Arbrealettres

Poésie

Archive for 31 octobre 2017

Pas de partage (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration
    
Pas de partage entre toi et moi
Mais pas de séparation non plus — pareils
À éclair et nuage: pas d’union ni d’association
De quel sang nos corps
Témoignent
Quand le lieu devient temps
Dans la tradition de nos organes
Et que le temps devient lieu?

(Adonis)

 

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Rends-nous à notre eau (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
Nous répéterons
Il sera dit si nous ne répétons pas
Que nous sommes finis
Rends-nous à notre eau — dans le fond
Où gisent le flux
Et le reflux
Toi, source, notre source qui afflue dans nos deux corps
Rends-nous à nous-mêmes

(Adonis)

 

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Printemps (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
Printemps

De lointaines tiédeurs, errantes mains, caressent,
Moiteur de peau sortant des troncs velus que pressent
Le lierre et les lichens. La volupté confond

Les bras humains avec la courbure assouplie
Des bouleaux étirant leur geste qui supplie;
Et mon désir comprend, frémit et leur répond.

C’est l’amour qui m’enlace et c’est lui qui m’enfièvre
A travers le vent chaud dont m’étouffe la lèvre;
Je lui ouvre ma chair qui veut et qui consent.

La force que j’adore, en la brise aromale
Flotte indiciblement; la sève triomphale
Dans un suprême élan vient se mêler au sang.

Unité de la vie: Elle est moi, je suis elle;
Je coule éperdument en sa mer qui ruisselle,
Atome extasié, sans pensée et qui jouit

De n’être plus disjoint du pollen des narcisses,
Ni du cri des oiseaux, ni des sourdes délices
Où ce qui doit durer s’aime et s’épanouit.

(Marie Dauguet)

 

 

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LE SENS DE LA VIE (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
LE SENS DE LA VIE

(Je voudrais louer ce que font les dieux
et je trouve les dieux injustes.
Sophocle)

Crois-moi

Crois-moi, ne regarde pas la vie en face,
Mais par les midis clairs ou par les nuits d’étoiles,
Silencieusement quand tu la vois qui passe,
Pour savoir ce qu’elle est n’écarte pas son voile.

Raccroche la tunique à son épaule nue
Et que son pas raidi recouvre la sandale;
Afin qu’elle te reste à jamais inconnue,
Rattache sur son front le lourd bandeau d’opale.

Et, si parfois tu la devines familière
Qui s’assied près de toi, plus douce et moins farouche
Avec des fleurs aux doigts, respecte son mystère;
Veut-elle te parler, mets ta main sur sa bouche.

Beaucoup sont morts d’avoir pénétré son langage,
D’avoir un soir de lune, écoutant leur envie,
D’un geste curieux dévoilé son visage,
Car la science de vivre est d’ignorer la vie.

(Marie Dauguet)

 

 

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Celui qui a passé la mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



    
Celui qui a passé la mer
et celle qui fait peu de chemin
et tous les autres
nous bougeons comme les doigts de la main.

(Jean Tardieu)

 

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UNE FEMME UN OISEAU (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
UNE FEMME UN OISEAU

L’oiseau très grand, qui survolait la plaine
au même rythme que les creux et les collines,
longtemps nous l’avions vu planer
dans un ciel absolu
qui n’était ni le jour ni la nuit.
Une cigogne? Un aigle? Tout ensemble
le vol silencieux du chat-huant
et cette royale envergure
d’un dieu qui se ferait oiseau…

Nos yeux un instant détournés
soudain virent descendre la merveille :
c’était la fille de l’aurore et du désir
ange dans nos sillons tombé avec un corps
plus féminin que l’amour même et longue longue
posant ses pieds à peine sur le sol car le vent de ses ailes
la soulevait encore. Enfin le lisse et blanc plumage
sur cette femme de cristal se replia. Elle semblait ne pas nous voir
ni s’étonner qu’un lac
au-devant de ses pas s’étendît… déjà

elle y plongeait en souriant pour elle-même
heureuse de se souvenir
des éléments antérieurs
et d’un temps sans limite… Elle ourdit dans cette eau transparente
les signes d’un langage inconnu
puis s’ébrouant, cernée de perles,
de nouveau brillante et glacée,
elle frappa du pied la terre… Telle je la vois encore
légèrement inclinée en avant
et déjà presque détachée,
telle nous l’avons vue monter et disparaître dans l’azur.

C’est depuis ce temps-là que je sais
par quel subtil vouloir et quels secrets mouvements
nous pouvons voler quand tout dort.

(Jean Tardieu)

 

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L’ombre grandit (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



&

Illustration: Amanda Clark
nbsp;   
L’ombre grandit comme les morts
Entre le jour
et la nuit
j’hésite

(Jean Tardieu)

 

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Mais non vous ne souffrirez pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration: Gustav Klimt
    
Mais non vous ne souffrirez pas
Ce ne sera qu’un seul instant
D’ailleurs nous serons près de vous

(Jean Tardieu)

 

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MAUVAISE MÉMOIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration: René Magritte
    
MAUVAISE MÉMOIRE

… Mais quel était ce souffle aux pavés de l’aurore?
Quelle était cette odeur de légumes jetés
le linge au noir balcon comme un signal glacé?
Quel était ce regard qui me surveille encore?

Mais quelle était mais quelle était dans cette ville
cette fumée? et ce silence? et tout à coup
ces heurts, ces coups de feu de bataille civile?
Quelle était la clameur qui venait jusqu’à nous?

Quel était votre nom quel était mon visage?
Que faisions-nous ainsi l’un à l’autre inconnus?
Sans savoir qui je suis sans savoir qui je fus
je revois une main qui se tend sous l’orage

un visage qui pleure, une porte fermée.

(Jean Tardieu)

 

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ll rayonnait (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



 


    
ll rayonnait hors de l’espace, — dans le Temps.

On ne pouvait le voir qu’en fermant les paupières.

On y entrait par un dédale de souvenirs.

On en sortait béants sur l’abîme futur…

C’était cet astre fou ce monstre irradiant,
ce puits sempiternel d’horreur et de chaleur
qui hurle dans le ciel au milieu de sa meute,
cet énorme et cruel démon, — dont le souci
est la croissance des jacinthes.

(Jean Tardieu)

 

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