Arbrealettres

Poésie

Faste des Tissus (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Faste des Tissus

ESTOMPE ta beauté sous le poids des étoffes,
Plus souples que les flots, plus graves que les strophes.

Elles ont la caresse et le rythme des mers,
Et leur frisson s’accorde au blanc frisson des chairs.

Revêts le violet des antiques chasubles,
Parsemé de l’éclair des ors indissolubles.

L’encens apaise encor leurs plis religieux ;
Elles aiment les Purs et les Silencieux.

Evoque, Océanide aux changeantes prunelles,
Le vert glauque où frémit l’écume des dentelles.

Jadis la gravité du velours se plia
Sur tes seins de pavot et de magnolia.

Le satin froid, où la ligne se dissimule,
Gris comme l’olivier fleuri de crépuscule,

Et la moire, pareille au sommeil de l’étang,
Où stagnent les lys verts et les reflets de sang,

Le givre et le brouillard des pâles broderies,
Où les tisseuses ont tramé leurs rêveries,

Parèrent savamment ta savante impudeur
Et ton corps où le rut a laissé sa tiédeur.

Ressuscite pour moi le lumineux cortège
De visions, et sois l’arc-en-ciel et la neige,

Sois la vague, ou la fleur des bocages moussus,
O Loreley, selon la couleur des tissus.

Mes rêves chanteront dans l’ombre des étoffes,
Plus Souples que les flots, plus graves que les strophes

(Renée Vivien)

Illustration: Ferdinand Marternsteig

 

Une Réponse to “Faste des Tissus (Renée Vivien)”

  1. […] Faste des Tissus   Estompe ta beauté sous le poids des étoffes,Plus souples que les flots, plus graves que les strophes.   Elles ont la caresse et le rythme des mers,Et leur frisson s’accorde au blanc frisson des chairs.   Revêts le violet des antiques chasubles,Parsemé de l’éclair des ors indissolubles.   L’encens apaise encor leurs plis religieux ;Elles aiment les Purs et les Silencieux.   Evoque, Océanide aux changeantes prunelles,Le vert glauque où frémit l’écume des dentelles.   Jadis la gravité du velours se pliaSur tes seins de pavot et de magnolia.   Le satin froid, où la ligne se dissimule,Gris comme l’olivier fleuri de crépuscule,   Et la moire, pareille au sommeil de l’étang,Où stagnent les lys verts et les reflets de sang,   Le givre et le brouillard des pâles broderies,Où les tisseuses ont tramé leurs rêveries,   Parèrent savamment ta savante impudeurEt ton corps où le rut a laissé sa tiédeur.   Ressuscite pour moi le lumineux cortègeDe visions, et sois l’arc-en-ciel et la neige,   Sois la vague, ou la fleur des bocages moussus,O Loreley, selon la couleur des tissus.   Mes rêves chanteront dans l’ombre des étoffes,Plus Souples que les flots, plus graves que les strophes.    […]

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