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Poésie

Archive for 15 novembre 2017

Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Malanie Quentin
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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La sagesse des verts (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
La sagesse des verts

Verts cendreux, flétris, effacés
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur lassé
Epris d’ombre et de cécité,

Verts des mousses à la racine
D’un vieil érable desséché,
Sourds autant qu’un sanglot caché
Mourant au creux de la poitrine.

Nuance vraiment d’un mystique
Pénétrant, rappelant la fine
Tonalité des dalmatiques
Qu’un reflet de cierge satine.

Et verts, pourtant inconsolés
Sous le ciel d’hiver impassible,
Parlant de désirs immolés
Et de rêves inaccessibles

Ou que le réel étouffa…
Vert mélancolique et d’antan
Qu’ont les gourgouran de sopha
Ou les menuets chevrotants

Au fond du passé; verts des mousses
Qui parez cet arbre chancreux,
Vous scandez, accord qui s’émousse,
Un langage mystérieux.

Mais, ô paroles estompées,
J’ai saisi vos subtilités
Et je comprends vos mélopées
De tristesse et de volupté,

Verts cendreux, effacés, flétris
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur épris
De néant et de cécité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Je m’assiérai… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Je m’assiérai…

Je m’assiérai au pied d’un chêne
Pour écouter la chute vaine
Des feuilles dans le soir mourant.

Rongeant la mousse et la bourdaine,
J’écouterai, qui les ravine,
L’eau s’écouler en soupirant;

S’éffacer aux combes baignées
D’ombre, le rythme des cognées
Qui trouble le bois endormi;

Sous la hache qui le dépèce
Le hêtre qui penche et s’affaisse
Et son cri lentement gémi,

Comme sorti d’une âme humaine.
J’écouterai craquer les faînes,
Et les glands avec un bruit doux

Tomber en frôlant l’herbe sèche,
Puis tout à coup la pie-grièche
Eclater de rire. Dessous

La mousse, dans son trou humide,
Le mulot rentrer et, fluide,
Aux rameaux pourris déchirant

Ses lambeaux, crépiter la brume.
Las! tout s’éteint et se consume….
O mon coeur, pèlerin errant,

Dépose ton bourdon, ta gourde
Et le manteau. Voici la tourbe
Où le ruisseau s’anéantit,

Dans la paix des choses qui meurent
Entre comme en une demeure,
Mulot sous la terre blotti.

Aux sources que la ronce obstrue
Et s’engourdissant sous la crue
Des feuilles rousses, mire-toi.

Pareil à ce méchant érable,
Toi que lasse l’insaisissable
Rêve, vers l’ombre courbe-toi.

Libéré surtout de toi-même,
Sois cet inconscient poëme:
Au creux des serpolets velus

L’eau de mystère et de silence
Et d’où nul sanglot ne s’élance,
L’eau qui dort et ne souffre plus.

(Marie Dauguet)

 

 

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Il piaule des bouvreuils… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Il piaule des bouvreuils…

Il piaule des bouvreuils aux rameaux décharnés;
Sur mes soleils flétris, sur mes espoirs fanés,
Pleurez mon coeur.

Vous êtes dans le vent sinistre et meurtrier
La fuite de l’averse aux cailloux du sentier,
Pleurez mon coeur.

Vous êtes le bouleau que le vent a brisé,
L’oiseau qui sur son nid couve des oeufs brisés,
Pleurez mon coeur.

Les blasphèmes du vent emplissent l’horizon
Comme ceux d’un forcat les murs de sa prison,
Pleurez mon coeur.

Seule une âme comprend tout ce que vous souffrez:
C’est l’âme des grands bois par le vent torturés,
Pleurez mon coeur.

Car ce qui vous console est d’unir, coeur dément,
Vos sanglots forcenés aux cris des éléments,
Pleurez mon coeur.

(Marie Dauguet)

 

 

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Viens nous-en… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
Viens nous-en…

Viens nous-en aux pentes rudes
Où la bruyère fleurit,
Ecouter la solitude,
Le bris

De l’herbe sèche et la brume
S`égoutter des ajoncs morts;
Aux bouleaux mouillés qui fument
L’essor

Des geais fuyards, et cette aigre
Chanson vibrer du vent faux,
Promenant dans l’herbe maigre
Sa faux.

La rauque plainte s’étrangle
De l’eau sous les joncs fleuris,
D’où quelque vol en triangle
Surgit.

Ecoutons tomber les baies
Blettes au pied des sorbiers
Et pleurer la sourde plaie
De nos désirs prisonniers.

(Marie Dauguet)

 

 

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A l’ombre des alisiers… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
A l’ombre des alisiers…

A l’ombre des alisiers,
J’écoute la mouille lascive
Et son cantique à la dérive
Si tendrement psalmodié.

Je l’écoute à travers la vase
Le sanglotement jamais las,
Plaintes que vous eûtes, suaves
Livres que l’amour assembla.

J’aime l’odeur des herbes rousses,
Fourrure où s’enfoncent mes mains
Et que l’eau fuyante rebrousse
En se frayant de bleus chemins.

J’aime l’amertume qui rôde,
Forte et puissante comme un cri,
Des bois que l’automne corrode,
Appel que mes sens ont compris.

J’aime me coucher sur la terre
Comme sur un coeur oppressé;
Appuyer mon coeur solitaire
D’immenses désirs harassé;

Sentir mon corps ardent se fondre,
Métal dans un creuset dissous,
Nature, en ta langueur profonde,
Près de la mouille aux spasmes doux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Les bois…

Les bois ont des douceurs de cimes
Bleuâtres comme sont les nues;
Sur le banc où nous nous assîmes
Tombe l’ombre des branches nues.

La source mollement s’étire
Au ras des pentes défleuries,
Avec le pli las d’un sourire
Sur des lèvres endolories.

Nulle voûte d’or et nul porche
Triomphant qui s’ouvre et s’allume.
Flamme de cierge, âme des torches
Et léthargique encens qui fume.

Brume des brumeuses fontaines,
Avec des gestes de mystère,
Disparaissent les formes vaines
Des rêves qui nous enchantèrent.

O mon songe triste…! qu’il dorme
Sans plus errer, pauvre âme en peine,
Sous les rameaux noueux des cormes,
Brume des brumeuses fontaines,

Qu’il dorme…! en la vase odorante
La source douloureuse pleure
Et le soleil, sombre amaranthe,
Se fane en l’ombre qui l’effleure.

(Marie Dauguet)

 

 

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Que j’aime au fond des bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Que j’aime au fond des bois…

Que j’aime au fond des bois la plainte souterraine,
Fuyant sous le gravier, d’une source captive!
L’anneau de fer verdit au pavé qui le rive
Parmi l’amas des glands, des cornes et des faînes.

Partout la mousse étend autour de la fontaine
Son velours moite; à peine, amoureuse et pensive,
Murmure obscurément, à travers la bourdaine
Et le houx, l’eau suintant aux glèbes de la rive.

Mon coeur est cette source en pleurs au fond des bois,
Qu’entoure le silence et voile le mystère,
Que nul rayon ne frôle, où nul oiseau ne boit;

Mais vers la sombre dalle approche et penche-toi,
Ecoute pour toi seul du flot crépusculaire
La chanson s’égrener comme un divin rosaire!

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous irons dans les bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Nous irons dans les bois…

Nous irons dans les bois silencieux et doux
Au glissement des feuilles mortes
Et nos baisers seront silencieux et doux
Comme le bruit des feuilles mortes.

Pémètre-t-on jamais, tant vont se dissolvant
Les baisers fervents que l’on rêve,
Si l’on vit, si l’on pense ou si, parmi le vent,
On est la cendre qu’il soulève?

Le songe luit parfois et tel un bref éclair,
La certitude qu’on vous aime,
Puis on dit:  » Je ne sais si la chair de ma chair
Est mienne ou bien reste elle-même.

La bouche qui sourit est la même qui ment;
Demain le coeur de ma maîtresse
Sous d’autres mains aura le divin tremblement
Qu’il eut jadis sous mes caresses.

Le regard qui promet est le même qui ment;
Le même baiser peut éclore
Pour d’autres sur sa bouche et le même serment
Monter aux lèvres que j’adore. »

Nous irons dans les bois silencieux et doux
Où se meurent les marjolaines,
Et parmi le brouillard silencieux et doux
S’effaceront nos formes vaines.

(Marie Dauguet)

 

 

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Au fond des vergers d’or… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Camille Pissarro
    
Au fond des vergers d’or…

Au fond des vergers d’or que l’automne délaisse,
Sur les murgers verdis et parmi les bois d’une
Séraphique douceur, comme nimbés de lune,
La brume a répandu sa traînante caresse.

Emplissant les halliers de bleus frissonnements,
Le vent passe courbant les fougères roussies;
Tendrement exalté, de ses baisers d’amant
Il effleure les bois, jouit et s’extasie.

Tout cherche encor l’amour, languit, implore, espère;
Je sens à travers l’air qui suinte, et se devine,
Reflets errants du ciel, haleine de la terre,
La même obscure ardeur qui brûle en ma poitrine.

Le ciel passionné comme un coeur agonise;
Et, mêlant leurs accords en des rythmes fervents,
Mélodieusement confondus s’harmonisent
Les sanglots du désir et les plaintes du vent.

(Marie Dauguet)

 

 

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