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Poésie

Archive for 23 novembre 2017

La pluie (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête,
c’était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie.
Quand il rasait le sol,
c’était le vent dans les buissons et les hautes herbes,
mais ce n’était pas la pluie.

Quand il bruissait et chuintait à hauteur d’homme,
c’était le vent dans les champs de maïs.
Il possédait si bien les sonorités de la pluie
que l’on se faisait abuser sans cesse,
cependant, on l’écoutait avec un plaisir certain,
comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène.
Et ce n’était toujours pas la pluie.

Mais lorsque la terre répondait à l’unisson
d’un rugissement profond, luxuriant et croissant,
lorsque le monde entier chantait autour de moi
dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi,
alors c’était bien la pluie.

C’était comme de retrouver la mer
après en avoir été longtemps privé,
comme l’étreinte d’un amant.

(Karen Blixen)

 

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Girafes (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
J’ai maintes fois vu des girafes arpenter la plaine,
avec leur grâce incomparable, quasi végétative,
comme s’il ne s’agissait pas d’un troupeau d’animaux,
mais d’une famille de rares fleurs colossales,
tachetées et montées sur de hautes tiges.

(Karen Blixen)

 

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Bien des gens (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Bien des gens penseront qu’il est insensé
d’attendre un signe du Destin.
Pour en arriver là, à vrai dire,
il faut un état d’esprit que tout le monde,
heureusement, ne connaît pas.

Mais à ceux qui l’ont connu
et qui demandent un signe,
la réponse ne peut manquer,
elle est une conséquence de la demande.

(Karen Blixen)

 

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Tous les chagrins sont supportables (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Tous les chagrins sont supportables
si on en fait un conte
ou si on les raconte.

***

All sorrows can be borne
if you put them into a story
or tell a story about them.

(Karen Blixen) pseudo Isak Dinesen

 

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Septembre (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Septembre

Septembre,
C’est un grand bonheur sous un ciel d’orage.
Septembre,
Ce sont des amants qui vont dans le soir.
Septembre,
Ce sont des mots remplis d’espoir,
Des mots tristes et tendres.
Septembre,
Ce sont des coeurs jeunes rêvant
Dans le vent.

Septembre,
C’est un rendez-vous au fond d’un village.
Septembre,
C’est un amour pur dans une forêt.
Septembre,
Ce sont des baisers qu’on voudrait
Toujours plus fous, plus tendres.
Septembre,
Ce sont les joyeux au revoir
Chaque soir.

Septembre,
C’est un clocher noir qui sonne un mariage.
Septembre,
Ce sont des jardins chargés de couleurs.
Septembre,
Ce sont des yeux chargés de pleurs,
Des yeux tristes et tendres.
Septembre,
Ce sont des souvenirs lointains,
Incertains.

Septembre,
C’est un pauvre amour sous un ciel d’orage.
Septembre,
Ce sont des regards qui semblent moqueurs.
Septembre,
Ce sont les dernières lueurs
D’un feu qui fut bien tendre.
Septembre,
Septembre, c’est un coeur trop lourd
Qui pleure de beaux jours.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Clochers d’automne (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Stéphane Gauze
    
Clochers d’automne

Ce sont mes plus chers souvenirs
Que vos chansons d’amour évoquent.
Souvenirs d’une belle époque
Qui ne doit jamais revenir.

Sous le ciel noir,
Clochers d’automne,
Sonnez ce soir
Vos chansons monotones,
Clochers du soir,
Clochers d’automne et d’amour,
Sonnez toujours, sonnez toujours
Vos chants berceurs
Qui me rappellent
Les yeux pleins de douceur
Des filles belles,
Pleins de douceur,
Pleins de tristesse et d’amour.
Sonnez toujours, sonnez toujours.

Sonnez, sonnez, sonnez longtemps.
Clochers du soir, vos voix humaines
Sur les jours du passé promènent
Mon coeur, mon pauvre coeur d’antan.

Sous le ciel noir,
Clochers d’automne,
Sonnez ce soir
Vos chansons monotones,
Clochers du soir,
Clochers d’automne et d’amour,
Sonnez toujours, sonnez toujours
Vos chants berceurs
Qui me rappellent
Les yeux pleins de douceur
Des filles belles,
Pleins de douceur,
Pleins de tristesse et d’amour.
Sonnez toujours, sonnez toujours.

Sonnez pour mon amour éteint,
Clochers pleins de mélancolie.
Sonnez, sonnez pour ma folie.
Mon coeur a fini son destin.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Nuages (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Nuages
À Jeanne Robeveille.

Assis sur le bord du chemin
Qui conduit tout droit au village,
J’aimais, lorsque j’étais gamin,
Regarder passer les nuages.

Au printemps, je les comparais
A de belles dentelles blanches
Dont le ciel se serait paré
Pour plaire aux vierges et aux anges.

Mais, quand les beaux jours sont partis,
Quand reviennent les vents d’automne,
Quand, sur le sol, les feuilles jaunes
Forment un immense tapis,

A l’horizon je croyais voir,
Dans un décor invraisemblable,
Debout sur leurs calèches, noirs,
Des diables.

… … … … … … … … …

Dix ans plus tard, le coeur joyeux,
Je suis revenu au village.
Aussi loin que portaient mes yeux
J’ai scruté l’immense ciel bleu.

Où étaient les vieilles images ?
Je n’ai vu que de gros nuages !

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Mon malheureux ami (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Mon malheureux ami

Il n’y a pas de sons, pas de senteurs, pas de formes,
De saveurs et d’états, palpables, abornés.
Il n’y a que des illusions conformes
A la quinte des sens humains hallucinés.

Et l’on va s’incliner, les yeux criblés de larmes,
Sur l’atroce néant d’un être qu’on aimait.
Or, cet être néant qui cause nos alarmes
Ne peut pas n’être plus, puisqu’il ne fut jamais.

Naissance, vie et mort sont chimères d’optique,
Claires obscurités, silences phonétiques,
Glaciales chaleurs, raisons d’hurluberlus.

Le monde est impossible et l’homme seul insiste,
Parmi tous les vivants, à croire qu’il existe,
Qu’il existe, qu’un jour il n’existera plus.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Malgré tout (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Julia Perret
    
Malgré tout ce qui naît, tout ce qui vit, trépasse,
Le système solaire est-il reflet du ciel ?
Est-il un phénomène consubstantiel
De l’immense infini des temps et des espaces ?

D’un diable illuminé, d’un dieu à l’âme basse
Est-il le passe-temps bête, artificiel ?
D’un univers qui nos convictions dépasse
Le mouvement accessoire ou essentiel ?

Les pensées, les regards, les mots qui se traduisent,
Les indicibles riens que les mondes produisent
Meurent-ils sitôt nés ? Naissent-ils sitôt morts ?

Sombrent-ils au néant irrémissible ou trouvent
Ils, au-delà des effets que nos sens nous prouvent,
Une forme où la vie à jamais ne démord ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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La pleureuse à gages (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Istvan Janos Porubsky
    
La pleureuse à gages

Quand un vivant plie bagage
Et que les gentils héritiers
Ont les yeux trop secs, on m’engage
A venir faire mon métier.
Car je suis pleureuse à gages,
La plus capable du quartier.

La chose s’est souvent produite,
Mais je n’en tire aucun orgueil :
J’ai parfois des larmes gratuites ;
Je sais, parfois, pleurer à l’oeil
Pour des morts qui n’ont pas de suite
Et dont nul ne porte le deuil.
Je leur fais un brin de conduite,
Je leur mouille un peu le cercueil.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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