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Poésie

Archive for 13 novembre 2017

DEVANT SOI (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
DEVANT SOI

Les dernières étincelles au bout des barres
Étoiles
Les trajectoires se dispersent dans les rideaux du ciel
C’est l’ombre qui traîne
Le sous-bois est plus sombre
Il ne fait pas encore nuit
sur la route
Les arbres se sont endormis
Entre les murs quelqu’un appelle
et passe
Un éclair d’hirondelle
Les roues tournent en remontant
On n’écouterait pas ce chant
Dans l’air où les oiseaux se cachent
Des noms dans le temps qui s’effacent
Et seul celui qui reste
Entre les bras levés qui jamais ne se lassent
En attendant que quelque chose vienne
On ne sait quoi

(Pierre Reverdy)

 

Recueil: Main d’oeuvre
Editions: Mercure de France

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Une feuille de hêtre ! (Marcel Martinet)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
Une feuille de hêtre !

De ma fuite d’entre les hommes
Avais-je escompté
La libération sans borne et sans rivage,
La révélation magique, le miracle ?

Peut-être.

Mais je n’ai rapporté
Que cette feuille d’arbre,
Cette petite feuille à peine dentelée.

Est-ce là ce miracle
Qui m’aurait commandé de marcher jusqu’au soir
Et qui m’aurait permis de rentrer chez les hommes ?

J’avais imaginé peut-être
Des horizons prodigieux,
La découverte de secrets
Cachés encore à tous les yeux,

Des renaissances de visages,
La majesté des choses vierges
Jamais nommées, jamais connues.
Je ne me souviens plus. Peut-être.
Mais je rapporte en témoignage
La petite feuille de hêtre.

(Marcel Martinet)

 

Recueil: Une feuille de hêtre
Editions: Plein chant

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SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

Illustration: Paolo Uccello
    
SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO

La poésie se fait dans un lit comme l’amour
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois

Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent

L’oeil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer
embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt

Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins

Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis

L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix

(André Breton)

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MÊME QUAND NOUS DORMONS (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
MÊME QUAND NOUS DORMONS

Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Le Dur Désir de durer
Editions: Seghers

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LA GIRAFE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
LA GIRAFE

La girafe et la girouette,
Vent du sud et vent de l’est,
Tendent leur cou vers l’alouette,
Vent du nord et vent de l’ouest.

Toutes deux vivent près du ciel,
Vent du sud et vent de l’est,
À la hauteur des hirondelles,
Vent du nord et vent de l’ouest.

Et l’hirondelle pirouette,
Vent du sud et vent de l’est,
En été sur les girouettes,
Vent du nord et vent de l’ouest.

L’hirondelle fait des paraphes,
Vent du sud et vent de l’est,
Tout l’hiver autour des girafes,
Vent du nord et vent de l’ouest.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Chantefables et chantefleurs

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BERCEUSE À AUSCHWITZ (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
BERCEUSE À AUSCHWITZ

Mon bel enfant en habit bleu
Te voilà bien vêtu de velours angoissant

Mon bel enfant en habit de faim
Je suis le grand nuage où tu cherches du pain

Mon bel enfant en habit de sang
Ta mère ne peut plus te reverser le sien

Mon bel enfant en habit de vers
Ils brillent pour ta mère comme des étoiles

Mon bel enfant en habit de folie
Au crochet de mon coeur vous pendrez ces guenilles

Mon bel enfant en habit de fumée
Vous ne m’avez pas dit si je peux me tourner.

(Pierre Morhange)

 

Recueil: Le Blessé

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Tombe La Neige (Salvatore Adamo)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
Tombe La Neige

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Et mon cœur s’habille de noir
Ce soyeux cortège
Tout en larmes blanches
L’oiseau sur la branche
Pleure le sortilège

Tu ne viendras pas ce soir
Me crie mon désespoir
Mais tombe la neige
Impassible manège

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Tout est blanc de désespoir
Triste certitude
Le froid et l’absence
Cet odieux silence
Blanche solitude

Tu ne viendras pas ce soir
Me crie mon désespoir
Mais tombe la neige
Impassible manège

(Salvatore Adamo)


 

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Que serais-je sans toi (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017


horloge_dali

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

(Louis Aragon)

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L’AUTRUCHE EN MORCEAUX (Kôtarô Takamura)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

L’AUTRUCHE EN MORCEAUX
BOROBORO-NA DACHÔ

Quel intérêt de garder une autruche?
Au jardin zoologique, dans un enclos boueux de treize mètres carrés,
Ses pattes ne font-elles pas des enjambées trop larges?
Son cou n’est-il pas allongé démesurément?
Dans un pays où, de plus, tombe la neige, ses plumes ne s’en
vont-elles pas trop en morceaux?
L’estomac rétréci elle doit bien manger du pain dur mais
L’oeil de l’autruche ne regarde-t-il pas au loin seulement?
Ne brûle-t-il pas comme si elle avait perdu corps et biens?
Ne s’est-elle pas postée en attente comme si le vent d’émeraude
allait venir souffler?
Un rêve infini ne s’enroule-t-il pas dans cette innocente petite tête?
Cet être ce n’est plus une autruche, n’est-ce pas?
Assez! Soyons humains!
Arrêtons ce genre d’entreprise!

(Kôtarô Takamura)

 

 

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Ce qui tombe et passe (Nyûdo Saki no Dajôdaijin)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



Ce n’est pas seulement la neige
Du jardin, où la tempête
Entraîne les fleurs:
Ce qui tombe et passe,
C’est moi-même.

(Nyûdo Saki no Dajôdaijin)


Illustration: Hokusaï

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