.

Est-il pour nous, inséparables,
ce sort-là?

L’avons-nous mérité, nous,
chiots, enfants, et toi, ange?

Et tout poursuit son cours.
Et je ne sais rien.

Mais je sais tout,
et chacun de tes jours,
et chacune de tes heures
me sont clairs et visibles,
je les vois comme dans un délire.

Tu venais me visiter chaque nuit dans mes songes,
et moi je te demandais sans cesse
ce qui t’était arrivé,
et toi tu ne me répondais pas.

[…]

J’ignore si tu es vivant ou non,
mais à partir de ce jour-là, j’ai perdu ta trace.
Je ne sais pas où tu es.
M’entendras-tu?

Sais-tu combien je t’aime?
Je n’ai pas eu le temps de te dire
combien je t’aimais.

Ni ne sais le dire à présent non plus.
Je ne parle qu’à toi, qu’à toi.

Tu es toujours à mes côtés et moi,
sauvage et mauvaise,
qui n’ai jamais su simplement pleurer,
je pleure, je pleure, je pleure.

C’est moi, Nadejda.
Où es-tu?
Adieu.

Nadejda

Dernière lettre de Nadejda Mandelstam à son mari Ossip.
(Extrait de la lettre du 22 octobre 1938, traduit du russe par Sophie Momzikoff)

(Nadejda Mandelstam)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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