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Poésie

Archive for 13 décembre 2017

L’AMPHION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’AMPHION

Le Paris que vous aimâtes
n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte
vers celui que nous oublierons

Topographies ! itinéraires !
dérives à travers la ville !
souvenirs des anciens horaires !
que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux
on ne nous comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu
et l’oubli d’un temps perdu

(Raymond Queneau)

 

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LA MAIN À LA PLUME (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA MAIN À LA PLUME

J’écrirai des poèmes
sur le lait le beurre la crème
j’écrirai des odes en vers heptasyllabiques
sur les vaches les brebis les biques

j’écrirai des myriades de myriades de sonnets
sur le vent qui couche les lourds épis de blé
j’écrirai des chansons
sur les mouches et les charançons

j’écrirai des sextines
sur les fonds de jardin où se mussent les latrines
j’écrirai des phrases obscures
sur l’agriculture

j’utiliserai des métonymies et des métaphores
pour parler de la vie des porcs et de leur mort
j’utiliserai l’assonance et la rime
pour parler des prés, de la forêt, de la campagne
j’écrirai des poèmes
la main sur la charrue du vocabulaire

(Raymond Queneau)

 

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LA BROUETTE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA BROUETTE

Commères de tout ce qui se passe au large les mouettes
crient papa maman au-dessus du bastingage
elles dansent dans le ciel pour accompagner la brouette
qui navigue non loin du port avec roulis et tangage

Une brouette que vient faire une brouette sur ce papier
a-t-on jamais vu brouette chevaucher les vagues maritimes
et pourtant elle apparaît au bout du crayon conté
qui la dessine sur les eaux avec une obstination enfantine

Qu’est-ce que cela veut dire à coup sûr cette énigme
réclame un sens profond au poète étonné
s’envolant comme mouette au-dessus des paradigmes
il n’en pousse pas moins la brouette rimée

(Raymond Queneau)

 

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LE TRAVAIL CONTINU (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LE TRAVAIL CONTINU

À l’ombre du mot tilbury
se reposait un soir de juin
un homme qui tentait d’enter
un vers marron sur de la prose
Cette opération monstrueuse
l’occupait de telle façon
qu’il ne vit point passer la phrase
qui l’aurait tiré d’embarras
Il s’acharnait en grommelant
cependant que sous le ciel rose
la lune d’un pas turbulent
traversait des nuages lyriques
Lorsque l’entracte fut fini
l’horticulteur pédagogique
remit dans l’ombre le lexique
et saisissant sa douce hie
il se pencha de nouveau sur
son travail presque minéral
Paveurs Pavés êtes ainsi
lorsque tombe le crépuscule
l’écho des poètes passés
dans cette rue presque nocturne

(Raymond Queneau)

 

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ENCORE L’ART PO (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    

ENCORE L’ART PO

C’est mon po — c’est mon po — mon poème
Que je veux — que je veux — éditer
Ah je l’ai — ah je l’ai — ah je l’aime
Mon popo — mon popo — mon pommier

Oui mon po — oui mon po — mon poème
C’est à pro — à propos — d’un pommier
Car je l’ai — car je l’ai — car je l’aime
Mon popo — mon popo — mon , pommier

Il clone/ des — il donn’ des — des poèmes
Mon popo — mon popo — mon pommier
C’est pour ça — c’est pour ça — que je l’aime
La popo — la popomme — au pommier

Je la sucre — et j’y mets — de la crème
Sur la po — la popomme — au pommier
Et ça vaut — ça vaut bien — le poème
Que je vais — que je vais — éditer

(Raymond Queneau)

 

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L’INSPIRATION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



    
L’INSPIRATION

De son juchoir
la poule laisse choir
un oeuf

c’est une imprudence
un moment d’absence
mais il tombe pouf
dans la paille :
la fermière était prévoyante

—combien de poèmes brisés
que ne recueille aucun recueil

(Raymond Queneau)

 

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Un train qui siffle dans la nuit (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Illustration: Murad Sayen
    
Un train qui siffle dans la nuit
C’est un sujet de poésie
Un train qui siffle en Bohême
C’est là le sujet d’un poème

Un train qui siffle mélod’
Ieusement c’est pour une ode
Un train qui siffle comme un sansonnet
C’est bien un sujet de sonnet

Et un train qui siffle comme un hérisson
Ça fait tout un poème épique
Seul un train sifflant dans la nuit
Fait un sujet de poésie

(Raymond Queneau)

 

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L’encrier noir au clair de lune (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’encrier noir au clair de lune
l’encrier noir au clair de lune
au clair de la lune un encrier noir
au clair de la lune un encrier noir
au pauvre poète a prêté sa plume
au pauvre poète a prêté sa plume
il fait un peu frais ce soir
au clair de la lune un encrier noir
sur le papier blanc a couru la plume

la plume a couru zen petits traits noirs
une lune blanche un sombre encrier
sont les père et mère de ce nouveau-né
une lune blanche un sombre encrier

(Raymond Queneau)

 

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Adieu ma terre ronde (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Adieu ma terre ronde
adieu mes arbres verts
je m’en vais dans la tombe
dire bonjour aux vers
— tout poète à la ronde
peut saboter un vers
moi j’éteins la calbombe
et m’en vais boire un verre

(Raymond Queneau)

 

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LA CHAIR CHAUDE DES MOTS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA CHAIR CHAUDE DES MOTS

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles
Et sens leur coeur qui bat comme celui d’un chien
Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles
Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

Une niche de sons devenus inutiles
Abrite des rongeurs l’ordre académicien
Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles
Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

Alors on les dispose en de grands cimetières
Que les esprits fripons nomment des dictionnaires
Et les penseurs chagrins des alphadécédets

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires
Si simples éloquents connus élémentaires
Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

(Raymond Queneau)

 

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