Arbrealettres

Poésie

Archive for 20 décembre 2017

Les violettes (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Les violettes

Légères, humides, mélodieuses,
La mauve obscurité de leur lumière se glisse
Telle une perle végétale au creux de vertes vulves.
Elles sont un cri de mars, un sortilège
D’ailes naissantes dans la tiédeur de l’air.

Fragiles, fidèles, elles sourient posément :
Muette invitation, tel un sourire
Naissant sur la fraîcheur de lèvres humaines.
Mais leur forme gracieuse jamais ne trompe :
Elles ne promettent pas pour ensuite trahir.

Dans leur marche victorieuse vers la mort
Elles interrompent un instant, si fragiles soient-elles,
Le temps sur leurs pétales. Aussi parvient-il,
Récurrence et beauté de l’éphémère,
A toucher la mémoire d’un vivant sortilège.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Amour caché (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration
    
Amour caché

Comme le tumulte gris sur la mer élève
Un long panache d’écume, merveille
Multiforme de l’eau, qui déjà sur le rivage
Se brise et déjà l’écume nouvelle approche;

Comme les champs s’éveillent au printemps
Éternellement, fidèles sous le sombre
Voilage des nuées, et au soleil froid
Couvrent d’asphodèles la prairie;

Comme le génie sait naître en des corps distincts,
Formes qui se doivent d’attiser l’antique gloire
De son feu, alors que l’humaine scorie
Songe et brûle dans la flamme pour enfin se défaire,

C’est ainsi que toujours tel l’eau, la fleur, la flamme
Tu retournes vers l’ombre, force occulte
De l’autre amour. Le bas-monde t’insulte.
Mais la vie est à toi : jaillis et aime.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Désir (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Désir

Dans la quiétude des champs de septembre,
La feuille d’un peuplier doré,
Comme une étoile brisée,
Vrille et tombe à terre.

Si seulement l’âme inconsciente,
Oh ! Seigneur des étoiles et des feuilles,
Passait ainsi, ombre lumineuse,
De la vie à la mort.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Jardin de jadis (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
Jardin de jadis

Aller à nouveau au jardin clos,
Qui passées arches et palissades,
Entre magnolias et citronniers,
Préserve le charme de l’eau.

Entendre à nouveau dans le silence
Bruissant d’oiseaux et de feuillages,
Le doux chuchotement de l’air
Où vaguent les âmes du passé.

Revoir le ciel profond
Au loin, la tour svelte
Telle une fleur de clarté sur les palmes :
Toutes choses à jamais belles.

Éprouver à nouveau, comme alors,
La pointe aiguisée du désir,
Tandis que resurgit la jeunesse
Perdue. Rêve d’un dieu sans âge.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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L’amour et l’amant (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
L’amour et l’amant

Es-tu amour ? Passe le feu,
Franchis les mers de tes ailes,
Donne vie au rêve
Et la beauté au réel.

N’en es-tu que l’ombre ?
Va, recouvre de sa clarté
Ton mensonge. Que l’ombre
Terrasse le puissant, le pur amour.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Bonheur de la solitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Bonheur de la solitude

Seules, si seules
Cheminant vers l’aurore,
Chantent sous les nuages,
Les eaux blanches, esseulées;
Quand rêve entre les feuilles,
Verte et solitaire, la terre.

Blonde et seule aussi, ton âme
Aime, blottie dans ce coeur.
Tandis que s’ouvrent les roses,
Tandis que passent les anges,
Seuls dans la victoire
Sereine de la gloire.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Chanson d’hiver (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Maria Amaral 

    
Chanson d’hiver

Aussi beau que le pouls
D’une flamme dans le couchant tranquille
Ardent, doré.

Aussi beau que le souffle
D’un songe dans la poitrine
Seul, enfoui.

Aussi beau que la vibration
Du silence entre les baisers
Ailé, sacré.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Tristesse du souvenir (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Lazo de Valdez Elisa
    

Tristesse du souvenir

Au détour vague des songes
D’un petit matin tardif, m’accompagnait
Ton image bien-aimée, comme un jour
D’une époque révolue, lorsque Dieu le voulait.

Le fleuve d’en-bas a tant roulé ses eaux,
Tant de feuilles perdues, emportées par le vent
Depuis que nos ombres regardèrent sagement
Leur désir s’effacer au soleil du couchant.

Cette flamme était belle et brève
Comme tout ce qui est beau : lumière et crépuscule.
Puis vint la nuit profonde et ses cendres
Masquèrent la veillée des étoiles.

Tel un joueur fébrile devant sa carte
Nous risquâmes une âme solitaire
Sur notre rencontre et perdîmes la mise.
Nos corps parmi les hommes demeurèrent en peine.

Qui parle d’oublier ? L’oubli n’existe pas.
Vois comme au travers d’une paroi de glace
S’éloigne cette ombre, là-bas, dans le lointain
Dépouillée du désir et de son nimbe radieux.

Tout a un prix et j’ai payé
Celui de cette lointaine grâce;
Mon sommeil achevé je ne trouve au réveil
Qu’une couche vide et dehors l’aube morte.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Sagesse (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Virginie Trabaud
    
Sagesse

Résonne la pluie obscure.
La campagne assoupie
Incline vers l’hiver
La cime dense des arbres.

Les vitres embrumées,
De leur reflet mouillé,
Réfléchissent les branches grises,
La fumée des foyers, les nuages.

Un sentiment profond
De joies perdues,
Oubliées et enfouies sous
Terre, emplit le soir.

Parfois, lorsque le ciel
S’éclaircit, la lumière
Dorée d’un éden perdu
Baigne la prairie.

Troublant le calme de l’air
De leur plainte rauque
Comme des ombres, les corbeaux
Acérés vont et tournent.

Il est des voix tranquilles
D’hommes dans le lointain
Qui travaillent le sol
Comme le firent leurs pères.

Leurs mains, s’ils les tendent
Trouvent des mains d’amis.
Leur foi est pareille. Ensemble
Ils vivent la même attente.

Là-bas, par delà les pluies,
Où nichent les étoiles,
Le Dieu des cieux cherche
Quelques douces caches grises.

Tout a été créé, comme
Moi-même, de l’ombre :
Cette terre qui m’est étrangère,
Ces corps qui me sont étrangers.

Un songe qu’en moi
Il plaça à jamais,
M’isole. Tel un peuplier
Parmi les chênes robustes.

Qu’il est dur d’être seul
Parmi tous les corps.
Mais l’amour qui l’incarne
Est un crucifix sans corps.

Par cet amours espère,
Éveillé en son sein,
Atteindre la blanche et pure
Communion humaine.

Mais la lumière délaisse la campagne.
Il est tard et le froid vient de naître
La porte est close
Et la lampe allumée.

Sur les sentes sombres
Le vent maintenant se plaint
Comme une âme seule et pugnace.
La nuit sera brève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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La fontaine (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La fontaine

Dans la pâleur de l’air se dresse mon désir,
Fraîche rumeur sans repos sur un fond de verdure,
Telle une svelte colonne tronquée dont la grâce
Couronne le calme déjà céleste des eaux.

Bananiers et châtaigniers bordent de lisses avenues
Et emportent tout au loin mon soupir diaphane,
De chemins lumineux en nuages légers,
Du vol ralenti des colombes grises.

Au pied des statues vaincues par le temps,
Alors que je copie leur pierre dont le charme a figé
Ma tremblante sculpture de ces instants liquides,
Unique entre les choses, je meurs et toujours renais.

Ce jaillissement sans fin vient de la lointaine
Cime où tombèrent les dieux, des siècles
Passés, et son accent de paix baigne encore la vie
Qui dore faiblement le bleu de ma fougue glacée.

En moi flottent au vent les traces apaisées
De vieilles passions, de gloires et de deuils d’antan,
Ils demeurent, dans l’ombre naissante du soir,
Mystérieux face à la vaine rumeur de l’éphémère.

La magie de l’eau fige les instants :
Je suis le divin secours de la peine des hommes,
L’image de qui fuit la lumière pour l’ombre,
Le trouble de la mort devenu mélodie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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