Arbrealettres

Poésie

Archive for novembre 2017

Dans la pénombre de la cathédrale (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Dans la pénombre de la cathédrale,
Où la veilleuse veille sur l’image sainte,
La nuit vivante plongera bientôt
Ses yeux dans tes yeux sans sommeil.

Des paroles de sagesse céleste
On sent jaillir les forces de la terre.
Sous les voûtes, c’est l’ombre mystérieuse,
lci — le froid d’un banc de pierre.

L’intense feu d’une rencontre brève
A soufflé son haleine de là-haut
Sur tous ces cierges assoupis,
Sur les images saintes, sur les fleurs.

L’inspiration naît du silence,
Et tes desseins me sont cachés,
Et se pressent confusément la connaissance,
Et le frisson de la colombe et du serpent.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Posant le pied (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration
    
Posant le pied sur les premiers degrés,
Je regardais les lignes de la terre.
Les jours s’obscurcissaient — mes accès de fureur
S’éteignaient peu à peu dans le lointain rosé.

Mais, tourmenté et cherchant le malheur,
L’esprit pleurait — dans l’abîme étoilé
S’ouvraient les eaux d’un océan de feu,
Un rêve inconnu murmurait mon nom…

(Alexandre Blok)

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La porte a grincé (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
La porte a grincé. Ma main a tremblé.
Je suis sortie dans les rues assoupies.
Là-haut, dans les nues, les nuages glissent,
Illuminés à travers le brouillard.

Dans leur sillage — un son familier…
Mon coeur s’éveillera-t-il aujourd’hui?
Est-ce la vie nouvelle, est-ce la vie passée,
Ou les deux qui semblent me répondre ?

Si les nuages apportaient le mal,
Mon coeur tremblerait-il ainsi?
La porte a grincé. Ma main a tremblé.
Des larmes. Et des chants. Et des plaintes.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Autour (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Autour, ce n’est que vaste plaine,
Cohue de souches calcinées.
Puis — la vallée chère à mon coeur,
Sous les nuages qui s’étirent.

Et rien ne me séduit là-bas,
Je touche le lointain du doigt.
C’est ici, qu’entre ciel et terre,
Morose, séjourne l’ennui.

Il creuse jour et nuit la terre,
Il creuse et retourne le sable.
Parfois il pousse un cri plaintif,
Et puis se tait — jusqu’au suivant.

Tout ce qui vient, tout ce qui fut —
Ce n’est que cendre froide et morte,
Comme ces pierres sur la tombe
De l’amour, dans les champs perdue.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Dans mes rêves (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration: Geneviève Peyrade
    
Dans mes rêves, est-ce toi, que j’ai vue, chantante,
Passer sur la Neva, quitter la capitale?
Toi, qui as détourné l’effroi secret du coeur,
Vaillante comme un homme et douce comme une vierge ?

Comme un chant infini, tu as rallié les neiges
Et répété les mots précoces du printemps.
Étoile, tu marohais dans les rayons du jour
Vers moi, illuminant les places et les rues.

Oui, je te chante, oui! Mais ta lumière brève
A disparu soudain dans les brumes lointaines.
Je scrute du regard les pays mystérieux —
Et je ne te vois pas, et Dieu se fait attendre.

Mais tu viendras — l’ombre vermeille refermera
Le cercle mystérieux qui tarde à se mouvoir.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Oh! pardonne-moi ! (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration
    
Oh! pardonne-moi ! Tu fleuris, solitaire,
Et je ne puis ramener
Tous ces songes dorés, cette foi si profonde…
Ma route est sans issue.

Au comble du bonheur, l’idée somnole en toi,
Tu es forte d’azur.
Mais ma vie est tout autre — tout autre mon chemin,
Et l’âme doit veiller.

Il n’y a pas, crois-moi, de prosterné plus triste
En ce vaste pays,
Où respirait, aimait ton mystérieux génie,
De moi insoucieux.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Je Te pressens (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Je Te pressens. Les années passent et fuient —
Sous la même apparence je Te pressens.

L’horizon est en feu — clarté insoutenable,
Et j’attends en silence — languissant et aimant.

L’horizon est en feu, l’apparition est proche,
Mais j’ai peur soudain que Tu changes d’apparence,

Et que tu fasses naître un soupçon insolent,
En modifiant les traits qui me sont familiers.

Oh! je tomberai — et amer et humilié,
Sans avoir triomphé de ce rêve mortel!

L’horizon est clair. Le resplendissement est proche.
Mais j’ai peur soudain que Tu changes d’apparence.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME

Le vent a apporté de loin
L’écho d’un chant de printemps,
Là-haut, dans le ciel profond,
Un lambeau lumineux s’est creusé.

Dans ces abîmes d’azur,
Dans l’imminence du printemps,
Pleuraient les tempêtes d’hiver,
Fusaient les songes étoilés.

Une plainte sombre et profonde
A résonné sur mes cordes,
Le vent a apporté de loin
L’écho de tes chants éclatants.

***

Ce qui t’anime, je l’ai compris —
Et je te barre le chemin.
La flamme des désirs d’ailleurs
Frémit dans ton sein virginal.
Mes faibles mots, contre ce feu,

N’ont pas la force de lutter,
Lorsque tu vas à la rencontre,
De l’origine, proche et lointaine !
J’ai tout compris, je me retire.
Le jour qui vient est jour béni.

Joyeuse dans l’ombre vermeille,
Tu t’es échappée de la nuit.
Mais je vois ta robe de Vierge,
J’ai vécu ce jour avec toi…
Que l’âme reste inguérissable —
Le songe passé est béni.

***

Tu pars dans l’ombre vermeille,
Dans les cercles infinis.
J’ai entendu l’écho léger,
J’ai entendu des pas lointains.

Es-tu proche ou bien lointaine,
T’es-tu égarée dans les nues?
Me faut-il guetter la rencontre
Dans ce silence si sonore?

Dans le silence on entend mieux
Les pas lointains qui résonnent,
Est-ce toi qui, flamboyante,
Refermes les cercles infinis ?

***

Ma prophétie s’est accomplie :
Avant la tombe, encore une fois,
Ton Sanctuaire s’est embrasé
Du feu d’une force secrète.

Et, tout empli de ce triomphe,
Et enivré du grand secret
Je sais — ce n’est pas un hasard
Si s’accomplit la prédiction.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME
(1901-1902)

Préambule

Tout repos est vain. Le chemin est ardu.
Le soir est splendeur. Je frappe au portail.

Inflexible et sourde à mes coups répétés,
Tu répands des perles tout autour de toi.

La maison est haute, et le soir s’est figé.
L’énigme rouge sur le seuil s’est couchée.

Qui au crépuscule incendie les maisons,
Des mains de la Princesse Elle-Même élevées?

Chaque feston de bois ouvragé
Jette vers toi une flamme vermeille.

La coupole s’élance dans l’azur infini.
Les fenêtres bleues ont du rouge à leurs joues.

Dans tous les clochers, les cloches bourdonnent.
De printemps éternel ta robe est baignée.

Est-ce toi qui m’attends chaque soir au couchant?
Qui a mis le feu? Et ouvert le portail?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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À pas lents, pesants (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
À pas lents, pesants, obstinés,
Dans la nuit noire m’en allant,
Empli d’un espoir infini,
Répétant cent fois la prière,
Je sais — la prière portera
Secours à l’espérance claire,
La pesante foi posera
La pierre lente du labeur.
À pas lents, pesants, obstinés,
Je mesure les chemins de la nuit:
Empli d’une foi infinie
J’espère atteindre le matin.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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