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Poésie

Archive for 7 décembre 2017

Chassé-croisé (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Chassé-croisé

Le Grain de Poussière
S’est mis au vert
Pour respirer
Un plein bol d’air

Ailé, ailé
Le Grain de Blé
S’est envolé
Vers la cité.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Fêtes et lubies
Traduction:
Editions: Flammarion

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Tu n’as pas d’amour (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Tu n’as pas d’amour,
mais ta beauté
comble le temps de son miracle.
Le bonheur est en toi
ainsi que le printemps dans la feuille nouvelle.
Je ne suis presque rien,
ce désir seulement
qui se perd dans le soir.
Le délice est en toi
comme la cruauté dans les épées.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Dehors c’est un couchant (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Dehors c’est un couchant, sombre joyau
enchâssé dans le temps,
et une profonde ville aveugle
de ne pas t’avoir vue.
Le soir se tait ou chante.
Quelqu’un libère les désirs
que le piano crucifiait.
Sans cesse, la multitude de ta beauté.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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LA ROSE (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



 Illustration: Salvador Dali
    
LA ROSE

La rose,
la rose immarcescible et non chantée,
ce poids et ce parfum, la rose,
celle du noir jardin aux hautes nuits,
celle de tout jardin et de tout soir,
la rose qui par œuvre d’alchimie
ressuscita de la cendre ténue,
la rose des Persans, de l’Arioste,
la toujours solitaire,
la rose qui toujours est la rose des roses,
la jeune rose platonique,
l’ardente, aveugle rose et non chantée,
la rose inaccessible.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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LE SUD (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
LE SUD

Du fond d’un de tes patios avoir regardé
les antiques étoiles,
d’un banc de l’ombre avoir regardé
ces lumières éparses
que mon ignorance n’a pas appris à nommer
ni à ordonner en constellations,
avoir senti le cercle d’eau
dans la secrète citerne,
l’odeur du jasmin et du chèvrefeuille,
le silence de l’oiseau endormi,
la voûte du vestibule, l’humidité
— ces choses, peut-être, sont le poème.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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AU VIN (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
AU VIN

Dans son mètre d’airain l’Iliade te nomme
Et t’exalte, noir vin joyeux au cœur de l’homme.

Depuis l’aube des temps tu vas de main en main
Et du rhyton grec à la corne du Germain.

Tel le fleuve des jours et des nuits, tu déploies
Ton beau cours acclamé des amis et des joies.

Toujours l’homme le long des générations
Trouva sur son chemin ta flamme et tes lions,

Et ta fluence patriarcale et profonde
Fleurit de ses présents la mémoire du monde.

Tu donnes leur envol aux strophes des soufis
Qui te surnomment fleur, cimeterre et rubis.

Dans ton cristal vivant le saint autel adore
Le sang du Christ en une rouge métaphore.

Sésame dont le nom m’ouvre d’antiques nuits,
Dans la ténèbre offrande et feu qui me conduis,

Sois pour d’autres l’oubli qui signe la défaite;
Je te veux la ferveur, le partage et la fête.

T’appellerai-je un jour, vin du rouge péril
Ou de la mutuelle amour? Ainsi soit-il.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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L’INSTANT (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
L’INSTANT

Mais où sont-ils passés, les siècles et les rois?
Et l’herbe exterminée aux sabots du barbare,
Et les sabots exterminants? et la cithare
Héroïque, et l’arbre d’Adam, et l’autre Bois?
Seul est vrai le présent, ce désert. La mémoire
Bâtit le temps. L’horloge et le calendrier
Ont la succession et le dol pour métier.
L’année est simulacre aussi bien que l’histoire.
Entre l’aube et la nuit un abîme d’efforts
S’ouvre, et de soins et de lumières et de morts;
Faussement il se croit le même, ce visage
Qui se cherche aux miroirs fatigués de la nuit.
Pas d’autre ciel, et d’autre enfer pas davantage,
Que la mince seconde à tout jamais qui fuit.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Eblouir la raison devenue orchidée (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    

éblouir la raison devenue orchidée
abstraits comme océans qui dorment
concrets comme la transparence
privée de ses deux ailes
notre absolu formé d’oranges trop boudeuses
notre ferveur plus exigeante
que l’antilope nourrie de poèmes
être d’être en sursis comme un mot murmuré
qui n’ose devenir diamant pur
être d’être la chair caressée de l’absence

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA COMÈTE QUI RIT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
LA COMÈTE QUI RIT

Je caresse le mot « cristal ».
J’ouvre un livre qui m’aime.
Je dis aux domestiques :
« On livrera vers les cinq heures
une comète ;
prenez-en soin :
c’est pour nourrir ma légende malade. »
Je sors. Où est la rue ?
Et l’univers, pourquoi disparaît-il
le seul jour de l’année ,
où il est habitable ?
Je rentre.
Où est le livre ?
Où sont les serviteurs ?
Je n’entends plus le mot « cristal ».
Mais voici la comète,
qui rit, qui rit.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AMI CAILLOU (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
L’AMI CAILLOU

Caillou,
au lieu de dire :
« Bonjour, caillou »,
je devrais t’admirer
si longtemps, si longtemps,
que tu acceptes
de parler à ma place.
« Bonjour, poète »,
me dirais-tu, et mente
« Bonjour, caillou»,
pour me prouver
que tu n’es pas dupe des mots.
Alors, caillou moi-même,
et plus digne de toi,
j’aspirerais
à devenir un homme.
Nous serions frères,
et si jaloux
de notre nature trahie.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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