Arbrealettres

Poésie

Archive for 25 octobre 2017

Mais oui mais oui (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Illustration: Marc Chagall

    
Mais oui mais oui, quand vous voudrez
oui mes amours oui ma raison
depuis si longtemps j’écoute
je vous entends je vous entends
oui porte ouverte sur l’été
oui mes amours quand tu voudras
de moi-même je sortirai
oui mon oiseau oui mon soleil, ma vérité!

(Jean Tardieu)

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE SYLLOGISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
LE SYLLOGISME

(Sur un air de complainte.)

Immortel est Socrate :
on parle encore de lui.
Or, Socrate est un homme,
or, on parle des hommes,
donc, immortels ils sont.

lmmortels sont les êtres
qui vivent sur la terre
les bêtes, les poissons,
les plantes et les pierres,
immortelles la vie
et la réalité.
Mais moi, moi qui vous parle,
je suis fait pour mourir,
telle est la vérité.

A chaque instant je meurs
je meurs à chaque aurore
et tout ce qui revit
et tout ce qui sourit
et l’amour immortel,
ils vivent de ma mort.

Quand je ferme les yeux
je sais que la lumière
continue à briller,
quand je ferme la bouche
je sais que la matière
continue à crier.
Donc, tout est immortel,
et moi, moi qui vous parle
je suis fait pour mourir
il n’en faut pas douter.

Sur cette sépulture
ou je resterai seul
laissez dormir les gens
laissez dormir les bêtes
laissez dormir les pierres
qui feignent de mourir :
moi je dors pour de bon
moi je meurs pour de bon
dans un monde immortel.

(Jean Tardieu)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

METAMORPHOSES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Illustration: Julia Chausson 
    
METAMORPHOSES

Dans cette nuit noire
que nous fait l’Histoire
j’avance à tâtons
toujours étonné
toujours médusé :

je prends mon chapeau
c’est un artichaut

j’embrasse ma femme
c’est un oreiller

je caresse un chat
c’est un arrosoir

j’ouvre la fenêtre
pour humer l’air pur
c’est un vieux placard
plein de moisissures
je prends un crapaud
pour un encrier
la bouche d’égout

pour la boîte aux lettres
le sifflet du train
pour une hirondelle
le bruit d’un moteur
pour mon propre coeur
un cri pour un rire
la nuit pour le jour
la mort pour la vie
les autres pour moi.

(Jean Tardieu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CONSEILS DONNES PAR UNE SORCIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    CONSEILS DONNES PAR UNE SORCIÈRE
(A voix basse, avec un air épouvanté, (à l’oreille du lecteur.)

Retenez-vous de rire
dans le petit matin!

N’écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins!

Ne dites votre nom
à la terre endormie

qu’après minuit sonné!
A la neige, à la pluie

ne tendez pas la main!
N’ouvrez votre fenêtre

qu’aux petites planètes
que vous connaissez bien!
Confldence pour confidence :

vous qui venez me consulter,
méfiance, méfiance!
On ne sait pas ce qui peut arriver.

(Jean Tardieu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOLIPSISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
SOLIPSISME

(Accent parigot. Véhémence et certitude
agressive. Avec gestes.)

Qui c’est qu’est là
quand j’y suis pas?

C’est-i l’bureau?
C’est-i la porte?
C’est-i l’parquet?
C’est-i l’plafond?
C’est-i la rue?
C’est-i la terre?
C’est-i le ciel?
Ah, nom de nom!

Quand j’y suis pus
Y-a pus personne.
A preuve? C’est que quand j’reviens
je ramèn’ tout à la maison :
et v’là la terre
et v’là le ciel
et v’là la rue
et ma maison
et v’là la porte
et v’là l’parquet
et v’1à l’plafond!

(Jean Tardieu)

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le seuil (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Le seuil

J’ai palpé bien souvent quelqu’invisible porte,
Aprement tourmenté la clé entre mes doigts;
J’ai guetté des lueurs à travers les parois
Sans qu’un rayon jamais révélateur en sorte.

Vainement j’ai frôlé, parmi les vignes tortes,
L’impénétrable mur fait de nuit et d’effroi,
La fenêtre était close en l’or des feuilles mortes
Et l’étrange logis restait muet et froid.

Depuis j’ai déserté le seuil inaccessible;
Au mystère des bois noirs que le brouillard crible,
Je cherche le palais d’éclatante splendeur
Où des dieux inconnus se lassent de m’attendre,

Le parvis lumineux où je puisse suspendre,
Bouquet ensanglanté, l’offrande de mon coeur.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les vitres éteintes (Gaston Puel)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Illustration
    
Les vitres éteintes.

Quand le gel attise les étoiles,
Si légères dans la nuit d’hiver,
Volettent les cendres des poètes.

Ils furent des morts discrets :
Un paquet-poste pour cercueil,
Une lettre pour épitaphe.

Maintenant ils ont fait leur nid,
Cherchez-les dans la devinette,
Chasseurs dans l’arbre blottis.

Ne riez pas, perdez-vous dans les branches,
C’est ainsi que Pétrarque rejoignait
Celle par qui le laurier le ceignit.

Ne riez pas, les chasseurs sans fusil,
Tête en bas, nous écoutent et déboulent
Comme des lièvres d’entre les mots.

Ils sont l’oubli, le vent,
S’il pleut ils sont la pluie
Qui ne supplie personne.

Rose de neige, vigne effeuillée,
Nul ne vient sangloter
Sur les vitres éteintes.

J’écris vos noms, amis, soyez heureux,
Tout est sans nom, tout est poussière
Dans l’invisible où rien ne meurt.

(Gaston Puel)

 

Recueil: L’Âme errante et ses attaches

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nos habitudes (Jacques Prevel)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches

Ici il y a l’indéterminé
Toute la misère éclatante
Des pans entiers écroulés du sommeil
Des lézardes et des rigoles de boue glacée
Et des paroles haletantes qui se maintiennent
Comme des feux follets
Comme la prescience de nos cris de haine
Ici il y a le tabernacle du mépris
Et nos vies somnambuliques
Nos yeux hagards et révulsés
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a les glaciers infranchissables
Du sarcasme et de la folie
Ici il n’y a rien qui soit au monde

(Jacques Prevel)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AUTRES VOIX, CREATURES (Carlo Betocchi)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
AUTRES VOIX, CREATURES

Dieu sait pourquoi, dans la cour,
les oiseaux se chamaillent : un grain,
peut-être, de millet
ou de leur pauvre
amour, car le vacarme ne dure
qu’un instant ; puis silence. Alors que le soir
s’obscurcit et, en lui-même, les oublie.

Mais moi je les ai entendus ; et de ces
cris, plus que je n’ai dit,
je sens dans mon coeur les feux,
fixes, comme d’étoiles.

***

ALTRE VOCI, CREATURE

Litigan, chissà di quanto,
nella corte, i passeri : un grano,
forse, di miglio,
o di quel loro gramo
amor, ch’è strepito di soltanto
un attimo ; e tace. Mentre la sera
imbruna, e in sé li oblia.

Ma io li udii ; e di quelle
voci, più che non dissi,
sent(‘ nel cuore i fissi
fuochi, come di stelle.

(Carlo Betocchi)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si tu restes avec moi (Gottfried Heinrich Stölzel)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Illustration: Rémy Disch
    
Si tu restes avec moi, alors j’irai en joie
Vers ma mort et mon doux repos.
Ah ! comme elle serait heureuse, ma fin,
Tes jolies mains fermant mes yeux fidèles!

***

Bist du bei mir, geh’ ich mit Freuden
zum Sterben und zu meiner Ruh’.

Ach, wie vergnügt wär’ so mein Ende,
es drückten deine schönen Hände mir die getreuen Augen zu!

(Gottfried Heinrich Stölzel)

Découvert ici: https://cequetesyeuxvairons.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :