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Poésie

Archive for 15 octobre 2017

La fruste chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La fruste chanson

Le soleil a fondu la neige,
Plus rouge qu’un coquelicot,
Margot mets ton beau caraco,
Enfile ta jupe de bouège.

Il pleut des fleurs à l’aventure,
Le vent a des meuglements sourds
Comme un taureau qui fait l’amour;
Viens-t-en nous deux à la pâture.

Dans l’odeur des épines blanches
Clignotant leurs yeux de rubis,
Nerveuse échine et maigre hanche,
Les boucs caressent les brebis.

Les crapauds dont la gorge halète,
S’accouplent au chant des coucous.
Ah! Margot, l’amour est bien doux
Pour les gens comme pour les bêtes!

(Marie Dauguet)

 

 

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Courante (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

 

Illustration: Pierre Corratgé
    
Courante

Mon coeur est lourd comme un caillou;
Le vent souffle on ne sait d’où
Piquant comme un buisson de houx;
Au bord de l’étang qui frissonne,
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Soleil couchant sur un champ d’orge,
Il est rouge autant qu’une forge
Mon coeur brûlant dedans ma gorge
Et qui, telle une enclume, sonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Fleurant la mousse et la bourdaine,
J’ai mis ma jupe de futaine
Et chaussé mes sabots d’ébène.
Au vent âpre qui tourbillonne
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Mon coeur est lourd! Ma gorgerette
Est de fin chanvre, ma cornette
D’indienne, mon épinette
Du Val d’Ajol vibre et résonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Las, mé! mon corps est en lambeaux
Aussi pantelant que l’agneau
Qu’un loup déchire en son liteau,
Car mon bon ami m’abandonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson du jasmin fleuri (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La chanson du jasmin fleuri

Tant de mornes cinéraires
D’un violet mortuaire
Sous le terne effleurement

Du jour captif de la serre
Sans qu’un rayon les éclaire,
Languissent inertement!

En la paix crépusculaire
Où donc es-tu, ma lumière,
O mon beau jasmin soyeux?

La neige inlassable tombe
Sur le vitrail et la tombe
Est moins sombre que les cieux.

Quelle torpeur s’éternise
Où lentement agonise
Le rêve silencieux?

Ah! sortons parmi la neige,
Les lacs sanglants et les pièges,
Parmi les luisants remous

De l’herbe haute qui craque,
Où sournoisement nous traque
La troupe hagarde des loups.

La neige et le vent m’oppressent;
Au jardin bleu des tendresses
Jadis tu t’épanouis,

O mon beau jasmin! La neige
Implacablement m’assiège
Où mes pas sont enfouis.

Loin des mornes cinéraires
Et des tiédeurs de la serre,
Je vais, les yeux éblouis,

Cueillir la fleur que j’adore,
Aux blancheurs qui s’évaporent
Par les cieux endoloris.

A travers les bois farouches,
J’ai ton parfum sur la bouche
Que levent âpre meurtrit,

Et je crois parmi la nue
Baiser enfin ta chair nue,
O mon beau jasmin fleuri!

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson de la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La chanson de la lune

Au lac de claire améthyste
Se mire la lune blonde
Et sa lumière m’inonde,
Fausse, à travers tes yeux tristes.

Mais trop d’incertaines dunes
Sous les pêchers qu’on émonde,
Pleines de fosses profondes,
Roses dans du clair de lune,

En la vague violette,
De la couleur qu’ont les prunes,
Des vergers où dort la lune
Vraiment trop d’effroi qui guette!

Eparse à travers cette onde
Que brise et meurtrit la rame,
Aux étangs bleus de mon âme
Se mire la lune ronde.

C’est ta tendresse ambiguë
Qui sourit au ras des vagues:
Fleurs des pêchers qu’on élague,
Rameaux des pourpres ciguës.

Je cueillerai ces fleurs tristes,
Hélas! sans créance aucune,
Au songe du clair de lune
Sur les étangs d’améthyste.

(Marie Dauguet)

 

 

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La rouge chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La rouge chanson

Mes oiseaux à l’aile meurtrie,
Le coeur en sang,
Que le vent d’octobre charrie
Au hasard, sans
Egard pour vos ailes meurtries;

Mes vagues oiseaux qui sombrez
Aux berges moites
Des étangs givreux, sur les prés
Noirs où miroite
Cette eau glacée où vous sombrez;

Outardes, macreuses transies
Dans les remous
Du vent froid qui vous supplicie,
Cadavres fous
Que bercent les brumes transies;

Oiseaux, voici mon coeur en sang
Dressant son phare
Parmi l’ouragan frémissant
Qui vous égare;
Oiseaux, voici mon coeur en sang.

Il est l’étrange sanctuaire
Tout luisant d’or,
Où mieux qu’au lit des estuaires
Dorment des morts
Sous la pourpre de leurs suaires.

Brisez, brisez les vitraux d’or,
Ailes blafardes,
Qu’en moi s’éteigne votre essor,
Grèbes, outardes;
Brisez, brisez les vitraux d’or.

Dormez, désirs, l’aile meurtrie,
Mourez aussi,
Délivrés du vent qui charrie
Les vols transis;
Dormez, désirs, l’aile meurtrie.

Dormez sous les dams sanglants,
Les pourpres lourdes,
Dont le calme va s’étalant
En splendeurs gourdes,
Dormez, dormez oiseaux sanglants!

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson de la pâle filandière (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

Illustration: Louis Toffoli

    

La chanson de la pâle filandière

La pâle filandière
De ses doigts de mystère
File le lin des suaires,

Au fond du donjon mort,
Entre ses doigts retors,
Le lin froid des remords;

Au fuseau qui s’harasse,
Ainsi qu’une vie lasse,
Le lin s’embrouille et casse…

La filandière pâle,
Près du vitrail d’opale
Où la lune s’étale,

File. Lividement,
Comme un spectre d’amant,
L’astre s’en vient dément,

Pendant qu’un hibou crie,
Baiser ses mains maigries
Par le temps défleuries.

File pour ton amant,
Très pâle filandière,
De tes doigts de mystère
Un suaire d’argent.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’inerte chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
L’inerte chanson

Combien de baisers en suspens
Au bord des lèvres affamées
Et parmi les palais absents
De princesses inanimées
Dormant à jamais embrumées
Sous l’or de leurs cheveux dolents.

Combien à l’ancre au fond du port,
Et malgré les voiles vermeilles,
Souplement arquant leur essor,
De bateaux captifs qui sommeillent
Et qui jamais n’appareillent
Que vers ce havre noir, la Mort.

Combien de lys n’ont point éclos
Dont l’aube dédaigna l’offrande;
Et, sur des îles de coraux
Où leurs bras vainement se tendent,
Combien d’exilés qui t’attendent,
O Mort, sous tes verts oripeaux!

(Marie Dauguet)

 

 

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La tendre chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

La tendre chanson

Tu viendras dans ma chaumière
T’asseoir un matin de mai,
Sur ma couche de bruyère,
Dire combien tu m’aimais.

Je mettrai dans ta main douce
Ma main et nous pleurerons,
Ainsi que l’eau sur la mousse,
Tous les deux nous pleurerons.

Nous aurons l’âme candide
Et tendre comme l’orée
Des halliers encore humides
Et que baigne la rosée.

Tous deux nous palpiterons,
– Roucoulez, les tourterelles! –
Et tant de baisers feront
Autour de nous un bruit d’ailes.

Nous serons aussi sauvages
Que le faon craintif qui broute
L’écorce dans les triages
De l’acacia qui s’égoutte.

Nous sentirons dans nos âmes
Fleurir les bourgeons des hêtres
Et s’entr’ouvrir les jusquiames
Que les lièvres viennent paître;

Nous serons paisibles, doux,
Infiniment oublieux
Des autres, enfin heureux,
Heureux comme sont les loups.

(Marie Dauguet)

 

 

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La chanson de la rose (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La chanson de la rose

Je cueillerai la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

Je cueillerai la rose aux jardins de ma belle
Dessous les arbres bleus où boivent les gazelles;
Où des faons vont broutant, aux chansons des piverts,
L’ombre des gazons verts.

Hélas! dans cette tour ma belle est endormie;
Pour y cueillir la rose, au baiser de ma mie,
Oiseau bleu, bel oiseau, il faut monter bien haut,
Porte-moi sur ton dos.

O belle, dormez-vous comme en un reliquaire,
Votre anneau d’or au doigt, au fond d’un englivière?
Alors que me conduise un beau poisson nageant
Vers votre lit d’argent.

La rose et le lilas aux jardins de mon rêve
Ne refleuriront plus, car les amours sont brêves;
Le mistral a tari le fleuve, en mon coeur mort,
La tour s’est effondrée avec ses créneaux d’or!

Où donc cueillir la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

(Marie Dauguet)

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