Arbrealettres

Poésie

LES PARFUMS (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Malinowsky
    
LES PARFUMS

J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances,
Haleine aux soirs dormants qu’ont les chanvres rouis,
Les trèfles que l’on fauche en la brume enfouis
Et les sainfouins qu’un souffle matinal balance.
J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances.

Je connais la douceur que vos parfums renferment,
Chambres à four où le pain brûlant fume encor,
Margelle des vieux puits parés de mousse d’or
Et, pleine de fumier, cour sereine des fermes.
Je connais la douceur que vos parfums renferment.

J’ai saisi quelquefois, rêvant dans l’écurie,
Où le souffle des boeufs sortant des mufles blonds
Monte en brouillard d’azur, un peu l’âme qu’ils ont
De résignation calme et de paix fleurie.
J’aime l’odeur qui flotte aux murs de l’écurie.

J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque
Des sarrasins meurtris qu’écrasent les fléaux
Et des tiges s’entassent en pourpres monceaux,
Pendant que le grain noir jaillit et qu’on l’ensaque.
J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque,

En septembre, des fruits tombant dans l’herbe humide,
De l’estragon, des lys, des floraisons d’asters
Et des noyers livrant leurs feuillages amers,
Sous le ciel pluvieux, au vent qui les oxyde.

Et j’ai fait un linceul à mes désirs défunts,
Par les vergers d’automne et que la brume inonde,
De l’effeuillement doux des roses moribondes:
Mon âme est une amphore où dorment des parfums.

(Marie Dauguet)

 

 

Une Réponse vers “LES PARFUMS (Marie Dauguet)”

  1. Sagesse du chanvre
    —————-

    Cette feuille n’est pas un objet de mépris,
    Aristote et Platon la cueillirent ensemble ;
    Même le fier Socrate en parla, ce me semble,
    Qui d’un dur tribunal ne fut pas bien compris.

    Sur un sujet pareil, j’ai rarement écrit,
    Qui cependant les gens festivement rassemble ;
    On se met à planer, l’âme s’éveille et tremble,
    Le coeur n’écoute plus ce que lui dit l’esprit.

    As-tu goûté un peu de cette herbe divine ?
    As-tu donc fait l’essai de cette saveur fine ?
    Ne me dis pas que non, toi qui es si subtil.

    Castaneda décrit la petite fumée
    Par laquelle est vraiment la peine consumée,
    Et par laquelle aussi… mais, j’ai perdu le fil.

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