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Poésie

Archive for 27 octobre 2017

Tes seins (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



De nouveau j’évoque
tes seins que dénude le soleil
tes seins en surplomb
qui se balancent au rythme de la marche
tes seins que tu m’offres généreusement….

et ton regard d’extase
torturé de pureté
ton regard vierge
sensuellement s’ouvre
aux images de la perversité.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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Toutes les plantes ce matin (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
Toutes les plantes ce matin
toutes les bêtes et tous les hommes
sont sortis d’une seule maison
ils se divisent sur les routes
il n’y a rien au-dessus d’eux
que la lumière.

(Jean Tardieu)

 

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LE MONDE IMMOBILE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
LE MONDE IMMOBILE

Puits de ténèbres
fontaine sourde
lac sans éclat

présence épaisse
battement faible
l’instant est là

rien ni personne
une ombre lourde
et qui se tait

j’attends des siècles
rien ne résonne
rien n’apparaît

sur ce tombeau
l’espace bouge
c’est ma pensée

pour nul regard
pour nulle oreille
la vérité.

(Jean Tardieu)

 

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La belle fête (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
La belle fête

L’étoile qui tombit
— Pardieu la belle fête!
l’étoile qui tombit
le cheval qui sautit
le fleuve qui coulit
ils m’ont donné à rire
ils m’ont donné à rire
Bell’ dame!
à rire et à chanter.

La branche qui cassit
— Pardieu la belle fête!
la branche qui cassit
le cheval qui chutit
le char qui se rompa
le pont qui s’écroulit,
ils m’ont point tant fait rire,
ils m’ont point tant fait rire,
Bell’ dame!
tant rire que trembler.

La dame qui passit
— Pardieu la belle fête!

(Jean Tardieu)

 

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La Place de la Concorde (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
La Place de la Concorde

Il n’y avait ce jour-là
il n’y avait ce jour-là
que deux personnes dans Paris
dans Paris
un petit Monsieur à Montmartre
une petite dame à Montsouris
à Montsouris.

Du sud au nord du nord au sud
de bon matin ils sont partis
sont partis
sur la place de la Concorde
sur la place de la Concorde
ils se sont rencontrés à midi
à midi.

Bonjour Monsieur bonjour Madame
bonjour Madame bonjour Monsieur
ah je vois bien dit-il dit-elle
c’est pour ça que nous étions partis
étions partis.
Mais nom de nom dit-il dit-elle
mais où sont donc les habitants?
les habitants?

Elle lui répond il lui répond :
chacun mon bon chacun ma belle
chacun croit qu’il n’y a personne
sinon l’amour de lui pour elle
sinon l’amour d’elle pour lui,
d’elle pour lui.

C’est ainsi mon bon ma belle
c’est ainsi ma belle mon bon
c’est ainsi qu’il n’y a personne
c’est ainsi qu’on est des millions
des millions.

(Jean Tardieu)

 

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Comptine (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    

Comptine
(Voix d’enfant; zézaiement recommandé.)

J’avais une vache
elle est au salon

j’avais une rose
elle est en chemise
et en pantalon

j’avais un cheval
il cuit dans la soupe
dans le court-bouillon

j’avais une lampe
le ciel me l’a prise
pour les nuits sans lune

j’avais un soleil
il n’a plus de feu
je n’y vois plus goutte
je cherche ma route
comme un malheureux.

(Jean Tardieu)

 

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L’homme qui n’y comprend rien (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
L’homme qui n’y comprend rien

Telle chose vient
telle autre se passe
telle autre s’en va.
Ne trouvez-vous pas
qu’on n’y comprend rien?

Bien souvent les hommes
se trouvent mêlés
à leur propre vie
sans avoir compris
ce qui s’est passé.

Tenez une histoire
pas très compliquée
pourtant quel mystère!
J’étais sur le quai,
elle dans le train;
le train est parti,
et je suis resté
debout sur le quai.
Jamais depuis lors
je ne l’ai revue
je n’ai rien compris
Que s’est-il passé?
Que s’est-il passé?

Autre phénomène
j’vais vous raconter
Dieu sait où ça mène,
quelle étrangeté!
J’étais endormi,
m’voilà réveillé,
j’étais dans la nuit,
fait jour aujourd’hui,
j’étais immobile,
j’me mets à bouger,
je vais dans la rue
un homme apparaît
un instant après
il a disparu,
c’était le printemps
puis il a neigé,
puis c’était l’automne
puis c’était l’été
j’sais plus dans quel ordre
ça s’est succédé :
Que s’est-il passé?
Que s’est-il passé?

J’étais jeune et brun
j’avais des cheveux
et beaucoup de dents
j’étais mince et pâle…
Je suis rouge et blanc
je suis blanc et rouge
chauve et empâté
ridé, édenté,
je n’y comprends rien.
Que s’est-il passé?

Mais voici le pire
j’avais une idée
pour vous en parler
et tout en parlant
je l’ai laissé filer
Bon Dieu quelle histoire
me voilà stupide
devant vous Madame
devant vous Monsieur
N’ayant rien à dire
je vais m’en aller.
Que s’est-il passé?
Que s’est-il passé?

(Jean Tardieu)

 

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Rengaine à pleurer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



 

Illustration: Victor Hugo
    
Rengaine à pleurer
(Résigné mais clairvoyant)

J’ai beaucoup appris
et tout entendu
je n’ai rien compris
et rien retenu.

J’avais entrepris
j’avais entendu
je m’étais perdu
je m’étais repris
puis j’ai tout perdu.

Quand ils ont compris
que j’étais perdu
ils m’ont attendu
ils m’ont entendu
ils m’ont confondu
puis ils m’ont tout pris
puis ils m’ont pendu.
Puis m’ayant pendu
m’ont donné un prix
un prix de vertu.

Alors j’ai compris :
tout était perdu.

(Jean Tardieu)

 

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Étude de voix d’enfant (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
Étude de voix d’enfant
Rengaine pour piano mécanique
(Comme un rémouleur superbe et désabusé.)

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps.

D’autres viendront quand même
respirer le beau temps
c’est pas toujours les mêmes
mais y a toujours des gens.

Sous le premier empire
y avait des habitants
sous le second rempire
y en avait tout autant.

Même si c’est plus les mêmes
tu t’en iras comme eux
tu t’en iras quand même
tu t’en iras chez eux.

C’est pas moi c’est mes frères
qui vivront après moi
même chose que mon grand-père
qui vivait avant moi.

Même si c’est plus les mêmes
on est content pour eux
nous d’avance on les aime
sans en être envieux.

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps…

(Jean Tardieu)

 

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Étude de voix d’enfant (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



Illustration
    
Étude de voix d’enfant

Les maison y sont là
les deux pieds sous la porte,
tu les vois les maisons?

Les pavé y sont là
les souliers de la pluie
y sont noir mais y brillent.

Tout le monde il est là
le marchand le passant
le parent le zenfant
le méchant le zagent.

Les auto fait vou-hou
le métro fait rraou
et le nuage, y passe
et le soleil, y dort.

Tout le monde il est là
comme les autres jours
mais c’est un autre jour
c’est une autre lumière :

aujourd’hui c’est hier.

(Jean Tardieu)

 

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